François Braun : enthousiasme en ville, réticences à l’hôpital

Paris, le mardi 5 juillet 2022 - Hier après-midi, quelques heures après la nomination de François Braun, Brigitte Bourguignon a passé ses pouvoirs à l’urgentiste sous l’œil des caméras.

La ministre sortante a souhaité à son successeur du « courage » et « d’être bien » dans ce ministère de la Santé qu'elle quitte après un mois et demi et une défaite électorale aux législatives face au RN. « C'est ma première, elle est rude », a-t-elle commenté au bord des larmes. Cette « femme du Pas-de-Calais » a insisté sur « le respect de l'accès aux soins pour chaque citoyen, droit qu'il conviendra d'avoir toujours à l'esprit dans les concertations ».

« Tout notre système de santé est à bout de souffle »

Dans son discours d’investiture, l’ex-parton de SAMU-Urgences de France s’est voulu grave.

Après avoir salué Brigitte Bourguigon pour son « écoute bienveillante » et sa « volonté de prendre les problèmes à bras le corps », l'ex-chef du service des urgences de Metz a évoqué un « système de santé (...) capable de faire des choses extraordinaires, comme pendant la pandémie, mais (qui) manque de souplesse, de visibilité, n'est plus compris par nos concitoyens ni par nos soignants ».

« Les urgences (...) sont malades, l'hôpital public n'est pas bien, et tout notre système de santé est à bout de souffle (…) il y a urgence pour lutter contre les inégalités d'accès à la santé, dont les déserts médicaux sont l'emblème le plus terrible ». Le nouveau ministre a annoncé qu'il recevrait, « dès les prochains jours », avec sa ministre déléguée aux professions de santé Agnès Firmin-Le Bodo, « les corps intermédiaires de santé pour démarrer la grande concertation des parties prenantes voulue par le président de la République ». 

Un ministre venu de l’hôpital qui enthousiaste les libéraux

La nomination du Dr Braun semble plutôt bien accueillie par la ville.

Sans rapporter les déclarations de tous les syndicats de libéraux, citons les propos du premier d’entre eux, la CSMF au diapason de ses concurrents. Pour la CSMF, le nouveau Ministre « porte des valeurs de confiance et de responsabilités, autrement dit des valeurs de droits et de devoirs énoncées par la CSMF au cours de ces derniers mois. Son sens de l’écoute a été salué lors de la récente mission flash. Cette écoute et le pragmatisme de ce médecin de terrain seront nécessaires pour faire évoluer notre système de santé tant en matière d’accessibilité aux soins que dans le virage de la prévention et la prise en compte de la qualité de notre exercice ». 

Seule voix légèrement dissonante, celle de l’UFML qui prévient « nous serons, un syndicat de construction, et nous tenons à porter notre contribution et notre aide aux soins de notre système de santé vers sa guérison. Mais au regard de la gravité du moment, nous serons sans état d’âme quant à la mise en place d’actions d’oppositions face à des décisions qui pourraient porter atteinte à la médecine de ville et à celles et ceux qui les portent ».

Du côté de l’hôpital, l’accueil est beaucoup plus mesuré, tandis qu’un article publié dans Marianne n’a pas hésité à relayer certaines critiques quant à l’action du Dr Braun en tant que chef de service à Metz.

Ainsi, le collectif inter-hôpital, aux avant-postes des luttes ces dernières années, semble très réservé. Sur RMC, le Dr François Salachas rappelle que François Braun était déjà un conseiller d'Emmanuel Macron pendant des années et que « sa mission flash n'a rien dit sur le problème principal des urgences » qui serait selon lui la pénurie de soignants dans les services d’hospitalisation en aval. « Rien a été proposé pour faire revenir ceux qui sont partis » a taclé le Dr Salachas.

Mon pote ministre

Le Dr Braun n’a pas non plus pu laisser à la porte les querelles d’antan entre chapelles d’urgentistes. Président de SAMU Urgences de France, il semble s’être fait de solides inimitiés à l’AMUF, très opposée au tri en amont des urgences.

Le Dr Christophe Prudhomme, interrogé sur France Info a qualifié cette nomination de « véritable provocation ». « Comment pouvons-nous avoir confiance dans ce monsieur ? Les propositions qui sont faites par François Braun sont catastrophiques. C'est une rupture du service public », estime le Dr Prudhomme, qui voit en François Braun « un adversaire ».

Le Dr Patrick Pelloux, qui, dit-il, a des liens d’amitié avec le nouveau ministre s’est voulu plus mesuré. Dans le Journal du Dimanche il explique « c’est l’aboutissement d’un travail qu’a mené François Braun, avec son syndicat, qui est devenu un parti politique. Je rends hommage au moins à cela : c’est la première fois qu’un médecin, président de syndicat en exercice accède au ministère. C’est une première, et c’est très intéressant politiquement, sociologiquement. François Braun est compétent, travailleur, c’est quelqu’un de très intelligent, et je lui souhaite de réussir ». Il a néanmoins taclé sur BFM- TV : « il a fait sa mission flash, il ne nous a pas consulté ». Après avoir énuméré les propositions de la mission flash avec lesquelles il est en opposition il a tempéré « j’ai le droit de ne pas être d’accord avec un pote » et a trouvé « bien et drôle » que son ami François soit aujourd’hui le locataire de l’avenue de Ségur.

F.H.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (1)

  • Changement de conception

    Le 06 juillet 2022

    Il faut espérer que ce ministre qui n'est pas un politique dont les dents raclent le parquet ni un gestionnaire diplômé des Grandes Ecoles reste ce qu'il est: un homme de terrain pragmatique qui sait où les bâts blessent, et qui aura à cœur de commencer à changer la terrible "gestionnite" dont l'Hôpital est la proie depuis trop longtemps et qui a mené à sa perte!
    Dr Astrid Wilk

Réagir à cet article