Encore un argument de poids pour l’allaitement maternel

Un poids de naissance élevé (PN ≥ 4 000 g) annonce souvent un surpoids ou une obésité dans l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte. En comparaison des enfants de PN normal, la prévalence de l’obésité est près du double ; elle s’associe avec un risque cardiovasculaire et de diabète accru. Parmi d’autres, les facteurs nutritionnels occupent naturellement une place importante. L’allaitement maternel exclusif joue un rôle majeur

Des chercheurs en santé publique de Cincinnati ont utilisé les données d’une étude longitudinale de 4 902 femmes (Infant Feeding Practices Study) conduite par les autorités de santé aux États-Unis. Les dyades mère/enfants étaient éligibles si les mères avaient plus de 18 ans et les nourrissons étaient des singletons, sans pathologie, nés après 35 semaines avec un poids de naissance  ≥ 2,25 Kg.

Les mères ont rempli un questionnaire avant la naissance puis à la naissance, puis tous les mois jusqu’à 7 mois et toutes les 7 semaines jusqu’à un an. Les PN ont été classés en élevés ≥ 4 000 g et normaux de 2 500 g à < 4 000g et les enfants classés en gros pour l’âge gestationnel (poids  > 90ème percentile), normaux et petits (< 10ème P). Les questionnaires recueillaient des données précises sur l’alimentation à chaque étape. Le pourcentage de lait maternel reçu et la consommation quotidienne de lait artificiel ont été calculés de la naissance à 6 mois (34 % d’allaitement maternel exclusif à 6 mois). Les poids à 7-12 mois ont été classés en élevés (Z-score  > 1) et normaux (Z-score  ≤  1).

La proportion de lait maternel dans l’alimentation joue sur le poids à 7 mois

Au total, l’étude a porté sur 1 799 enfants pour l’analyse du pourcentage d’allaitement maternel (dont gros PN = 209) et 1265 (gros PN = 133) pour la consommation moyenne quotidienne d’une formule. Les nourrissons de PN élevé et de gros poids à 7-12 mois avaient fait l’objet d’une baisse rapide du pourcentage de lait maternel dans leur alimentation en comparaison de ceux de PN élevé mais de poids normal à 7-12 mois. Les enfants de PN normal et de gros poids à 7-12 mois recevaient un pourcentage plus bas de lait maternel et des apports de lait artificiel en valeur absolue plus élevés que ceux de poids normal. Ces associations ne variaient pas le long de l’évolution. Ces résultats étaient similaires quand les nourrissons étaient classés par percentiles de PN. Les facteurs de confusion, comme le poids maternel ne modifiaient pas statistiquement ces constatations.

Ainsi, il existe une forte association entre gros poids de naissance et obésité ultérieure mais cette constatation est modulée par l’alimentation. Un excès de poids à 7-12 mois des enfants de gros poids de naissance est associé à une proportion plus faible d’apports en lait maternel les 6 premiers mois.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Goetz AR et coll. : Greater breastfeeding in early infancy is associated with slower weight gain among high birth weight infants. J Pediatr., 2018;201:27-33

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Vos réactions (1)

  • L'allaitement maternel condamné à disparaître ?

    Le 08 novembre 2018

    On a beaucoup glosé sur l'explosion des pathologies chroniques métaboliques et inflammatoires depuis la seconde partie du XXe siècle, qui a été rattachée à bien des événements concomitants. D'innombrables hypothèses causales ont été évoquées sans qu'on souligne la conjonction de ce phénomène avec l'effondrement des pratiques d'allaitement naturel. Je ne dis pas "maternel" car le métier de nourrice était assez répandu jusqu'au XIXe siècle.

    Il est plausible que la quasi généralisation progressive de l'allaitement artificiel ait entraîné des anomalies de la physiologie néonatale et infantile, comportant en particulier des modifications du microbiote intestinal, dont les conséquences ultérieures sont encore mal évaluées. Ces problèmes ont culminé avec la pratique de nourrissage au lait de vache non transformé, et ont sans doute diminué au fil des dernières décennies avec l'amélioration des formules infantiles. Il n'empêche que le coût prohibitif de ces formules interdit à la majorité des nourrissons de profiter des progrès en la matière.

    Il est possible que l'on soit réellement capable de produire des formules infantiles "idéales", mais elles devraient comporter des composants (notamment glycomiques et microbiomiques) qui les rendent économiquement inaccessibles à la plupart des familles.

    Néanmoins, c'est vers cet objectif qu'il faut tendre, car il fait peu de doute que l'allaitement maternel est condamné à disparaître à plus ou moins long terme, pour tout un tas de raisons.
    Ce futur est à craindre d'autant plus qu'inéluctablement on verra se multiplier les naissances manipulées : aujourd'hui la GPA pour des hommes qui croient sincèrement qu'un enfant n'a pas besoin d'une mère, demain l'utérus artificiel. Il faut espérer que cet avenir radieux sera associé à la disponibilité effective de vrais substituts du lait maternel.

    Il restera néanmoins un aspect du problème qu'on souligne trop peu quand on parle d'allaitement maternel : il s'agit des bénéfices pour la mère. On doit craindre que la disparition des pratiques d'allaitement (et notamment d'allaitements prolongés et répétés au cours de la vie) n'entraîne une nette augmentation d'incidence chez les femmes des cancers du sein, des diabètes et peut-être d'autres affections - phénomène dont on voit déjà les prémices.

    Dr Pierre Rimbaud


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