Et voilà pourquoi il faudrait laisser les écoles ouvertes !

A l’instar d’un grand nombre de pays à travers le Monde, la France a confiné sa population de mars à mai 2020 afin de contenir l’épidémie de Covid-19.

Pendant le confinement les crèches et les écoles ont été fermées. Leur réouverture après la levée du confinement a fait craindre à certains une contamination massive des enfants et de leurs familles, ainsi que des enseignants. L’expérience de la Suède, rapportée dans une lettre à l’éditeur du NEJM, devrait contribuer à les rassurer.

La population suédoise n’a pas été confinée au printemps 2020. Une distanciation physique a été conseillée, mais pas le port du masque. Les établissements préscolaires (1-6 ans) et les écoles (7-16 ans) sont restés ouverts jusqu’au début des vacances d’été, vers le 10 juin 2020.

Pas de surmortalité et peu de formes sévères pour les enfants suédois

Des chercheurs du Karolinska Institutet de Stockholm ont tiré les données suivantes de registres nationaux exhaustifs.

Le nombre de décès parmi les 1,95 millions de Suédois de 1-16 ans a été similaire du 1er mars au 30 juin 2020, en pleine épidémie de Covid-19, à celui des 4 mois précédant le début de l’épidémie (69 décès de toutes causes vs 65, respectivement).

Les formes sévères de Covid-19 ou de MIS-C* lié à la Covid-19, définies par une hospitalisation en réanimation, ont été rares chez les Suédois de 1-16 ans. Du 1er mars au 30 juin 2020, seulement 15 patients de 1 à 16 ans infectés par le SARS-CoV-2 (4 âgés de 1-6 ans et 11 âgés de 7-16 ans) ont été admis dans des unités de réanimation, soit un enfant sur 130 000. Deux enfants, admis pour d’autres raisons, étaient asymptomatiques ; 7 avaient un MIS-C. Quatre enfants présentaient des comorbidités. Quatre enfants ont eu besoin d’une ventilation mécanique. Tous sont sortis vivants de réanimation.

Justification a posteriori de la réouverture des écoles au printemps dernier

Moins de 10 enseignants préscolaires et moins de 15 enseignants scolaires ont eu besoin de soins intensifs pour Covid-19 durant la même période. Par comparaison avec d’autres professions – hors professions de santé - les enseignants préscolaires ont présenté un risque similaire d’admission en réanimation pour Covid-19 (Risque relatif [RR] : 1,10 ; Intervalle de Confiance de 95 % [IC 95%] : 0,49-2,49), et les enseignants scolaires un risque moindre (RR : 0,43 ; IC 95% : 0,28-0,68).

Il n’y a pas de données sur la transmission intrafamiliale éventuelle par les enfants.

Au total, pas de surmortalité et peu de formes sévères chez les sujets de 1-16 ans fréquentant des établissements préscolaires ou des écoles, pas de risque accru d’admission en réanimation pour Covid-19 chez les enseignants. Autant de résultats qui confortent a posteriori la décision de réouverture des crèches et des écoles en France.

* Syndrome inflammatoire multisystémique de l’enfant

Dr Jean-Marc Retbi

Référence
Ludvigsson JF et coll. : Open schools, Covid-19, and child and teacher morbidity in Sweden. N Engl J Med 2021 (lettre à l’éditeur). Doi : 10.1056/NEJMc2026670

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Vos réactions (3)

  • Le problème n'est pas là

    Le 15 janvier 2021

    La morbi-mortalité des enfants n'est certainement pas ce qui motive la fermeture des écoles et des crèches.
    La question est de savoir si ces établissements (comme les universités) représentent des foyers de dissémination virale auprès des familles, et de là dans toute la population. Question très discutée, que cette enquête n'envisage pas du tout.

    Dr Pierre Rimbaud

  • Une démonstration un peu …scolaire

    Le 16 janvier 2021

    Enfants (1-16ans) – Enseignants certes , et TOUS les AUTRES ?

    La courte correspondance analysée devrait rassurer parents , enfants et enseignants SI elle est re-contextualisée dans l’«open-bar» SUEDOIS de l’époque (1/3-30/6/2020) . Elle avait déjà fait l’objet d’une publication antérieure : Hildenwall H, Luthander J, Rhedin S et coll . Paediatric COVID-19 admissions in a region with open schools during the two first months of the pandemic. Acta Paediatr. 2020 Jul7 Oct;109(10):2152-2154 doi: 10.1111/apa.15432.

    Le modèle suédois «non coercitif» , unique, tant cité, parfois envié, sur la voie de l’immunité naturelle collective a été clairement remis en question depuis par tous. La Suéde a refermé ses lycées, et non ses écoles, pour un mois le 3/12/2020.
    L’actualité sanitaire suédoise peut être suivie : https://www.lasuedeenkit.se/le-covid-19-en-suede

    Personne ne discute plus de la RARETE des formes graves chez l’enfant , «Kawa-post Covid» inclus , ni de la mortalité attenante quasi-nulle . Le sujet à été revu de manière exhautive :

    • Viner RM, Ward JL, Hudson LD et coll . Systematic review of reviews of symptoms and signs of COVID-19 in children and adolescents. Arch Dis Child. 2020 Dec17 doi: 10.1136/archdischild-2020-320972

    • Ahmed M, Advani S, Moreira A et coll . Multisystem inflammatory syndrome in children: A systematic review . EClinicalMedicine. 2020 Sep 4 ;100527 doi:10.1016/j.eclinm.2020.100527

    • Jiang L, Tang K, Levin M et coll . COVID-19 and multisystem inflammatory syndrome in children and adolescents. Lancet Infect Dis. 2020 Aug 17 Nov;20(11):e276-e288 doi: 10.1016/S1473-3099(20)30651-4

    Personne ne discute de l’IMPACT PEJORATIF éducatif , développemental, mais aussi socio-économique de la fermeture des écoles : Potentiellement TRANSGENERATIONNEL.

    PAR CONTRE :
    • Définir les Formes sévères comme celles hospitalisées en soins intensifs pédiatriques les SUR-évaluent probablement

    • Considérer une homogénéité pédiatrique nationale 0-18ans reste un non sens

    • Concernant la DYNAMIQUE de TRANSMISSION , nous avons constaté , avant l’émergence des «VARIANTS» épidémiologiquement significatifs , que l’enfant avait été considéré , parfois avec opportunisme économique , comme maillon FAIBLE par analogie inappropriée puis FORT et en définitive NEUTRE :

    Viner RM, Mytton OT, Bonell E et coll. Susceptibility to SARS-CoV-2 Infection Among Children and Adolescents Compared With Adults: A Systematic Review and Meta-analysis. JAMA Pediatr. 2020 Sep 25 : e204573 doi: 10.1001/jamapediatrics.2020.4573

    Cf JIM 06/12/2020 : « Encore beaucoup d’inconnues sur l’élimination du SARS-CoV-2 et
    l’immunité chez l’enfant »

    • La « démonstration » suédoise ne me semble pas à la hauteur de l’objectif supposé des auteurs : Enfants (1-16ans) – Enseignants certes , et TOUS les AUTRES ?

    Une approche exclusivement pédiatrique , pavée d’intentions louables, occultant virtuellement tous «les autres» ne me semble pas crédible , parole de pédiatre.

    La SFP a su s’adapter en fonction des impératifs comme des acquis : La vocation (enviable) de l'expertise est de partager des constats et non de suggérer des décisions politiques (moins enviable.)
    Tester massivement les enfants dans les écoles , hors Oise, qui l’eu cru ?

    Dr JP Bonnet

  • C'est une blague ?

    Le 24 janvier 2021

    Voici la situation réelle: les adultes sont plus facilement testés que les enfants. On ne teste les enfants qu'en cas de symptômes très évocateurs et bien souvent plus tardivement que leurs parents. On conclut donc que la contamination est parentale...
    Lors de cas multiples dans les établissements scolaires, on considère donc que de nombreux enfants du même collège ont été contaminés individuellement par leurs parents. Ca, c'est de la démarche scientifique!
    Clusters de parents d'élèves? C'est une blague...

    Dr Sylvie Lonjon

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