Douleurs musculaires sous statines : un effet nocebo ?

Les traitements  par statines ont fait la preuve de leur efficacité pour réduire le risque d’accidents cardiovasculaires majeurs dans un certain nombre de circonstances. Des effets secondaires, notamment des douleurs musculaires, sont toutefois décrits et ont conduit à des mises en garde très médiatisées, puis à des levers de boucliers contre les risques de surmédicalisation par les statines. Ces effets indésirables ont été décrits surtout dans des études observationnelles et moins souvent dans les essais randomisés, en aveugle.

Cette différence a intéressé une équipe anglo-scandinave qui a utilisé les données d’un essai destiné à comparer les effets de deux protocoles de baisse de la pression artérielle chez plus de 100 mille patients de 40 à 79 ans présentant au moins 3 facteurs de risque cardiovasculaire. Les patients étaient initialement randomisés et recevaient en double aveugle, en plus de leur traitement anti-hypertenseur, une statine ou un placebo.

Après un suivi moyen de 3 ans, et devant l’efficacité du traitement par statine, tous les patients se voyaient proposer, en ouvert, un traitement de 10 mg d’atorvastine. Les effets secondaires les plus fréquents attribués aux statines étaient notés : douleurs musculaires, dysfonction érectile, troubles du sommeil et troubles cognitifs.

Pas en aveugle mais seulement en ouvert

Les résultats sont assez éloquents. Au cours de la première phase de l’étude, la phase en double aveugle, le nombre des effets secondaires musculaires n’est  pas significativement différents dans le groupe statine et dans le groupe placebo (298 vs 283 ; Hazard Ratio [HR] 1,03 ; intervalle de confiance à 95 % [IC] 0,88 à 1,21). C’est le cas aussi de la dysfonction érectile et des troubles cognitifs. En revanche, les troubles du sommeil sont moins fréquents chez les patients sous statine. Mais les choses se modifient après le passage à l’essai en ouvert, et les patients sous statine rapportent alors un nombre supérieur de douleurs musculaires (HR 1,41 ; IC 1,10 à 1,79) et des autres effets indésirables.

Cette différence entre les effets indésirables rapportés au cours de la phase aveugle et de la phase en ouvert est compatible, au moins en partie, avec un effet nocebo. Cet effet, décrit dans les années 1960, est l’inverse de l’effet placebo et est le reflet de la perception par le patient des effets négatifs d’un traitement. Ici des statines, dont les effets indésirables musculaires ont été largement relatés il y a quelques années dans la presse grand public, au point que de nombreux patients avaient décidé d’interrompre leur traitement.

Les travaux ont établi que les statines sont à l’origine d’une atteinte musculaire chez environ 1 patient sur 10 000 par année de traitement. En dehors de ces cas avérés, et en l’absence de modifications biochimiques et histologiques, les douleurs musculaires rapportées pourraient donc être en partie attribuées, non pas à la molécule, mais à un effet nocebo. Pour réduire celui-ci, l’éditorialiste du Lancet conseille aux prescripteurs d’avertir leurs patients des possibilités d’effets indésirables, sans en exagérer le risque, mais en les éclairant sur la raison et l’intérêt de leur traitement.

Dr Roseline Péluchon

Références
Gupta A et coll. : Adverse events associated with unblinded, but not with blinded, statin therapy in the Anglo-Scandinavian Cardiac Outcomes Trial—Lipid-Lowering Arm (ASCOT-LLA): a randomised double-blind placebo-controlled trial and its non-randomised non-blind extension phase.
Lancet, 2017 ; publication avancée en ligne le 2 mai. doi.org/10.1016/S0140-6736(17)31075-9

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Vos réactions (5)

  • Message de l'ANSM de 2015 sur les statines

    Le 18 mai 2017

    Statines et myopathie nécrosante immuno-médiée : renforcement des informations de sécurité - Point d'information
    12/05/2015

    Suite à l’évaluation de cas publiés de myopathies nécrosantes immuno-médiée chez des patients traités par statines, le Comité pour l’Evaluation des Risques en matière de Pharmacovigilance (PRAC) de l’Agence européenne des médicaments (EMA) recommande de renforcer les informations de sécurité de toutes les spécialités à base d’atorvastatine, fluvastatine, lovastatine, pitavastatine, pravastatine, rosuvastatine et de simvastatine.

    L’ANSM invite les professionnels de santé à être attentifs à ce risque d’effet indésirable.

    Dr Samuel Henein

  • Pas d'accord sur la fréquence

    Le 18 mai 2017

    Je ne suis pas d'accord sur le 1/10 000. Bien en dessous des constatations faites dans ma consultation. Je vois entre 8/10 patients/mois avec des douleurs musculaires ou tendinopathies sous statines (facteur provoquant ou favorisant....).

    D'autres part, les tendinopathies ne sont jamais mentionnées !

    J'ai constaté de nombreuses tendinopathies sous statines : supra épineux (avec rupture associée ou fissuration), trochantérite, talalgie.. Entre autres..

    Il serait bon d'alerter les autorités sanitaires sur ces tendinopathies sous statines.

    Dr Philippe Jouet
    Hendaye 64700

  • Une question

    Le 19 mai 2017

    Et l'élévation des CPK constatée est-ce un effet nocebo !

    Dr Jean Azéma

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