L'IVG médicamenteuse, via la télémédecine, efficace et sûre

En Grande-Bretagne, avant la survenue de l'épidémie de Covid 19, les femmes qui demandaient une IVG médicamenteuse devaient être vues en consultation, être examinées et avoir une échographie pelvienne. A l'issue de cette consultation, elles devaient prendre les comprimés de mifépristone sur place. A partir du 30 mars 2020, "grâce" au Covid 19, les consultations par téléphone ou en vidéo ont été encouragées, et l'échographie n'a été requise que sur indication médicale. La prise de la mifépristone à domicile a été autorisée, comme celle du misoprostol, jusqu'au terme de 10 SA.

Une étude a comparé l'efficacité, la sécurité et l'acceptabilité de la pratique de l'IVG médicamenteuse via la télémédecine, à celles de la pratique traditionnelle. Deux cohortes ont été comparées : la cohorte "traditionnelle", qui comprenait les femmes qui avaient eu une IVG médicamenteuse entre le 1er  janvier et le 1er mars 2020 -avec une consultation, une échographie, et la prise de la mifépristone sur place- et la cohorte "télémédecine-hybride" qui comprenait d'une part les femmes qui avaient été éligibles à une IVG médicamenteuse avec une simple consultation par téléphone ou en vidéo, et d'autre part celles qui ne l'avaient pas été, à cause d'une incertitude sur la date des dernières règles, de la présence de symptômes anormaux ou de facteurs de risque de GEU, entre le 6 avril et le 30 juin 2020.

La cohorte "traditionnelle" comportait 22 158 femmes, et la cohorte "télémédecine-hybride" 29 984. Dans la cohorte "télémédecine-hybride" 18 435 femmes (61 %) avaient bénéficié de la prise en charge via la télémédecine et 11 549 (39 %) avaient dû avoir recours à une prise en charge classique.

Même taux de réussite et pas plus d’effets indésirables


Dans la cohorte "télémédecine-hybride", le délai moyen de prise en charge était de 6,5 jours, alors qu'il était de 10,7 jours dans la cohorte "traditionnelle" (p < 0,001). Le terme auquel avait eu lieu l'IVG était aussi plus précoce dans la cohorte "télémédecine-hybride": 40 % avant ou à 6 SA, versus 25 % dans la cohorte"traditionnelle" (p < 0,001).
Le taux d'efficacité de l'IVG était de 98,8 % dans la cohorte "télémédecine-hybride", comparable à celui de la cohorte "traditionnelle" de 98,2 %.

Les effets indésirables graves étaient rares et n'étaient pas plus nombreux dans la cohorte "télémédecine-hybride" que dans la cohorte "traditionnelle" : 7 hémorragies (0,02 %) ayant nécessité une transfusion sont survenues dans la cohorte "télémédecine-hybride", et 8 (0,04 %) dans la cohorte "traditionnelle". Aucun cas d'infection grave, de prise en charge chirurgicale majeure, ou de décès n'a été rapporté. Mais le suivi dans cette étude n'était pas suffisant pour évaluer d'éventuelles complications n'ayant pas nécessité une hospitalisation.

Le taux d'incidence de GEU (0,2 %) était identique dans les deux cohortes. Dans 11 cas de la cohorte "télémédecine-hybride" (0,04 %) il s'est avéré secondairement que le terme de l'IVG faite à domicile était  > 10 SA. Aucun de ces cas n'aurait fait l'objet de complications.

Enfin, en ce qui concerne l'acceptabilité de l'IVG médicamenteuse via la télémédecine, seule une faible proportion des femmes a répondu au questionnaire de satisfaction, mais 80 % de celles-ci ont affirmé que "si c'était à refaire", elles choisiraient la télémédecine ...

Dr Catherine Vicariot

Référence
Aiken ARA, Lohr PA, Lord J, Ghosh N, Starling J. : Effectiveness, safety and acceptability of no-test medical abortion (termination of pregnancy) provided via telemedicine: a national cohort study. BJOG 2021;128:1464–1474.

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Vos réactions (1)

  • Télé médecine et IVG

    Le 25 novembre 2022

    Dans ce cadre là y a t-il un protocole d’accord entre services hospitaliers et télé prescripteur si problème et nécessité d’une prise en charge rapide ?

    Dr P Erbibou

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