Du virus de l’hépatite E plein ma saucisse ?

Il y a quelques années, des virologues très politiquement incorrects, découvraient et publiaient, dans des revues aussi prestigieuses que le Journal of Clinical Virology ou le Journal of General Virology, que des produits à base de foie de porc achetés au détail chez des revendeurs locaux tenant boutique au Japon, aux Etats-Unis ou en Europe pouvaient être contaminés par le virus de l’hépatite E (VHE). Cette étude, qui précédait la description épidémiologique et moléculaire de plusieurs cas d’infections survenus en France autour d’un plat de figatelli* crus, était en revanche postérieure de quelques années à la publication d’un rapport japonais faisant état de cas survenus après ingestion de foie de porc, ou viande de cerf, mal cuites. Y a-t-il eu une amélioration, ou un changement quelconque depuis que les Marseillais ont isolé des VHE de figatelli commercialisés en supermarchés ? Cette étude de 4 portions de saucisses au foie de porc françaises réalisée par des équipes anglaise, hollandaise, allemande… et même française, apporte des éléments de réponse.

Les aliments en question, provenant de 4 producteurs de 3 villes du sud du pays, étaient testés dans des laboratoires distincts sur des cultures cellulaires adaptées et par RT-PCR utilisant des primers et sondes validés. D’où il est apparu que, si les RT-PCR étaient régulièrement positives, les cultures ne l’étaient qu’une fois (de façon transmissible –à une autre culture cellulaire- et répétitive), preuve de l’infectiosité réelle de l’échantillon. Ce qui n’était sans doute pas le cas pour les autres saucisses dont la positivité PCR pourrait être rapportée à un inoculum résiduel ou à une infection abortive. Conclusion des auteurs : les saucisses au foie de porc de France peuvent contenir du VHE infectieux, et les consommer devrait être considéré comme un facteur de risque d’infection virale…

Finalement, que faire des résultats d’une étude malgré tout très limitée dans son ampleur ? Puisque les auteurs évoquent un risque qu’ils pensent réel, prolongeons un peu le raisonnement : en attendant de mieux cerner l’importance épidémiologique réelle d’un phénomène qu’il faut bien admettre persistant, rappelons que l’hépatite E est dangereuse avant tout pour les femmes enceintes au dernier trimestre de grossesse. Et adhérons sans retenue, pour cette fois, à un principe de précaution parfois délétère mais qui, en l’occurrence, nous incitera à leur déconseiller formellement les susdites saucisses…


*saucisses sèches fumées contenant presque un tiers de foie de porc.

Dr Jack Breuil

Référence
Berto A et coll. : Hepatitis E virus in pork liver sausage, France. Emerg Infect Dis 2012. Publication avancée en ligne.

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Vos réactions (1)

  • L'omerta des figatelli

    Le 26 novembre 2022

    Suffit de les cuire, ce qui est une façon de les consommer depuis longtemps.
    Conflit d'intérêt: consommateur de figatelli crus et séropositif HVE.

    Dr A Ellrodt

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