Des « spécialistes » accablent l’anesthésiste de Besançon…sans l’avoir rencontré !

Besançon, le lundi 20 mai 2019 – Le quotidien régional l’Est Républicain a dévoilé ce week-end une expertise « psychiatrique » assez particulière concernant un médecin anesthésiste de Besançon, mis en examen pour 24 empoisonnements. Rédigée fin avril par deux experts « psychocriminologiques » à la demande d’un juge d’instruction, l’expertise a été réalisée sans rencontre de l’intéressé. 

Un document qui n’a qu’une vocation : « nuire »

Cette lacune n’a pas empêché les experts de pointer « de nombreux traits de personnalité (qui) viennent légitimement alimenter une suspicion ». L’anesthésiste présenterait « une personnalité complexe, organisée sur un mode pervers, avec une composante narcissique » et « de nombreux traits de personnalité et d’événements de vie viennent légitimement alimenter une suspicion quant à son éventuelle culpabilité ». Pour les auteurs de ce rapport fort de 44 pages, l’anesthésiste « accorde une grande importance au regard des autres » et « les tensions » avec ses confrères ont « probablement favorisé les passages à l’acte ».

« La seule vocation de cette expertise, c’est de nuire » a réagi l’un des avocats du praticien, Me Randall Schwerdorffer, qui s’est dit « consterné » par la diffusion dans la presse du document judiciaire. La chambre de l’instruction doit en effet examiner dans les prochaines semaines l’appel du parquet formé contre le placement sous contrôle judiciaire de l’anesthésiste alors que le procureur, Etienne Manteaux, avait requis, jeudi, son incarcération.

« Je ne sais pas ce qu’est la psychocriminologie. Ce n’est pas une science reconnue, ce n’est pas une science qui fait autorité en matière judiciaire » souligne en outre Maître Schwerdorffer.

« Il existe d’autres expertises au dossier qui le disent tout à fait normal », a par ailleurs fait valoir sur BFMTV, Me Jean-Yves Le Borgne, autre conseil de la défense.

F.H.

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Vos réactions (4)

  • Et on continue à faire appel à des psychologues

    Le 21 mai 2019

    Et on continue à faire appel à des psychologues après Outreau. Pareil à Outreau avec un psychologue qui a soutenu 18 incarcérations 3 ans sans les voir.

    Le militantisme de Marie-Christine Gryson-Dejehansart avait pourtant été pointé du doigt.

    La psychologue Marie-Christine Gryson-Dejehansart, qui s'était illustrée par ses prises de position controversées dans l'affaire d'Outreau, ne sera plus expert près la cour d'appel de Douai à partir de l'an prochain.

    L'assemblée générale des magistrats compétente en la matière a, selon nos informations, émis le 18 novembre 2015 un avis défavorable à son maintien sur la liste des praticiens agréés, sur laquelle elle figurait depuis 1989.

    Et les 18 inculpés à Outreau avaient-ils été expertisés sans être entendus?

    Dr JD

    PS : De nombreux experts psychologues (Jean-Luc Viaux, Marie-Christine Gryson-Dejehansart) et des psychiatres ont œuvré dans ce dossier d'Outreau.

    Leurs conclusions ont été dénoncées par les avocats de la défense, notamment devant la Commission parlementaire par Thierry Normand, l'avocat des enfants Delay, qui les qualifie de « désastre absolu », ou de l'abbé Dominique Wiel qui les traite de « fumistes ».

    Si la partialité et l'incompétence des experts psychiatriques ont été également remises en cause par les médias, la Fédération Française de Psychologie rappelle que les psychologues livrent des hypothèses qui n'ont pas à être traitées ou entendues comme des vérités absolues.

    En tous cas ils ne donnent plus d'expertises à la justice. Enfin !

  • Et ma concierge .?

    Le 21 mai 2019

    On m'a déjà demandé mon avis sur un dossier, avec toutes sortes de pièces cliniques et paracliniques, mais un avis sur une personnalité, sans entretien (même enregistré) et sans témoignages directs...nullissime, et pas besoin d'être scientifique pour le constater.

    Le demandeur de ces rapports, et les auteurs s'étant permis de les faire, peuvent être récusés d'emblée.

    Dr François Chassaing

  • Les sciences molles

    Le 22 mai 2019

    En opposition avec les sciences dites exactes, comme les mathématiques, la médecine est une science molle, heureusement car ça lui permet d'évoluer.
    La psychiatrie, la psychologie sont elles des sciences très molles car 2+2 ne fait pas quatre pour tout le monde.

    Quant à la justice...Outreau, Gregory pour de récentes, Dreyfus pour de plus anciennes.
    Une science soumise aux pressions qui n'ont rien d'atmosphériques.
    On se prend à rêver devant Les Experts, Bones, d'une justice qui s'appuierait sur une science irréfutable, or faute de preuves le procureur avance un profil psychologique.
    Il publie à son tour un "J'accuse" dénué de fondement.

    Il n'y a pas que les blouses des médecins qui peuvent avoir des taches, les robes de magistrat sont quelquefois douteuses.

    Dominique Barbelet

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