Glyphosate : le revirement de l’AAAS dans l’attribution d’un prix interroge la toile

Paris, le jeudi 7 février 2019 - Comment passer en quelques heures d’organisation scientifique considérée comme « l’une des plus prestigieuse au monde » à une institution « gangrénée par les lobbys industriels ? » comme s’en amuse le réseau social Twitter. La (prestigieuse) Association américaine pour l’avancement des sciences (AAAS) en fait actuellement l’expérience. Il y a quelques jours, l’organisation annonçait qu’elle décernait son prix « de la liberté et de la responsabilité scientifique » au docteur Channa Jayasumana et à Sarath Gunatilake pour leur combat « déterminé » contre les « intérêts corporatistes » pour mieux comprendre les causes d’une "épidémie" d’insuffisance rénale chronique d’étiologie inconnue chez des agriculteurs sri-lankais. Ces chercheurs sont notamment convaincus du rôle de l’exposition aux herbicides et notamment au fameux glyphosate dans cette "épidémie". Certains affirment d’ailleurs que les études de Channa Jayasumana ont pu contribuer à l’interdiction (désormais levée) du glyphosate au Sri Lanka. Aussi, pour les militants convaincus de la dangerosité du glyphosate, cette reconnaissance de l’AAAS revêtait une importance majeure, alors que de nombreuses voix, notamment dans la communauté scientifique, rappellent qu’au-delà d’une toxicité certaine à de fortes doses et dans de mauvaises conditions d’usage, la dangerosité du glyphosate pourrait ne pas être avérée.

Revirement dans tous sens

Cependant, hier, l’AAAS a indiqué que ce prix pour la liberté et la responsabilité scientifique était suspendu et ne serait pas décerné comme prévu la semaine prochaine après que « des préoccupations aient été exprimées par des scientifiques et différents membres ». Une réévaluation est en cours. De fait, la pertinence de certains travaux du docteur Channa Jayasumana a été contestée par une partie non négligeable de la communauté scientifique. Ses méthodes et ses conclusions ont été fréquemment critiquées. Bien sûr, beaucoup ont eu tôt fait de voir derrière ce revirement de l’AAAS l’intervention de Monsanto. De la même manière, l’ensemble des réserves émises vis-à-vis des dénonciations du glyphosate est aujourd’hui perçu comme le signe de l’influence de Bayer-Monsanto et très rarement d’une volonté de s’en tenir aux faits scientifiques.

C’est ainsi que les mêmes qui applaudissaient l’AAAS ont rapidement déchanté en déplorant cette nouvelle marque de la puissance de l’industriel. En tout état de cause, ce brusque changement de position est certainement révélateur de défaillances de certaines procédures d’attribution des prix au sein de l’AAAS. Toxique.

A.H.

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Vos réactions (3)

  • Sage décision

    Le 09 février 2019

    Il est vrai que récompenser Jayasumana, ce serait un peu comme honorer Seralini ou Gherardi sous prétexte que leurs alertes sont très populaires.
    Les réponses validées valent mieux que les hypothèses préoccupantes.

    Dr Pierre Rimbaud

  • Rationnel pour incriminer Monsanto ?

    Le 10 février 2019

    Il n'existe pas de données scientifiques solides et validées, c'est à dire reproductibles, sur la toxicité du glyphosate. Les effets secondaires attribués ne sont pas concordants selon les pays. L'interdiction repose actuellement seulement sur le principe de précaution. En revanche incriminer l'influence de Monsato sur l'AAS semble relever de la théorie du complot, assez peu scientifique.

    Dr JJ le Moine

  • Lisez les publications de Seralini

    Le 10 février 2019

    Le Pr. Seralini mérite le respect pour ses travaux sur le Roundup. Il a mis le doigt sur le fait que le glyphosate est un leurre (c'est pour celà que beaucoup ne sont pas d'accord sur sa toxicité réelle) mais que la bouillie d'adjuvants qui l'accompagnent dans la formule sont des poisons qui sont de 100 à 1000 fois plus puissants. Il a démontré l'action des pesticides sur les problèmes rénaux, ce qui va dans le sens des pathologies lourdes des paysans du Sri Lanka.
    Monsanto lui a fait de nombreux procès en diffamation qu'il a tous gagnés. C'est dire le sérieux des preuves qu'il avance. Je ne vois pas le rôle que peut jouer la popularité dans cette histoire, Dr Rimbaud. Lisez ses publications et revoyez votre jugement ou pas, mais soyez honnête.

    Alain Regard

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