Démographie médicale : les statisticiens le confirment…on va dans le mur !

Paris, le vendredi 12 mai 2017 – Dans l’édition de mai de sa revue Etudes et résultats, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) présente ses travaux sur la démographie médicale en 2040.

Au 1er janvier 2015, la France comptait 216 700 médecins actifs de moins de 70 ans, ce qui constitue un maximum historique, bien que depuis 2006, les effectifs poursuivent leur progression à un rythme moins important (0,5 % par an en moyenne) et que le nombre de médecins par habitant a même légèrement diminué. En s’appuyant sur les données du numerus clausus, de la durée des carrières et du nombre d’installations de diplômés à l’étranger, la DREES, a anticipé l’évolution de la démographie médicale jusqu’en 2040, avec une politique de régulation inchangée.

Il apparaît en premier lieu que les effectifs seront en légère baisse (-0,4 %) entre 2016 et 2019, ce phénomène s’expliquant par le départ à la retraite « des générations de médecins à numerus clausus élevé »  avant de repartir à la hausse pour atteindre 281 400 en 2040…une augmentation, qui sera, nous le verrons, loin d’être suffisante.

Vers la fin de la médecine libérale ?

La part des libéraux exclusifs (y compris remplaçants) va reculer fortement, passant de 47 % en 2016 à 38 % en 2040 tandis que l’activité mixte va, elle, augmenter. Au total les effectifs des médecins de ville devraient ainsi diminuer jusqu’en 2027. À cette date, il y aurait 24 % de libéraux exclusifs (hors remplaçants) et 8 % de libéraux mixtes (hors remplaçants) en moins par rapport à 2012! Parallèlement, les effectifs des salariés devraient poursuivre leur croissance dans les prochaines années sans connaître de période de baisse.

Rajeunissement et féminisation…est-ce si bon pour l’offre de soins ?

« En raison des arrivées et des départs des générations à effectifs variables, la répartition par âge des médecins en activité se déformera au cours du temps » explique l’institution. La proportion des plus de 55 ans, qui s’élève à 45 % en 2015, ne serait plus que de 22 % en 2040. L’âge moyen devrait ainsi diminuer jusqu’en 2035, passant de 51 ans à 45 ans. Par ailleurs, les femmes seront de plus en plus nombreuses dans la profession. Elles en représentent désormais 44 % et devraient être majoritaires dès 2021 et représenter plus de 60 % des médecins en exercice en 2034. Mais la DREES note que le rajeunissement, la féminisation  et la tendance à l’activité salariée pourraient diminuer le nombre d’équivalents temps plein et donc diminuer l’offre de soins (les praticiens libéraux les plus âgés sont ceux qui travaillent le plus actuellement). De plus, considérant le vieillissement de la population, qui va entraîner une explosion des besoins médicaux, la densité médicale sera, à l’avenir bien insuffisante !

Médecin à diplôme étranger et retraité en activité : le seul espoir ?

La DREES rappelle l’existence de deux planches de salut pour un corps médical exsangue.

En premier lieu, la forte augmentation de la proportion de praticiens ayant obtenu leur diplôme à l’étranger (6 % en 2024, 9 % en 2030… et jusqu’à 20 % dans certaines spécialités !)…l’institution estime ainsi que sans ce sang neuf, le nombre de médecins devrait même être en baisse de 4 % d’ici 2025 !

Second phénomène porteur d’espérance, le large développement du cumul emploi-retraite.

Soulignons, enfin, que, la DREES reconnaît que cette catastrophe annoncée de la diminution de l’offre par rapport à l’augmentation de la demande pourrait être évitée si l’on supprime ou qu’on augmente très largement le sacro-saint numerus clausus, qualifié de « levier à long terme et puissant »… Chiche !

Frédéric Haroche

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Vos réactions (8)

  • Gachis

    Le 12 mai 2017

    Il faut faire appel à des médicaux étrangers (à compétence variable...) alors que les 50 premiers collés du numerus clausus de chaque université sont absolument capables de poursuivre leurs études. C'est vraiment désolant d'assister à de telles absurdités et à un tel gâchis de nos jeunes.

    Dr Patrick Martinolle

  • Pour une grève des vocations

    Le 12 mai 2017

    Le moment est peut etre venu de faire comprendre aux gouvernants dont Touraine, qui n'aura pas de concurent En Marche dans sa circo, et qui est sotie de sa cache pour revenir, que ça suffit. Les électeurs,superbement manipulés, n'ont pas reussi à eliminer du paysage la bande des mauvais. Mais ils ne pourront pas, abrités derriere Macron, reprendre leur demolition de la Santé.Si,appliquant un peu le principe du Judo, nous allons nous memes les aider à demolir plus que souhaité.
    Parce que la Petite grève, celle de l'arrêt de travail que nous ne pouvons pas faire, va etre remplacée par la Grande, celle des vocations. Mot d'ordre pour les jeunes: "surtout pas de metier remboursé par la Secu, faites autre chose" apres le bac. Objectif à atteindre : diminution chaque année des inscriptions de 20% par rapport a l'année précédente. Très vite la pression populaire jouera,sans inconvenients pour les "grévistes",puisque,s'agissant d'étudiants qui sont allés dans d'autres filières, personne ne les connaitra.Eh oui, il faut en arriver là !

    Maignan, pharmacien

  • Faire de ce quinquennat celui du redressement de la situation

    Le 12 mai 2017

    Il semble bien qu'une option consensuelle se dirige vers l'élargissement voir la disparition du numérus clausus, ce à quoi les responsables de CHU et enseignants de médecine répondent qu'en l'état actuel ils ne peuvent pas prendre en charge une augmentation même minime du nombre d'étudiants. C'est probablement légitime et on va se diriger à nouveau vers une situation bien Française qu'on compare à la quadrature du cercle pour bien montrer qu'on ne bougera pas.

    Avec les moyens modernes pour enseigner, la participation de toutes les structures de soins (CHU-CHR-Etablissements de soins de suite, Cliniques Privées,Maisons Médicales, Cabinets de Médecine libérale) pour des stages
    pratiques et un peu de bonne volonté ne serait-il pas possible de faire de ce quinquennat celui du redressement de la situation. Ceci afin que nous autres, les post-soixante-huitards nous puissions prendre notre retraite normale (à 70 ans) avec l'espoir de trouver des confrères (et consoeurs) pour nous soigner.

    Dr Michel Bounioux (semi-retraité) .

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