Le dosage de calprotectine fécale a-t-il un intérêt en médecine générale ?

Les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) touchent entre 2,5 et 3 millions de personnes en Europe, avec environ 256 000 nouveaux cas diagnostiqués chaque année. Seulement 25 % des patients adressés par leur médecin généraliste chez un spécialiste pour des symptômes digestifs présentent une pathologie organique et parmi eux 1 sur 3 a une MICI. C’est dire l’intérêt que présenterait un marqueur spécifique permettant d’adresser les patients de façon plus sélective.  

La calprotectine fécale pourrait jouer ce rôle. Marqueur d’inflammation intestinale, son taux est corrélé avec le niveau de l’inflammation, et la probabilité d’une MICI est supérieure chez les patients ayant un taux élevé de calprotectine fécale. Cette protéine est stable à la température ambiante et résistante à la digestion, ce qui en fait un candidat idéal pour être un marqueur de l’inflammation intestinale recherché par examen de selles.

Si le test est recommandé par de nombreuses sociétés de gastro-entérologie à travers le monde, les travaux évaluant les performances du test, notamment sa fiabilité, ne concernent pas son utilisation en soins primaires. La recherche de la calprotectine fécale répond-elle aux exigences de performances nécessaires pour pouvoir être recommandée aux médecins généralistes ? C’est à cette question que répond une étude réalisée au Royaume-Uni. Il s’agit d’une revue systématique de la littérature avec méta-analyse de 38 études, donc 5 menées en médecine générale.

Impossible de conclure sur les performances du test en soins primaires

Les résultats de l’analyse sont décevants et les médecins généralistes devront attendre avant que la recherche de la calprotectine fécale ne soit validée pour leur pratique. Il est en effet impossible aux auteurs de la méta-analyse de tirer une quelconque conclusion quant aux performances du test en soins primaires. La méthodologie des essais est trop hétérogène pour permettre une méta-analyse. Les équipes n’adoptent pas toutes les mêmes valeurs seuils pour le test, ni les mêmes méthodes de dosages (8 tests différents sont utilisés) et incluent des groupes de patients présentant de trop larges spectres de signes cliniques.

Au Royaume-Uni, le dosage de la calprotectine fécale est recommandé par certains guidelines, et semble près d’être approuvé par la société britannique de gastro-entérologie pour l’ensemble du territoire. Les auteurs estiment que d’autres travaux seraient nécessaires pour déterminer la place de ce dosage en médecine générale et l’intérêt qu’il peut représenter, notamment pour réduire le nombre de coloscopies, en gardant à l’esprit que, dans les travaux analysés et dans un nombre significatif de cas, un dosage négatif de calprotectine n’évite pas la coloscopie.

Dr Roseline Péluchon

Références
Freeman K et coll. : Faecal calprotectin to detect inflammatory bowel disease: a systematic review and exploratory metaanalysis of test accuracy. BMJ Open 2019;9:e027428

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Vos réactions (1)

  • Un vieux problème bayesien

    Le 14 mars 2019

    Aucun test n'a de valeur prédictive pertinente sans une connaissance précise de la probabilité pré-test.
    Aucun test n'a d'intérêt clinique comme outil diagnostique isolé.
    Toute démarche diagnostique est incrémentale (par étapes, dont la première est l'interrogatoire et la deuxième est l'examen clinique) et déductive (chaque résultat tenant compte de données préalables).
    Un grand malheur de la médecine "moderne" est de laisser croire qu'on peut poser des diagnostics à partir de biomarqueurs, et qu'une batterie de biomarqueurs serait plus efficace qu'une succession de quelques explorations bien choisies.

    Dr Pierre Rimbaud

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