Ecoles : faut-il organiser un relâchement des gestes barrières ?

Paris, le lundi 10 aout 2020 - Profitant de la torpeur de l’été, le Ministère de l’Éducation Nationale a mis en ligne le mercredi 5 août une nouvelle version du « protocole sanitaire » à mettre en place dans les établissements scolaires en vue de la rentrée de septembre.

La nouvelle doctrine est claire. Le gouvernement souhaite permettre l’accueil du plus grand nombre d’élèves.

Au fil des mois, le guide des préconisations a subi une cure d’amaigrissement. En mai dernier, le premier « guide relatif aux écoles maternelles et primaires » contenait pas moins de 54 pages. A l’époque, la lourdeur des recommandations n’avait pas manqué d’agacer les maires ainsi que les enseignants qui éprouvaient parfois le plus grand mal à se conformer aux exigences édictées par la rue de Grenelle. Désormais, c’est un document de 7 pages qui fait figure de petit manuel de gestion de crise.

La distanciation physique remplacée par le masque

Que prévoit ce nouveau protocole ? Désormais, dans les salles de classe et autres espaces clos, la distanciation physique d’un mètre ne sera plus obligatoire lorsque son application « n’est pas matériellement possible ou qu’elle ne permet pas d’accueillir la totalité des élèves ». Précisément, cette distanciation physique sera remplacée par l’obligation du port du masque dans les espaces clos et extérieurs lors des déplacements.

A l’extérieur, cette distanciation physique sera tout simplement abandonnée.

Autre grand changement : la possibilité pour les enfants d’avoir de nouveau accès aux jeux, aux bancs et espaces collectifs extérieurs, avec mise à disposition « d’objets partagés au sein d’une même classe » (ballons, jouets, livres, jeux et crayons…).

Signaux contradictoires ?

Les nouvelles préconisations peuvent surprendre à un moment où les signaux de reprise de l’épidémie se multiplient et où les autorités sanitaires (à commencer par le Ministre de la santé Olivier Véran !) exhortent la population à ne pas baisser la garde face au virus. Il est vrai que le document repose sur un avis rendu par le Haut Conseil de la Santé publique du 7 juillet 2020, à un moment où la France connaissait une accalmie avec un nombre de cas de Covid-19 en baisse.

Ce nouveau guide provoque la colère des syndicats d’enseignants et de parents d’élèves. Ainsi, Rodrigo Arenas, co-président de la FCPE dénonce le manque de concertation du Ministère de l’éducation nationale « avec les autres membres du gouvernement ». 

Un casse-tête à l’échelle mondiale

On se souvient que la fermeture des écoles dès le 13 mars a été l’une des premières mesures prise par le gouvernement pour lutter contre la crise sanitaire, avant même le confinement généralisé de la population.

Mais si au début de l’épidémie, les scientifiques alertaient sur le potentiel rôle contaminant des plus jeunes, un consensus a commencé à émerger sur le fait que les enfants ne seraient finalement pas des grands vecteurs de diffusion de la maladie. Un consensus scientifique qui reste toutefois fragile. Fin juillet, une étude publiée dans la revue JAMA Pediatrics estimait que les jeunes enfants étaient au contraire « d'importants facteurs de contagion du SARS-CoV-2 dans la population ».

En Europe, la France fait partie des pays ayant fait le choix d’une ouverture « rapide » et progressive des écoles. L’Italie et l’Espagne restent fermées depuis désormais six mois.

Aux Etats-Unis, plus de 45 États ont fait le choix de repousser à début août (date habituel de la reprise scolaire) l’ouverture des écoles. Une reprise fortement encouragée par Donald Trump pour permettre aux américains de reprendre le chemin du travail.

Mais récemment, c’est l’exemple israélien qui inquiète. Alors que le pays pouvait se vanter d’une bonne gestion de la crise sanitaire, l’État hébreu fait face à une nette reprise de l’épidémie, mise sur le compte de l’ouverture générale des écoles (et surtout des lycées).

Reste une donnée à prendre en compte dans la décision du ministère de l’Éducation : le coût économique, culturel et social considérable à payer en cas de fermeture généralisée et prolongée des établissements scolaires. A cet égard, la division des statistiques du ministère estime avoir perdu la trace de plus de 6 % des élèves lors du confinement.

C.H.

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Vos réactions (4)

  • Ciblez, SVP!

    Le 10 août 2020

    Alors que les tests PCR gratuits et sans ordonnance encombrent les labos, la rentrée scolaire approche. Le téléenseignement va cédér la place à la tradition présentielle, ne serait-ce que pour soulager les parents. Au lieu de tester les simples curieux et les asyptomatiques guéris, qui sont probablement plus d'un demi-million en France si l'on en croit les pourcentages actuels de positifs, on devrait se focaliser sur l'enseignement, quitte à faire peur à de futurs clusters. Il faut tester les personnels enseignants en priorité, et aussi les parents d'élèves qui viennent à la porte sans masque et sans respecter la distanciation. En trois semaines, on peut s'organiser! La gestion d'un cluster impose de la discipline et une surveillance, mais il ne devrait pas être pénalisant comme on le voit régulièrement, pour les écoliers et les sportifs entre autres.

    JP Moreau, épidémiologiste en retraite

  • "Ce qui n'est pas scientifique n'est pas éthique"

    Le 11 août 2020

    Le Professeur Jean Bernard avait édicté ce principe capital lors de sa prise de fonction à la présidence du Comité consultatif national d'éthique nouvellement créé en 1983.

    En matière de Covid19, tout un chacun professe ses convictions et postulats sans se soucier de la moindre nécessité d'expérimenter. Ce qui n'empêche de moquer l'improvisation dont font preuve certains - Marseillais en particulier.

    Qu'il s'agisse de "gestes barrières" dans les écoles, du port de masque en plein air ou de toute mesure venant à l'idée de décideurs en mal de reconnaissance, aucune ne vaut tant qu'elle n'a pas fait l'objet d'une évaluation contrôlée, c'est à dire méthodiquement comparative.

    Encore faudrait-il qu'on sache, en haut lieu, imposer et organiser scientifiquement des expérimentations locales - bien loin du dogme égalitaire et jacobin qui ne conçoit de politique qu'univoque et nationale, bêtement qualifiée "sans discrimination".

    Dr Pierre Rimbaud

  • Éthique et science

    Le 12 août 2020

    "Ce qui n'est pas scientifique n'est pas éthique". Le Professeur Jean Bernard avait édicté ce principe capital lors de sa prise de fonction à la présidence du Comité consultatif national d'éthique nouvellement créé en 1983. (cité par le Dr Rimbaud)
    L'erreur est humaine. Le problème est qui décide de ce qui est scientifique, et sur quels critères. Comme la science dans la covidite 19 change quatre fois par jour, comment l'éthique peut changer à ce rythme. Ça devient dur à suivre.

    Les pantomimes sur les traitements devraient nous faire réfléchir. L'éthique c'est une valeur sûre, refuge elle est basée donc sur la vie, et non la science, ce qui sauvegarde la vie est plutôt éthique, ce qui nuit à la vie plutôt non éthique, et débrouilles toi donc avec ça.

    Dr Gilles Bouquerel

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