Dégradation du système hospitalier : 360 médecins alertent

Lyon, le mercredi 13 septembre 2017 - Ils exercent dans l’Isère, le Rhône, la Savoie et la Haute-Savoie. Ils travaillent dans des petits établissements ou dans des structures plus importantes. Ils jouissent généralement d’une longue expérience et assument pour la plupart des responsabilités administratives en plus de leur mission de soignant. Et tous font le même constat : celui d’un service hospitalier qui ne cesse de se dégrader et qui répond de plus en plus difficilement aux besoins de la population. Attentes interminables dans les services d’urgences, manque de matériel, bricolage pour pallier les pénuries de certains équipements élémentaires (comme les draps ou les blouses), absentéisme en progression en raison d’un épuisement de plus en plus marqué et d’un sentiment de perte de sens : les maux ont été décrits à de très nombreuses reprises. Ils sont également ceux dénoncés par 360 praticiens hospitaliers qui viennent d’adresser une lettre ouverte au ministre de la Santé, Agnès Buzyn. Pour les médecins, le « management destructeur et contre-productif » qui s’est imposé à l’hôpital ces dernières années, à la faveur notamment de la loi Hôpital patient santé territoire (HPST) est à l’origine de cette situation désastreuse, dont le symptôme le plus marquant et le plus délétère est la fermeture de lits. Aujourd’hui, les praticiens hospitaliers qui font ce constat accablant nourrissent un mélange d’espoir et d’inquiétude vis-à-vis de la nouvelle équipe. Espoir car tout changement de responsables peut contribuer à une réouverture du dialogue, d’autant plus qu’Agnès Buzyn est une bonne connaisseuse du monde hospitalier. Mais également inquiétude car pour l’heure aucune rupture ne s’est engagée avec la logique des prédécesseurs. Dans leur lettre ouverte, les 360 médecins signalent notamment la persistance des fermetures de lit. Attendant un geste du ministre de la Santé, ils présenteront plus précisément leur bilan, leurs craintes et leurs propositions à l’occasion d’une conférence de presse le 20 septembre prochain.

M.P.

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Vos réactions (4)

  • L'hôpital coûte ? Fermons les lits !

    Le 14 septembre 2017

    Avec la même logique qui a poussé à créer les quotas dans les écoles paramédicales et le numérus clausus dans les universités : "Diminuer le nombre de professionnels pour diminuer la demande en soins..." on retrouve la même logique absurde : "Diminuer la possibilité de soigner pour diminuer les besoins en soins"... Pourtant entre les deux, de l'eau a coulé sous les ponts...
    Quand est-ce que l'on en sortira ? A quand le retour du bon sens ? La tyrannie budgétaire va-t-elle cesser un jour pour laisser la place à une vraie gestion de la promotion de la santé et de la Prévention (primaire mais aussi secondaire et tertiaire) ?
    Pourtant Lao Tseu (avant Jésus Christ !) le disait déjà "La peur de la misère, c'est déjà la misère"... ils ne doivent pas connaître cette sentence.

    Charlaine Durand

  • Un exemple vécu côté patent

    Le 14 septembre 2017

    Pour appuyer ce mouvement je souhaite apporter un témoignage du côté "patient" des conséquences de cette logique financière sans conscience du coût à long terme.
    Un de mes parents 84 ans chute de 3 mètres. Poly fracturé il est admis au centre hospitalier de Perpignan. Après le bloc, il passe 15 jours en soins intensifs. Sa prise en charge médical est honorable. Puis il est transféré dans un centre de proximité de son domicile en soins de suite. Au bout de 15 jours le dossier n'est toujours pas transmis... c'est moi qui donne les éléments que j'ai pu obtenir par téléphone (je réside à 1000km). Comme le dossier n'est pas transmis, il y aura plusieurs erreurs de suivi, malgré la bonne volonté du médecin qui semble avoir baissé les bras devant l'incohérence entre ce petit service et les "grands centres de la ville" exemple : le médecin du SSSR me dit qu'il lui est impossible de demander une consultation neuro ; c'est la famille qui doit le faire et de toute façon il n'y aura pas de place avant 6 mois à Perpignan... Autre exemple, le malade à rendez-vous pour un scanner post op (RV pris par le CHU de Perpignan lors de son transfert au SSSR) après 1h de trajet en ambulance : « le scanner n'est pas possible il faut attendre 6 semaines et là ça ne fait que 5 semaine et 2 jours que vous avez été opéré »... Coût financier pour la société et émotionnel pour le patient élevé et qui aurait pu être évité.
    Après un mois, il est transféré dans un centre de rééducation spécialisé où sa prise en charge rééducative sera "oublié" sous divers prétextes de personnel, planning, pas d'info (alors qu'il donne son dossier en main propre au médecin qui fait son admission). Après moult démarches de la famille il est enfin pris en charge au bout de 8jours, mais il n'a aucun soin en piscine (alors qu'il y est transféré pour pouvoir bénéficier de soins en piscine) là encore c'est la famille qui à force d'alerte finira au bout de 8 jours supplémentaires par inciter le médecin à lire tout le dossier... et là… les soignant réajustent, mais le patient n’ayant plus confiance ne sera plus très coopératif… On voit bien que les équipes n'ont le temps de parer qu'au plus pressé et le manque de temps et/ou de motivation (cf Burnout des équipes hospitalières) aboutit à des hospitalisations plus longues donc plus onéreuses et bien entendu plus délétères pour le patient qui y perd son espoir de guérison.

    Pour finir il sera transféré encore 2 fois.
    L’hôpital ayant 1 an d'attente pour cette opération de l'épaule, il est admis en aout dans une clinique où par manque de personnel donc de soins réguliers, mais aussi manque de matériel de prévention, il développera le jour de l’intervention 1 escarre comme nous en connaissions il y a 20 ans... et qui ne devrait plus exister si les moyens en personnel et matériel et formation étaient au RV. Comme il n'y a aucune place en SSSR il restera 15 jours dans cette clinique sans possibilités de soins efficaces sur ses escarres et sur la rééducation de sa jambe poly fracturée et opérée depuis 4 mois.
    Pour finir il est transféré dans un second centre de rééducation où le médecin ne veut pas prendre en compte la rééducation de la jambe, car il n'a qu'une ordonnance de rééducation pour l'épaule... Ouaaaaaaa si même un médecin de centre de rééducation...n'a plus la possibilité d'établir une ordonnance pour que les kinés prennent en charge le patient là où il en a besoin, alors il faut revoir ce diplôme... Bref, la famille s’épuise à devoir en plus de soutenir le patient se démener pour relier les différents soignants (généraliste, médecin spécialiste, infirmière cadre et personnel hospitalier)

    Ce parcours du combattant, n'est malheureusement que la triste réalité des patients en bout de chaine, conséquence des conditions de travail de tout le personnel hospitalier de l'ASH au médecin le plus spécialisé. En clair en France il ne fait pas bon être malade et encore moins être sans famille et malade.

    Valérie Supper (SF)

  • Des professionnels qui ont oublié le minimum de l'éthique

    Le 16 septembre 2017

    Tout ce qui est décrit dans ce témoignage me semble être plutôt le reflet de professionnels qui en fait n'en sont pas ou qui ont oubliés le minimum de l'éthique.

    L'exemple le plus flagrant étant le medecin qui refuse de faire une ordonnance de rééducation du membre inférieur puisqu'il est seulement chargé de s'occuper de l'épaule. J'ai exercé en SSR et je peux affirmer qu'on a le temps et aussi le devoir de prendre en charge toutes les pathologies annexes dans le domaine de ses compétences. Ce qui relève du dysfonctionnement lie à la surcharge de travail par contre et qui me semble vrai ce sont les multiples transferts dans des établissements plus ou moins adaptés et les délais trop longs pour obtenir un rendez vous spécialisé ou pour la réalisation d'un examen complémentaire technique.

    Dr Bounioux

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