Homosexualité : des parlementaires s’attaquent aux « thérapies de conversion »

Paris, le vendredi 13 septembre 2019 - En mars 2018, le Parlement européen adoptait un texte non contraignant appelant les états membres à interdire les thérapies de conversion, censées « guérir » l’homosexualité.

Depuis, Malte a légiféré dans ce sens et des discussions sont en cours au Royaume-Uni, en Espagne et en Allemagne. 

En France, une mission parlementaire « sur les pratiques prétendant modifier l'orientation sexuelle ou l'identité de genre d'une personne » a commencé ses auditions cette semaine à l'Assemblée nationale.

A sa tête deux députés : Bastien Lachaud (France insoumise) et Laurence Vanceunebrock-Mialon (La République En Marche) qui  comptent déposer une proposition de loi d’ici début 2020, en vue de sanctionner ces « thérapies de conversion » de deux ans de prison et 30 000 euros d’amende.

Pour Laurence Vanceunebrock-Mialon ce texte devrait aussi permettre de poursuivre des parents qui chercheraient à modifier la sexualité ou l’identité de genre de leur enfant.

Le jardin d’acclimatation

Il est difficile de déterminer la fréquence des thérapies de conversion (qui ont pu reposer sur des méthodes extrêmes telle la lobotomie comme l’évoque Yves Navarre dans son roman Le jardin d’acclimatation). Cependant, aux États-Unis, où ces pseudos traitements sont probablement plus répandus, on estime que près de 700 000 personnes âgées de 18 à 59 ans en ont été victimes. 

Selon une étude réalisée l’année dernière par le William Institute, les méthodes pratiquées iraient du simple groupe de paroles à des séances d’hypnose, en passant par des électrochocs et des « inductions de nausées ou de vomissements » à la vue de rapports homosexuels…

Plus confidentielles, en France, elles s’apparenteraient selon les premières enquêtes parlementaires à des "stages" ou des "séminaires" encadrés par des religieux, le plus souvent évangéliques ou musulmans, ou par des "psys".

« Que l'esprit de l'homosexualité te quitte »

« Ça a commencé par six jours de jeûne. Au bout de ces six jours, il y a eu une journée de délivrance » raconte une victime interrogée sur Europe 1. « Des pasteurs vous entourent, en hurlant des formules comme  : "Que l'esprit de l'homosexualité te quitte". C'était une atmosphère très particulière. Avec la fatigue, avec l'émotion, avec la musique, avec l'apposition des mains, on se retrouve souvent par terre. Personnellement, j'ai été jusqu'aux vomissements. Je suis sorti de là comme libéré, mais évidemment ça n'a pas duré ».

Thierry le Gall, du Conseil National des Évangéliques de France (CNEF), dénonce ces pratiques qu’il qualifie de « dérives sectaires », tout en estimant cependant que « si une personne est volontaire, si elle nous demande de l'accompagner vers un mode de vie qui serait plus compatible avec les enseignements bibliques en lesquels elle croit, elle peut choisir la chasteté ou si elle le souhaite revenir à l'hétérosexualité ».

La participation de responsables religieux à ces prétendues thérapies explique que les associations chrétiennes soient aujourd’hui ciblées par les députés, notamment « Torrents de vie » qui propose dans une de ses brochures, de suivre pendant une semaine une « session de Restauration et de Formation ».

Pas sûr néanmoins que cette loi pourra aboutir sans l’aval du gouvernement. Or, en  2018 les mêmes députés avaient interpellé le ministre de la Santé, Agnès Buzyn, pour savoir ce qu’elle comptait faire sur cette question, elle leur avait alors répondu que « le droit existant permet déjà de réprimer les comportements les plus graves ».

F.H.

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Vos réactions (1)

  • Condamnation des thérapies de conversion

    Le 13 septembre 2019

    Encore une fois sur cette même question, par sa ministre de la Santé, le gouvernement se dérobe (pour le moins). Dans ce qui est ciblé ici, il ne s’agit nullement de dérives « quantitatives » (« le droit existant permet déjà de réprimer les comportements les plus graves ») mais «qualitatives », càd que cette pratique est une pure violation des droits de l’homme. Que Mme Buzyn ne le reconnaisse pas est particulièrement inquiétant.

    Dr Marc Fillatre, Psychiatre.

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