La dysbiose favoriserait l’arthrite rhumatoïde chez les sujets à risque

Les manifestations cliniques de l’arthrite rhumatoïde (AR) ne se limitent pas aux articulations. En effet, les yeux, les poumons, la peau, le système gastro-intestinal, le système nerveux, le système cardiovasculaire, le cœur, le rein et le sang participent également, à des degrés divers, à cette maladie. On sait par ailleurs que cette affection est liée à des facteurs génétiques et/ou environnementaux, ce qui implique la possibilité d’intervenir au stade préclinique. En effet, le rituximab (anticorps anti-CD20) semble retarder l’apparition de la maladie chez les sujets à risque de développer une AR, suggérant ainsi le rôle des cellules lymphocytaires B au stade pré-clinique.

Il est également établi que les ACPA (Anti-Citrullinated Protein Autoantibody) sont des marqueurs prédictifs d’une progression rapide de l’arthrite rhumatoïde, mais on sait également depuis peu, qu’il existe une relation entre AR et immunité muqueuse, notamment au niveau du système gastro-intestinal, de l’oropharynx et du poumon et que la composition du microbiote oral est liée à un risque élevé de développer une AR.

L’équipe du Dr Yubin Luo (Chengdu, Chine) s’est penchée sur le lien entre microbiote intestinal et évolution de l’arthrite rhumatoïde de son stade préclinique au stade symptomatique. Pour ce faire, Dr Yubin Luo a étudié 3 cohortes, la première composée de 42 patients à haut risque de développer une AR (taux d’ACPA élevé), la deuxième comprenant 31 sujets souffrant d’arthrite rhumatoïde symptomatique et la troisième cohorte (contrôle) composée de 38 individus sains.

L’analyse du microbiote intestinal des trois cohortes citées ci-dessus a mis en avant une différence de composition et de diversité entre la phase préclinique de l’AR et la forme symptomatique de l’AR. En effet, ce passage est marqué par un appauvrissement en Bacteroidaceae et un enrichissement en d’autres espèces : Streptococcaceae, Lactobacillus et Lactococcus. Dr Yubin Luo a de plus réalisé une transplantation de microbiote fécal d’un humain à haut risque de développer une AR à une souris normale. Cette transplantation a déclenché des perturbations immunitaires, en particulier des lymphocytes helper pro-inflammatoires Th17 dans le tissu digestif et dans les ganglions mésentériques, ce qui suggère une réponse inflammatoire locale au sein de la muqueuse intestinale.

« La dysbiose apparaît à un stade précoce de l’AR et pourrait induire une réaction immunitaire et inflammatoire locale dans l’intestin et dès lors favoriser le développement de l’arthrite rhumatoïde », conclut Dr Yubin Luo lors de sa présentation.

Dr Dominique-Jean Bouilliez

Référence
Tong Y, et coll. : Gut microbiota dysbiosis in the high-risk individual for RA triggers the mucosal immunity perturbation and promotes rheumatoid arthritis development. Congrès annuel de la ligue européenne contre le rhumatisme (EULAR). 3 juin 2020 (virtuel).

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Vos réactions (3)

  • Dysbiose et diagnostics précoces

    Le 01 juillet 2020

    Vous avez testé combien de vos patients en ce sens?
    La médecine de ville (voire d'hôpital ?) a encore de beaux progrès à réaliser !
    Les patients pourraient aussi prendre en charge ces examens! Non?
    Non...pas la peine...ils ne veulent déjà pas payer leurs vaccins !

    Dr Jacques Borek

  • Une autre voie physiopathologique

    Le 01 juillet 2020

    Une confirmation de plus du rôle majeur du microbiote dans nos pathologies qui de rares, il y 50 ans sont devenues fréquentes. En filigrane, pourquoi ces changements en masse du microbiote avec un facteur qui semble évident : la pollution chimique de notre monde. Comment revenir en arrière car la pollution chimique nous entoure et nous la respirons. Comment traiter ce microbiote pathogène ? Physiopathologiquement, on a le sentiment qu'une nouvelle ère s'ouvre.

    Dr Christian Trape

  • Écosystème

    Le 03 juillet 2020

    Fascinant. L'écosystème humain est une réalité troublante qui nous décolle d'une causalité linéaire et très claire. Tout peut passer par ces microorganismes que nous hébergeons, nos symbiotes changeants. Peut être en agissant sur eux, ou sur un autre facteur incident pourrions nous guérir de maladies sérieuses.

    Dr Gilles Bouquerel

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