Le passe sanitaire aurait sauvé la vie de 4 000 personnes

Paris, le mercredi 19 janvier 2022 – Selon une étude menée par le Conseil d’analyse économique, l’instauration d’un passe sanitaire en août dernier aurait sauvé 4 000 vies et évité une perte de 6 milliards d’euros.

L’instauration d’un passe sanitaire dans la plupart des lieux publics (restaurants, cafés, cinémas, salles de sport, hôpitaux…) à compter du 9 août dernier a été l’une des décisions les plus controversés du gouvernement lors de la crise sanitaire et a été critiqué par beaucoup pour son caractère liberticide. Si le passe sanitaire a au départ été vendu par les autorités comme un outil permettant d’éviter les contaminations, c’est en réalité en ce qu’il incite les Français à se faire vacciner que réside l’utilité réelle du passe sanitaire.

Une étude réalisée par le Conseil d’analyse économique (CAE) et publiée ce mardi confirme l’effet bénéfique du passe sur la vaccination et donc pour la santé publique.

Avant toute chose, précisons que le CAE est un organe rattaché à Matignon et dont les membres sont nommés par le Premier Ministre.

Bien que les auteurs de l’étude soient des économistes, mathématiciens et épidémiologistes éminents, on ne peut affirmer de l’indépendance totale de cet organisme.

13 points de vaccination gagnés et 4 000 vies sauvées

En premier lieu, les auteurs de ce travail tentent d’estimer l’impact qu’a eu l’instauration du passe sanitaire sur la vaccination. On se souvient que l’annonce présidentielle de l’instauration du passe sanitaire le 12 juillet dernier avait provoqué immédiatement une forte accélération de la vaccination. Au moment du discours d’Emmanuel Macron, 54,3 % des Français s’étaient fait vaccinés (avec au moins une dose) et le nombre de vaccinations quotidiennes tendait à légèrement diminuer. Partant de ce constat, les auteurs de l’étude estiment que, sans passe sanitaire, seulement 65,2 % des Français auraient été vaccinés au 15 décembre, contre 78,2 % en réalité.

Grâce au passe sanitaire, la France aurait donc gagné 13 points de vaccination dans la population générale et 8,9 points chez les plus de 60 ans, les plus à risque de développer une forme grave du Covid-19.

En augmentant aussi nettement la part des vaccinés en France, le passe sanitaire a donc eu, selon les membres du Conseil d’analyse économique, un impact considérable sur la santé publique. En effet, ces 13 points de vaccination gagnés correspondent à 31 % d’hospitalisations en moins et à 4 000 vies sauvés (au total, 16 000 personnes sont mortes de la Covid-19 depuis le 12 juillet dernier). Pour parvenir à ce résultat, les auteurs n’ont pris en compte que l’effet de la vaccination sur le risque de développer une forme grave et non sur le risque d’être contaminé (qui est moins net). « Nous n’avons pas pris en compte le fait que la vaccination réduit la transmission du virus, ni le changement de comportement des personnes vaccinées » explique Miquel Oliu-Barton, mathématicien et membre du CAE. « Ces deux phénomènes s’opposent et sont difficiles à estimer ».

L’alternative n’était pas entre le passe et le confinement

De manière beaucoup plus discutable, l’étude du CAE conclut que le passe sanitaire a permis d’éviter une perte de PIB de l’ordre de 0,6 %, soit 6 milliards d’euros. Les analystes considèrent en effet que le passe a eu un effet bénéfique sur l’économie, directement en permettant aux vaccinés de reprendre une vie normale et indirectement en évitant des mesures de restrictions plus dures tel le confinement. « On reproche au passe sanitaire son aspect liberticide, mais un confinement est la mesure la plus liberticide qui soit » insiste Miquel Oliu-Barton, reprenant un argument classique des partisans du passe sanitaire. C’est oublier que l’alternative n’était pas entre le passe et le confinement puisqu’il existait une troisième option : ne mettre en place ni passe, ni confinement, comme l’ont fait le Royaume-Uni, l’Espagne ou la Suède.

Malgré ce qu’il estime être un excellent bilan du passe sanitaire selon l, le CAE se montre plus circonspect sur l’utilité du passe vaccinal, qui vient d’être adopté par le Parlement (et qui attend sa validation par le Conseil Constitutionnel). Pour les analystes, les 5 millions de Français qui ne sont toujours pas vaccinés seront sans doute difficile à convaincre. « Les personnes à atteindre sont désormais beaucoup plus campées sur leurs positions » résume Miquel Oliu-Barton.

L’élément le plus intéressant de l’étude du CAE est sans doute la comparaison internationale qu’elle opère. Selon les analystes, si le passe sanitaire a permis à la France de gagner 13 points de vaccination, le même dispositif adopté à la même époque n’a fait progresser la vaccination que de 9,7 points en Italie et de 6,2 points en Allemagne. Le CAE explique la nette différence entre la France et l’Allemagne par le fédéralisme allemand (les règles ont longtemps différé entre les régions) et l’absence de ligne claire sur la question outre-Rhin. Mais ceci s’explique peut-être aussi par une différence de mentalité des populations concernées. L’étude ne comprend d’ailleurs pas de comparaison avec l’Espagne, un pays qui a atteint un taux de vaccination supérieur au nôtre (86,6 % contre 79,3 %) sans presque jamais utiliser de passe sanitaire. On a peut-être ici affaire aux génies des peuples : les Espagnols marcheraient à la conviction, les Français à la contrainte.

Quentin Haroche

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Vos réactions (6)

  • Euphémisme

    Le 20 janvier 2022

    Effectivement on ne peut affirmer leur indépendance totale comme vous dites. Mais ces gens là n'ont aucune retenu, aucun amour propre, aucune pudeur. C'est comme si vous passiez un examen et que vous corrigiez votre copie vous même. Par contre ça passe dans tous les média en gros titre, je suis atterré par le niveau de corruption, d'endogamie que l'on a atteint sans que les gens ne réagissent. Et ça continue, pire que le bruit des bottes, le silence des pantoufles...

    Dr Vincent Bentolila

  • Au doigt mouillé...

    Le 20 janvier 2022

    Ce genre d'analyse reste bien approximatif et repose sur des empilements d'estimations non dénuées de présupposés. On se permettra donc de douter des chiffres produits et même de la sincérité de la démarche.

    D'autre part, l'avis signale que le "passe sanitaire", qui comporte une possibilité de renoncer au vaccin, serait supérieur au "passe vaccinal", qui l'exige. On voit dans cette appréciation du groupe "d'experts", dénuée de la moindre base expérimentale, que sa vision est politique plutôt que scientifique.

    Le passe vaccinal impose aux non vaccinés de s'abstenir de toute promiscuité en lieux clos. Ce n'est pas une révolution par rapport au passe sanitaire, seulement le constat que la gabegie de tests est une pratique inutilement coûteuse qui encourage plutôt certains à ne pas se vacciner.
    Bref, beaucoup de gesticulations et de justifications alambiquées autour d'une idée pourtant simple : dans l'intérêt de tous, vaccinons nous.

    Dr Pierre Rimbaud

  • on attend...

    Le 20 janvier 2022

    ... l'étude personnelle argumentée du Dr Bentolila qui va nous éclairer cette fois sans biais autre que sa propre opinion.
    C''est vrai que c'est plus simple de jeter l'anathème que de fournir une étude solide.

    Cependant, le bon sens médical nous souffle tout de même que la distanciation, l’hygiène des mains et la mise en quarantaine des infectés est sans doute utile (en tous cas, peu de grippes et peu de gastro entérites l'an dernier...).

    Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose.

    Dr E Orvain

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