L’activité physique ne ralentit pas la perte cognitive

La possibilité que l’activité physique aérobie ralentisse l’évolution de la démence a récemment été accueillie avec enthousiasme, partout à travers le monde. Les résultats des travaux sur le sujet sont pourtant contradictoires, et surtout, bien que foisonnants, de qualité souvent médiocre.

La lutte contre la démence ayant été déclarée en 2012 priorité nationale au Royaume-Uni, le National Institute for Health Research (NIHR) a commissionné un nouvel essai sur le sujet. L’objectif était d’évaluer l’effet d’un programme d’activité aérobie et de renforcement musculaire d’intensité modérée à élevée, sur l’altération des fonctions cognitives de patients atteints d’une démence légère à modérée.

Au total 494 patients ont été inclus pour bénéficier du programme d’activités physiques (n = 329) associé aux soins habituels, ou des soins habituels seuls (n = 165). Le programme d’activité était sous la supervision d’un kinésithérapeute et consistait en 2 séances de 60 à 90 minutes d’activité aérobie et de renforcement, d’intensité progressivement croissante pour finir par être soutenue, mais adaptée aux capacités des patients. Des exercices à la maison étaient recommandés, à raison d’une heure supplémentaire par semaine. Le programme durait 4 mois, après quoi il était demandé aux participants de continuer à pratiquer une activité pendant 2h30, réparties sur la semaine. Douze mois plus tard, les deux groupes étaient évalués par l’Alzheimer Disease Assessment Scale (ADAS).

Une possible aggravation des troubles cognitifs, au contraire

La déception est à la hauteur des attentes placées dans ce type d’interventions. Car, si l’activité améliore la forme physique sur le court terme, cela ne se traduit pas par un ralentissement de la perte cognitive. En effet, 12 mois après la fin du programme, le score moyen de l’ADAS a augmenté de 25,2 points dans le groupe intervention et de 23,8 points dans l’autre groupe (différence ajustée -1,4 ; intervalle de confiance à 95 % -2,6 à -0,2). Cela démontre une dégradation des troubles cognitifs plus importante dans le groupe ayant participé aux exercices, même si la différence entre les deux groupes est faible et qu’il est difficile d’affirmer qu’elle ait une traduction clinique. Les activités de la vie quotidienne, les troubles comportementaux, la qualité de vie en relation avec la santé ne sont pas non plus améliorés.

Finalement les auteurs notent qu’il est même possible que le programme d’activité physique soutenue aggrave les troubles cognitifs. Un entraînement intensif chez l’homme peut en effet avoir des conséquences néfastes à court terme, parmi lesquelles une réoxygénation plus lente des aires corticales avec une réduction transitoire des fonctions exécutives. L’inflammation induite par des niveaux élevés d’exercice pourrait aussi être impliquée.

Dr Roseline Péluchon

Références
Lamb SE et coll. : Dementia And Physical Activity (DAPA) trial of moderate to high intensity exercise training for people with dementia: randomised controlled trial. BMJ 2018; 361: k1675

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Vos réactions (2)

  • Protocole décevant

    Le 23 mai 2018

    Ce n'est pas le résultat qui déçoit, c'est le protocole de l'étude. Quel gâchis de dépenser tant de moyens pour une expérimentation sans intérêt !
    On pouvait aisément se douter qu'il n'y a aucune chance d'observer une amélioration cognitive dans des cas de démence après quatre (!) mois d'exercice physique.

    La véritable question est de savoir si l'inactivité est un facteur de déclin des fonctions cognitives au long cours. Il faut pour cela observer des cohortes prospectives durant des années, en stratifiant soigneusement les facteurs confondants.
    Les démences sont multifactorielles et toutes n'ont pas les mêmes causes. L'activité physique régulière est très certainement un facteur de bonne santé qui influe sur leur déterminisme, mais quand elles sont constituées il est probablement trop tard pour en espérer un bénéfice mesurable.

    Dr Pierre Rimbaud

  • Intégrer du sens et du plaisir

    Le 24 mai 2018

    En France le spécialiste de l'activité physique pour les personnes atteintes de démence est l'enseignant en activité physique adaptée. Comparer un programme de RM (renforcement musculaire) sans intérêt pour la personne et en l'espace de 4 mois oui c'est sûr, aucun intérêt.
    Où est le plaisir dans cette étude ? Je me le demande. Je travaille avec cette population depuis plus de 10 ans et des résultats j'en ai eu pleins, pas besoin d'études pour le prouver juste des faits.

    L'activité physique n'est pas un remède miracle, les premiers intérêts que ces programmes doivent servir sont ceux des bénéficiaires, d'où l'idée d'y intégrer du sens et du plaisir même à des stades avancés de cas de démence.

    Mecif Smahil
    Master II APAS

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