Jeûner un jour sur deux, est-ce mieux ?

Le traitement de première ligne de patients obèses comporte, dans tous les cas de figures, une restriction calorique journalière mais l’expérience clinique montre qu’elle est difficile à tenir en pratique plus d’un mois et qu’elle tend à diminuer au fil du temps. De ce fait, une autre approche a été développée, consistant en un jeune journalier alterné, avec, durant les jours « maigres », consommation de 25 % de l’apport calorique habituel (soit, environ, 500 Kcal) et, les jours « fastes », apport de 125 %. Cette technique a gagné en popularité ces dernières années sans être étayée par des essais cliniques randomisés à longs termes, évaluant, de façon comparative, son efficacité et sa tolérance.

J F Trepanowski et ses confrères ont, dans ce but, mené un vaste travail, comparant l’impact de cette approche et celle, plus classique, d’une restriction calorique journalière, sur la réduction pondérale et l’évolution des indicateurs de risque de maladies cardiovasculaires. Il s’agit d’un essai clinique monocentrique, conduit entre le 1er Octobre 2011 et le 15 Janvier 2015 dans le centre médical académique de l’Université de l’Illinois (Chicago). Les participants étaient des hommes et des femmes obèses mais en bonne santé, sédentaires, âgés de 18 à 65 ans et dont l’indice de masse corporelle était compris entre 25,0 et 39,9 kg/m2. Les critères d’exclusion étaient multiples : maladies cardiovasculaires, diabète de type 1 ou 2, traitements pouvant influer sur le poids, variabilité pondérale les 3 mois précédant l’entrée dans l’étude, périménopause, grossesse, tabagisme actif. Tous avaient donné leur consentement écrit. Ils ont été randomisés en 3 groupes, dans un rapport 1 :1 :1 : soit jeune alternatif un jour sur 2, soit restriction calorique quotidienne continue, soit groupe témoin sans intervention, après stratification en fonction de leur âge et de leur IMC, par bloc de 1 à 10. La durée totale de l’essai est de 1 an.

Régime tous les jours ou un jour sur deux

Après une phase de référence de 1 mois, il y a eu une première phase de restriction calorique de 6 mois, suivie d’une deuxième phase, de même durée, dite phase de stabilisation avec pour objectif le maintien pondéral. Durant le premier mois, l’alimentation était inchangée et le poids stable. Durant le semestre de restriction pondérale, les participants des 2 groupes actifs ont réduit leur apport énergétique  de 25 %/j en moyenne. Ceux en jeune alterné consommaient 25 % de leur énergie de base en un repas, entre 12 h PM et 2 h PM le jour « maigre », puis 125 % en 3 repas le jour suivant. Le second groupe ingérait 75 % de l’apport énergétique de base en 3 repas chaque jour. L’apport alimentaire se décomposait en 30 %de lipides, 55 % d’hydrates de carbone et 15 % de protides. A la fin des 6 mois, la dépense énergétique totale a été à nouveau évaluée et les participants incités à maintenir leur poids pendant les 6 mois suivants. Ceux du groupe alternatif devaient alors consommer 50 % un jour, puis le lendemain 150 % de leurs besoins énergétiques et ceux de l’autre groupe 100 % chaque jour, en 3 repas. Quant aux sujets du groupe témoin, ils devaient ne rien changer à leurs habitudes alimentaires et à leur activité physique, en maintenant leur poids stable.

L’analyse primaire a porté sur les variations pondérales, notifiées chaque mois. Les masses graisseuse et maigre ont été mesurées tous les 6 mois par absorption de RX à double énergie et la masse grasse viscérale par imagerie par résonance magnétique nucléaire. Les prises alimentaires effectives et l’adhérence au protocole ont été surveillées tous les 3 mois. Les critères secondaires étaient l’évolution de la pression artérielle et de nombreux paramètres biologiques, dont la C Réactive Protéine (CRP), l’insulino résistance et l’homocystéine. Tous les calculs ont été faits en intention de traiter.

Pas de perte pondérale plus prononcée et beaucoup d’abandons en cas de « jeûne alterné »

Sur 222 participants potentiels, tous obèses en bonne santé, 100 ont été randomisés (86 femmes et 14 hommes), d’âge médian (DS) 44 (11) ans. Seuls 69 d’entre eux ont suivi l’intégralité de l’essai. En effet, le taux d’abandon a été notable : de 38 % (13/34) dans le groupe « jeune alterné », de 29 % dans le groupe « restriction journalière » et même de 26 % (8/31) dans le groupe témoin. A la fin des 6 premiers mois, la restriction énergétique moyenne était de 21 % en cas de jeune un jour sur deux, vs 24 % dans l’autre groupe actif, sans différence significative entre les 2 groupes ni avec le groupe témoin. Ni l’activité physique, ni la répartition énergétique entre lipides, glucides et protides n’ont non plus varié significativement entre les 3 bras. Point essentiel du travail, la perte de poids ne différait pas entre les 2 groupes soumis à une restriction calorique. A 6 mois, elle était de -6,8 % (intervalle de confiance à 95 % [IC] : -9,1 à -4,5 %) vs -6,8 % (IC : -9,1 à – 4,6 %) et, à 12 mois, elle a été calculée à -6,0 % (IC : -8,5 à -3,6 %) vs -5,3 % (IC : -7,6 à – 3,0 %), en comparaison avec le groupe contrôle, sans donc de différence significative entre les 2 groupes actifs. Dans l’ensemble, il est apparu que les participants soumis au jeune alterné mangeaient plus que prévu les jours maigres mais moins le jour d’après tandis que ceux avec restriction calorique égale chaque jour se conformaient plus aux objectifs d’ingesta prévus.

Pas de différence pour les facteurs de risque cardiovasculaire

On ne relève, également, aucune différence notable dans l’évolution de la pression artérielle, de la fréquence cardiaque, des triglycérides, de la glycémie et de l’insulinémie à jeun, de l’insulino résistance, de la CRP et de l’homocystéine, tant au 6e qu’au 12e mois. Le taux moyen de cholestérol HDL a augmenté toutefois nettement au 6e  mois en cas de jeune alterné (6,2 mg/dL ; IC : 0,1 à 12,4 mg/dL) mais non au 12e mois (1,0 mg/dL ; IC : -5,9 à 7,8 mg/dL). Quant au LDL cholestérol, son taux a augmenté au 12e  mois en cas de jeune alterné (11,5 mg/dL ; IC : 1,9- 21,1 mg/dL) en comparaison avec une restriction calorique journalière.

Ainsi, cet essai clinique randomisé démontre-t-il qu’un jeune en alternance un jour sur deux n’apporte pas de bénéfice en termes d’adhérence plus grande, de perte pondérale plus prononcée, de maintien de la réduction de poids ni d’amélioration des indicateurs de risque de maladies cardiovasculaires, par rapport à une restriction calorique quotidienne. Bien plus, ce type de régime parait plus difficile à appliquer, les participants semblant en retirer moins de satisfaction et surtout présentant un taux élevé d’abandons. Dans l’avenir, des travaux complémentaires devront tenter de préciser si cette faible adhérence est liée à des facteurs cognitifs, environnementaux et/ ou physiologiques. De plus, ce travail a révélé que la pratique du jeune alterné n’améliorait pas non plus les indicateurs de risque cardiovasculaire, mais il faut rappeler que la population cible était celle d’obèses en bonne santé. Plusieurs réserves sont à signaler. La durée de la période de tentative de stabilisation pondérale n’a été que de 6 mois. Le groupe contrôle a fait l’objet de moins d’attentions que les groupes actifs. Le taux d’abandons a été particulièrement élevé, source de biais. Enfin, de par la population étudiée, toute généralisation reste aléatoire.

En conclusion, la pratique d’un jeune alterné un jour sur deux n’entraine ni meilleure adhérence, ni perte de poids ou maintien de la réduction pondérale plus notables, ni amélioration des facteurs de cardioprotection en comparaison avec une restriction calorique journalière de même ampleur.

Dr Pierre Margent

Référence
Trepanowski JF et coll. : Effect of Alternate-Day Fasting on Weight Loss, Maintenance and Cardioprotection among Metabolically Healthy Obese Adults. JAMA Intern Med, 2017 ; publicaztion avancée en ligne le 1er mai.

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Vos réactions (1)

  • "La vie la plus longue"

    Le 19 mai 2017

    A ce sujet il faut lire les études et notamment le livre du nutritionniste américain décédé) Roy walford "La vie la plus longue".

    Il avait constaté, entre autres, que les rats qui ne mangeaient qu'un jour sur deux, vivaient beaucoup plus longtemps que les autres.

    Dr Philippe Lévy.

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