Gérald Darmanin stigmatise-t-il les consommateurs de drogue ?

Paris, le jeudi 28 septembre 2023 – Un collectif de diverses organisations et associations appelle le ministre de l’Intérieur à cesser de pointer du doigt les consommateurs et leur prétendue responsabilité dans les règlements de comptes mortels qui ont émaillé la France ces derniers mois.

Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin tente de « cacher l’échec de sa politique des drogues » en stigmatisant les consommateurs. C’est le constat fait par le Collectif pour une nouvelle politique des drogues dans un communiqué de presse publié le 26 septembre dernier. Ce collectif regroupe plusieurs organisations et associations, dont AIDES, SOS Addictions, le Syndicat de la Magistrature, Fédération Addiction ou encore la Ligue des droits de l’Homme.

Des attaques tous azimuts contre les consommateurs de drogue

« Depuis plusieurs semaines, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin accuse les consommateurs de drogues de favoriser la violence. Le Collectif national pour une nouvelle politique des drogues appelle le gouvernement à mettre fin à cette stigmatisation et rappelle que la seule réponse efficace en matière de drogues est une politique de santé publique incluant la dépénalisation de la consommation », explique le collectif en introduction.

Il est vrai que le ministre de l’Intérieur est coutumier du fait. « En consommant de la drogue, même de manière festive, on finance les trafics », affirmait-il par exemple en avril, à la suite d’une fusillade à Marseille. « S’il n’y avait pas de consommateurs, s’il n’y avait pas des gens qui fument du cannabis, s’il n’y avait pas de gens qui prennent de la cocaïne, il n’y aurait pas de point de deal, il n’y aurait pas de règlements de comptes », abondait de nouveau le ministre de l’Intérieur le 12 septembre dernier, alors qu’un règlement de comptes venait de faire deux nouvelles victimes, toujours à Marseille.

Consommation et overdose en hausse, risques infectieux plus élevés… : la répression est-elle la solution ?

Ces attaques contre les consommateurs sont le ciment des politiques répressives qui ont montré leur « faillite », selon le Collectif pour une nouvelle politique des drogues. Il dénonce un « acharnement médiatique et répressif qui aggrave les risques sociaux et sanitaires des drogues plutôt que de les prévenir ».

La France est d’ailleurs le premier pays européen à consommer du cannabis, avec 44,8 % des Français de 15 à 64 ans l’ayant déjà expérimenté. La consommation de cocaïne est également en augmentation et fait partie des plus élevées en Europe : 6 % des adultes français en ont déjà fait l’expérience en 2017, contre 1,8 % en 2000.

Les politiques répressives ont aussi des conséquences néfastes en matière de santé publique, soulignent les organisations et associations membres du collectif. Selon elles, non seulement la consommation est plus importante dans les pays à politique répressive que dans ceux ayant opté pour la dépénalisation de l’usage, mais le nombre de surdoses est aussi plus élevé, les risques infectieux plus forts et l’éloignement du système de soins pour les usagers plus marqué.

Par ailleurs, ces politiques représentent un coût considérable pour la France, d’autant que l’argent public est surtout fléché vers la répression sur la voie publique que vers le démantèlement des trafics. Environ 1,72 milliard d’euros sont prévus au budget de l’État pour la répression des consommateurs, une somme en hausse ces dernières années.

Les organisations membres du Collectif ont donc émis une proposition de loi, en juin dernier, visant à supprimer les sanctions liées à l’usage de drogues. Ce changement législatif suivrait les recommandations internationales en la matière, comme en témoigne un rapport d’août 2023 dans lequel le haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme recommande aux États de dépénaliser la consommation de drogues.

Raphaël Lichten

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Vos réactions (5)

  • Le ministre de l'intérieur et les consommateurs de drogues

    Le 29 septembre 2023

    Responsabiliser n'est pas stigmatiser,
    Les consommateurs doivent être rappelés à leurs responsabilités majeures, même si elle est loin d'être exclusive dans l'expansion des drogues et toxicomanies.
    Les associations "vent debout" contre ce rappel de bon sens du ministre de l'intérieur, devraient cesser de souffler sur les braises de ces toxicomanies qui attendent davantage de ce que devrait être leur activité de prévention, laquelle est à peu près nulle. Ne serait-ce en fait leur fond de commerce qu'elles s'appliquent à préserver, et même en l'occurrence à amplifier.

    Pr. J. Costentin

  • Stigmatiser les consommateurs ?

    Le 29 septembre 2023

    Il aurait tort de ne pas le faire.
    Le problème dont il faut se préoccuper, c'est eux.

    Dr P. Rimbaud

  • Pas d'alternative !

    Le 30 septembre 2023

    À moins d'être d'une insigne mauvaise foi, il semble parfaitement évident que les consommateurs de drogues en favorisent le commerce.
    Si l'on s'intéresse à l'ensemble de ces marchés mais surtout aux sommets des organisations qui gèrent ces trafics, on constate que l'argent sale qui en résulte intéresse au plus haut point les banques, qui, comme l'empereur Vespasien, ont compris que l'argent n'avait pas d'odeur, mais il intéresse aussi les milieux politiques dont une partie est rendue complice par addiction ou par corruption. Dans ces conditions, imaginer pouvoir mettre fin à ces marchés par le démantèlement de quelques réseaux est une pure illusion. Continuer à faire des saisies, mêmes si elles sont de plus en plus importantes, et à démanteler quelques réseaux n'a d'autre intérêt que de prouver à la population que l'on fait quelque chose; on pourrait presque considérer que cela correspond à une taxe à l'importation de ces denrées. Un simple coup d'œil dans le monde vers les pays en proie à ce mal : aucun n'a trouvé la solution. D'autant moins que ce commerce devient florissant sur le darknet.
    Donc la seule solution serait de pénaliser lourdement avec éventuellement, comme faisait le Japon à une époque, une peine de prison ferme le temps de procéder à un sevrage brutal sous couverture médicale, car je ne vois pas l'avantage que l'on peut retirer de remplacer une drogue du commerce illicite par une drogue du commerce médical en dehors du fait d'alimenter les laboratoires, c'est un heureux mélange de supercherie, d'hypocrisie et de veulerie.
    Cela dit, il est également évident que ce type de "prise en charge" ferait hurler les thuriféraires de la liberté individuelle et regimber la majorité de la population passive.
    Moralité : cette affaire restera insoluble et continuera à destructurer la société comme aux USA

    Dr F. Perrey

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