Des jeunes psychiatres en manque de neurosciences

Les progrès des neurosciences devraient logiquement enrichir la pratique actuelle de la psychiatrie. Cependant, une étude réalisée au Canada montre que les jeunes psychiatres canadiens trouvent leur formation dans ce domaine encore « lacunaire. » En demandant à des résidents (internes) en psychiatrie canadiens d’apprécier leur propre compréhension des neurosciences et la pertinence perçue de leurs connaissances pour une pratique efficace de la psychiatrie, cette étude a évalué les attitudes de ces jeunes professionnels, relativement à leur formation en neurosciences.

Inscrits dans une université du Canada et exerçant comme résidents en psychiatrie durant l’une des cinq années du résidanat dans ce pays, 111 résidents ont accepté de collaborer à cette étude, en répondant à un sondage en ligne. Ce questionnaire portait sur des auto-évaluations des connaissances en neurosciences, les perceptions des jeunes psychiatres en formation sur leur éducation en neurosciences, leurs préférences des types d’apprentissages, et leur intérêt pour certains sujets en neurosciences.

Des connaissances jugées médiocres dans la moitié des cas

Près de la moitié de ces résidents (49,0 %) ont jugé leurs connaissances en matière de neurosciences insuffisantes ou moins que suffisantes. À l’inverse, seuls 14,7 % de ces futurs psychiatres ont affirmé se sentir « à l’aise » ou « très à l’aise » pour aborder avec leurs patients des considérations sur les neurosciences. Critiques envers eux-mêmes, ces jeunes psychiatres sont aussi très sévères pour l’enseignement universitaire qu’ils reçoivent dans leur programme en psychiatrie : 63,7 % des résidents estiment cet enseignement en neurosciences « inadéquat » ou « moins qu’adéquat » et 46,1 % le jugent « indigent » » ou « très indigent » (“poor” or “very poor”).

Dans le sillage de ces critiques, la majorité des résidents (plus de 70 %) pensent qu’un enseignement complémentaire en neurosciences leur serait « plutôt voire extrêmement utile » pour mieux comprendre les maladies mentales et entreprendre ou adapter les traitements.

Même si cette enquête souffre d’un biais classique (seuls les sujets motivés répondent à ce type de questionnaire), elle suggère que la place des neurosciences demeure encore insuffisante dans l’enseignement de la psychiatrie (au Canada et sans doute ailleurs), au moins dans le ressenti éprouvé par les futurs spécialistes. Point positif, souligné par les auteurs : « la majorité de ces futurs psychiatres sont très motivés et favorables à l’idée d’apprendre. »

Dr Alain Cohen

Référence
Hassan T et coll.: Attitudes of psychiatry residents in canadian universities toward neuroscience and its implication in psychiatric practice. Canadian J. Psy ; 2020 ; 65: 174–183.

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Vos réactions (4)

  • Conseils aux jeunes psychiatres

    Le 08 avril 2020

    Ah, les neurosciences, il n'y en a jamais assez, mon cerveau par ci, mon cerveau par là. On conçoit que la jeunesse psychiatrique soit en manque, elle qui est en manque de tout. Discuter neurosciences avec son patient, "c'est votre cerveau, mon cher...". Ah, vision fugitive, douce illusion qu'on pourrait parler avec son patient de l'objectivité de son cerveau, ou du mien mon ami, ce qui est tout pareil du reste.

    Mais, malheureux, voulez vous que je vous apprenne quelque chose qui vous fera grandir ? Dès qu'on parle avec quelqu'un, on n’est plus un grand savant, on n'est même plus soi du reste, tout comme le patient cesse d'être lui. Tout est démonté, remonté, transposé, gauchi, éclairé. Un champs presque électrique (c'est de la science) s'est formé, et les particules élémentaires que sont les êtres humains sont transfigurées. La science objective qu'on a fait entrer par la porte se sauve par la fenêtre

    C'est à dire que les neurosciences, c'est très bien, ça apprend plein de choses, c'est sûrement un sujet fabuleux pour ceux que ça intéresse, qui voudraient bien des millions pour ça, et que la jeunesse s'en abreuve, pourquoi pas. Mais même ce puissant démon ne peut dissoudre ce champs mystérieux que, de s'adresser l'un à l'autre, deux êtres humains, un psychiatre et un patient, mettons, ont créés. Et ce qui a été fait ne peut plus être défait !

    Comme talisman, donc, servant à nous protéger de cet envahissement intersubjectif, les neurosciences, comme le reste, ça ne vaut rien. Je dirais à ces jeunes psychiatres canadiens qu'ils n'avaient qu'à pas choisir une discipline - la psychiatrie - qui parle du médecin (âtre) d'une fonction (psyché) qui n'existe nulle part en neuroscience, c'est du reste la raison pour laquelle les neurosciences ont été créées.

    Avant que de critiquer l'indigence de leur formation neuroscientifique, qu'ils fassent donc quelques pas, en particulier quelques pas au delà des limites des classifications descriptives. Ils finiront bien par rencontrer quelqu’un dans cette direction, et pourquoi pas eux même de surcroît.

    Dr Gilles Bouquerel

  • Neurosciences à faire mieux connaitre

    Le 08 avril 2020

    Le centre National Audiovisuel Sante Mentale (CNASM) realise chaque année des document audiovisuels didactique sur, entre autre, l'actualite des neurosciences (26 minutes).
    On peut voir des extraits de ces film sur youtube cnasm (liste plus complete sur le site cnasm-lorquin)
    A transmettre aux internes.

    Dr Alain Bouvarel (pedopsychiatre ex chef de pole, directeur scientifique du CNASM)

  • Attention aux réductions conceptuelles

    Le 10 avril 2020

    Faire attention à ne pas réduire la part "psy" de l'homme à la seule neuroscience. C'est un peu comme si on réduisait le problème de l'éclairage à l'existence du courant électrique. Les raisonnements inverses sont aussi délétères. Souvenons nous des théories purement "psy" sur l'autisme et ayant culpabilisé de nombreux parents. La réalité est complexe, toute réduction est fausse.

    Dr Christian Trape

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