La e-cigarette, vraiment une aide au sevrage ?

L’attitude des autorités sanitaires vis à vis de la cigarette électronique varie considérablement selon les pays. Alors que l’Australie interdit la vente de e-cigarettes contenant de la nicotine, le Royaume-Uni envisage au contraire de l’autoriser officiellement comme aide au sevrage tabagique. La communauté scientifique est tout aussi divisée sur l’efficacité de la cigarette électronique comme aide au sevrage. Certains travaux affirmant qu’elle a la même efficacité que les substituts nicotiniques à l’échelon individuel, sans que cela se vérifie à l’échelle de la population. D’autres mettent en garde contre un effet négatif, arguant qu’un nombre non négligeable d’utilisateurs de la e-cigarette continuent à fumer leur tabac habituel.

Un essai randomisé à l’échelle d’une population permettrait de répondre à la question de l’efficacité de la e-cigarette sur les tentatives de sevrage, mais un tel essai paraît difficile à mener. C’est pourquoi une équipe états-unienne a choisi d’exploiter les réponses apportées par plus de 160 mille participants à une enquête démographique, mesurant l’utilisation de la e-cigarette depuis 2010. A l’époque, environ 1,4 % des fumeurs seulement utilisaient la cigarette électronique. Ils étaient entre 15 et 30 % en 2014. Les auteurs se sont donc posé 2 questions. La première : est-ce que le taux de sevrage tabagique est supérieur chez les utilisateurs de la e-cigarette en 2014-2015 en comparaison avec les non-utilisateurs ? Et ce taux est-il supérieur à celui des utilisateurs de 2010-11 ?

Plus d’arrêts qu’avec les substituts nicotiniques et la varénicline…

L’analyse des réponses à l’enquête fait ressortir deux faits essentiels. En 2014-2015, non seulement les utilisateurs de la e-cigarette ont plus souvent tenté d’arrêter de fumer que ceux qui ne l’ont pas utilisée (65 % vs 40,1 % ; différence 25 % ; intervalle de confiance à 95 % [IC] 23,2 à 26,9 %), mais ces tentatives ont été plus souvent couronnées de succès (8,2 % vs 4,8 % ; différence 3,5 % ; IC 2,5 % à 4,5 %). Le deuxième constat est que le taux d’arrêt du tabac dans la population générale augmente significativement en 2014-2015 par rapport à 2010-2011, passant de 4,5 % à 5,6 %, ce qui représente approximativement 350 000 fumeurs sevrés de plus en 2014-2015.

Les auteurs insistent sur le caractère essentiel de ces données, un tel taux de cessation du tabagisme n’ayant jamais été mis en évidence à l’échelle de la population avec les substituts nicotiniques ni avec la varénicline. Il s’agit selon eux de la première hausse significative d’arrêt du tabac, constatée parmi les adultes aux Etats-Unis depuis 15 ans. Ces données devront être prises en compte par les différentes autorités sanitaires lors de la mise en place de nouveaux programmes de lutte contre le tabagisme.

Dr Roseline Péluchon

Références
Zhu S-H et coll. : E-cigarette use and associated changes in population smoking cessation: evidence from US current population surveys.
BMJ 2017; 358: j3262

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Vos réactions (1)

  • Réduction de la consommation

    Le 11 août 2017

    L'impact n'est pas que sur le sevrage pur et simple mais il y a aussi une forte réduction de la consommation pour ceux qui continuent à fumer des "vraies" cigarettes.

    Si le sevrage total reste un but, il n'en demeure pas moins qu'une réduction significative de la consommation est un acquis important même si elle ne contribue pas nécessairement à atteindre le sevrage total.

    Olivier de Buyer

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