Dépression aux USA, quelle prise en charge ?

Après une croissance marquée entre 1987 et 1997, les dépenses de santé liées au traitement de la dépression aux États-Unis ont augmenté plus modestement entre 1998 et 2007. Au total, résume JAMA Psychiatry, la prévalence des dépressions traitées (par des médicaments) a « au moins triplé » entre 1987 et 1997, contre une augmentation de « seulement » 22 % entre 1998 et 2007. Comparant l’analyse des dépenses de santé chez trois groupes de patients (comportant chacun de 20 000 à 30 000 personnes) pour trois années respectives (1998, 2007 et 2015), une enquête réalisée aux États-Unis (dans le cadre du Medical Expenditure Panel Survey[1], Enquête de panel sur les dépenses médicales) examine les tendances observées ces vingt dernières années dans le traitement des dépressions ambulatoires, outre Atlantique.

Remontée des psychothérapies

Portant sur 86 216 patients, âgés en moyenne de 37 ans (dont 52 % de femmes), cette étude révèle notamment une baisse de la proportion des sujets traités par psychothérapie entre 1998 (où la part des psychothérapies représentait 53,7 % ; intervalle de confiance à 95 % IC 48,3 %–59,1% ) et 2007 (où elle concernait seulement 43,2 % des patients ; IC 39%–47,4% ). En 2015, on observe toutefois une remontée significative de la part accordée aux psychothérapies concernant alors 50,4 % des sujets (IC 46 %–54,9 % ). Et parallèlement, la part des dépressions traitées par pharmacothérapie demeure très « stable », et toujours de l’ordre de 80 % (81,9% en 1998 [IC 77,9 %–85,9 %] ; 82,4 % en 2007 [IC 79,3 %–85,4 %] et 80,8 % en 2015 [ IC 77,9 %–83,7 %]).

Diminution du « reste à charge »

Autre évolution notable : si le poids global des dépenses de santé liées aux dépressions ambulatoires tend à augmenter (passant de 12 430 millions de dollars en 1997 à 17 400 millions de dollars en 2015), la part du « reste à charge » pour les patients diminue progressivement, avec la progression récente des couvertures d’assurance-maladie (Medicaid coverage) aux États-Unis. Cette part des dépenses non remboursées aux patients traités pour dépression passe ainsi de 32 % en 1997 à 29 % en 2007, et à 20 % en 2015.

Les auteurs de l’étude estiment que si cette amélioration récente de l’assurance-maladie aux États-Unis permet en particulier d’élargir la protection contre les dépenses de santé en psychiatrie, avec une « augmentation modeste » de la prévalence et des dépenses globales liées au traitement ambulatoire de la dépression, le taux de traitement plus faible que prévu suggère que des obstacles importants subsistent pour les patients déprimés.

[1] https://www.meps.ahrq.gov/mepsweb/

Dr Alain Cohen

Référence
Hockenberry JM et coll.: Trends in treatment and spending for patients receiving outpatient treatment for depression in the United States, 1998–2015. JAMA Psychiatry, 2019; 76(8): 810–817.

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Vos réactions (1)

  • Grand écart de part et d'autre de l'Atlantique ?

    Le 15 octobre 2019

    Même si la proportion de Yankees justiciables d'un traitement est passée récemment de 3 à 4% de la population, à cause de la "Grande Dépression" paraît-il, on est très loin des 20% du cas de la France! D'où vient cette grande différence? Certainement de l'accès aux soins, mais sans doute aussi comme l'a écrit Edouard Zarifian, parce que "l'on assiste, dans notre pays, à la médicalisation du moindre vague à l'âme". Un Français sur quatre (ou cinq) est soigné pour des problèmes mentaux, soit plus de 15 millions. C'est probablement pour cela que les quelque 9000 personnes qui se suicident chez nous, chaque année, sont en grande majorité déjà suivies pour troubles mentaux avant leur passage à l'acte.

    C'est surtout à l'occasion de visites aux généralistes, qui prescrivent 90% des psychotropes, qu'ils ont eu accès aux "pilules du bonheur".

    JP Moreau, Biologiste en retraite depuis plus de vingt ans

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