La vaccination obligatoire divise l’Europe

Berlin, le jeudi 13 janvier 2022 – Adoptée en Italie et en Grèce, la vaccination obligatoire patine en Allemagne et en Autriche.

Dans la lutte contre l’épidémie de Covid-19, chaque pays européen choisit sa propre stratégie et ses propres armes. Si la France a fait depuis plusieurs mois le choix du passe sanitaire (en voie de devenir un passe vaccinal) pour tenter de freiner l’épidémie et favoriser la vaccination, de plus en plus de pays européens se tournent vers la vaccination obligatoire. Cette option semble en effet avoir le vent en poupe ces derniers jours : la Grèce a décidé de rendre le vaccin obligatoire pour les plus de 60 ans à compter du 16 janvier et l’Italie pour les plus de 50 ans. La mise en place rapide de la vaccination obligatoire dans ces deux pays semble démontrer qu’il s’agit d’une mesure plus simple, en fait, que le passe vaccinal.

Mais la situation en Allemagne et en Autriche, deux autres pays qui envisagent d’opter pour la vaccination obligatoire, démontre que chaque pays fait face à des difficultés spécifiques et que cette mesure peut parfois devenir un casse-tête. Outre-Rhin, la mise en place de l’obligation vaccinale est ardemment défendue par le nouveau chancelier Olaf Scholz. Mais malgré le soutien affiché des 16 présidents de Lander, l’adoption de la vaccination obligatoire tourne au parcours du combattant. Le débat au Bundestag (le Parlement allemand), qui devait commencer fin décembre, ne débutera au plus tôt que fin janvier, pour ne prendre fin qu’en mars.

L’Allemagne divisée sur la question de la vaccination obligatoire

Le chef du gouvernement allemand est confronté à une division de sa coalition sur la question. Si les socio-démocrates (SPD) et les Verts sont favorables à cette mesure, les libéraux (FDP) en revanche y sont farouchement opposés. « La protection de la santé est un bien précieux, mais le bien le plus précieux de notre Constitution, c’est la liberté » a ainsi déclaré le chef du FDP et ministre des Finances Christian Linder. Les opposants à la vaccination obligatoire se montrent notamment très inquiets de la mise en place annoncée d’un registre national des non-vaccinés, qui rappellent de mauvais souvenirs dans un pays encore hanté par les spectres du nazisme et du communisme.

La donne a également changé sur le front de l’épidémie depuis que Olaf Scholz s’est prononcé en faveur de l’obligation vaccinale : l’Allemagne compte environ 60 000 contaminations par jour (soit beaucoup moins que ses voisins) et a rattrapé son « retard » vaccinal (72 % des Allemands sont double vaccinés, contre 75 % des Français). Pour éviter de faire exploser sa fragile coalition, le nouveau chancelier n’a donc donné aucune consigne de vote, ce qui rend l’approbation du futur projet de loi très incertain.

La position ambiguë de l’Académie de Médecine

Dans l’Autriche voisine, la vaccination obligatoire pour tous les adultes a été décidé dès novembre mais n’entrera finalement en vigueur qu’en avril, en raison de difficultés techniques dans l’élaboration d’un registre des non-vaccinés. La multiplication des manifestations anti-vaccination parfois violentes inciterait également le gouvernement autrichien à temporiser.

En France aussi la question de la vaccination obligatoire fait débat. Si Emmanuel Macron et Olivier Véran ont récemment écartés cette solution, lui préférant le passe vaccinal, plusieurs médecins (comme Martin Blachier) mais également des parlementaires ont défendu cette option (tout au moins pour une partie de la population à risque comme les sujets âgés). Dans un communiqué ambigu paru ce mardi, l’Académie de Médecine propose de « franchir le pas de la vaccination obligatoire » mais opte en réalité pour une troisième voie : celle d’un passe vaccinal tellement étendu qu’il conduirait in fine à la vaccination obligatoire.

Les académiciens prônent ainsi l’application du passe vaccinal au travail et dans les transports et souhaitent que le passe soit défendu comme une obligation vaccinale « assumée » mais non plus « déguisée », comme l’avait qualifié le ministre de la Santé Olivier Véran.

Grégoire Griffard

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Vos réactions (1)

  • Et si on se remettait à soigner ?

    Le 16 janvier 2022

    Pour ce qui est de mon expérience et de celle de nombre de mes consoeurs et confrères, quand nous soignons nos patients atteint de covid, les choses se passent plutôt assez bien.
    Je ne parle même pas de traitements controversés. Juste visiter, suivre, prendre des nouvelles, surveiller la SO2, l'évolution des symptômes, en se basant sur l'état préalable de chaque patient, compenser les carence en VitaD et Zn, conseiller l'aspirine plutôt que le paracétamol, rassurer pour compenser la toxicité des discours médiatiques et de l'image délétère de cette maladie dans l'inconscient collectif.

    Nous pouvons aussi chercher à nous informer à différente sources sans préjugés, puis utiliser notre intelligence et notre savoir, sans oublier notre bon sens, enfin bref tout ce que la compétence acquise par l'expérience nous conseillera de faire pour le bien de nos patients.
    Et ce faisant, être en situation de pouvoir agir à temps dès qu'une complication survient; corticoïdes, anticoagulant, oxygénation, antibiotique... Rien de nouveau, nous soignions déjà toutes les infections respiratoires aigues de la sorte depuis des années. Et passé la première vague de l'épidémie, depuis maintenant plus de 18 mois nous connaissons assez bien les caprices de ce virus et ses victimes désignées.

    Et bien curieusement, dans cette expérience commune, très peu de nos patient, même âgés se retrouvent à l'hôpital.
    Il est vrai que nous ne sommes que de modestes médecins de ville, assez âgés pour la plupart, et que notre longue expérience nous a rendu plus sceptiques et plus prudent face aux"innovations fantastiques". Et que quand nous constatons que nos soins fonctionnent, nous n'y renonçons pas si facilement, même s'ils ne sont pas promus par la HAS ni confirmés par l'avalanche de mail de la DGS (ce qui ne veut pas dire que nous n'y prêtons pas attention...toutes les sources sans préjugés). Mais c'est chacun de nous qui prenons soins de chacun de nos patients. Pas des statistiques, des administrations ou des algorithmes. L'EBM c'est génial (abonné Prescrire depuis 1981) mais c'est aussi tellement manipulable.

    Mais peut-être vis-je dans un monde imaginaire et que le vrai monde est celui de tous ces chiffres alarmants, avec comme seule solution la vaccination, 100% sûre et efficace quand nous aurons vacciné de grès ou de force tous nos concitoyens d'abord, et puis enfin le monde entier...Ha mais mince, c'est aussi une zoonose... Pas grave nos spécialiste sauront bien comment faire, et nous avons d'extraordinaires laboratoires pour nous fabriquer d'extraordinaires solutions. Donc d'ici 2030...je n'exercerai plus...

    Dr Alain Garenne

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