Le présentéisme : une maladie française

Paris, le vendredi 7 août 2020 - Pourquoi diable le Français malade s’efforce-t-il à se rendre à son travail ? C’est à cette question que tente de répondre la DARES (Direction de l'Animation de la recherche, des Études et des Statistiques) dans une note publiée le 5 août sur le site du Ministère du Travail.

Cette interrogation connaît sans doute une résonance particulière dans l’actualité, à l’heure où un cluster sur cinq de Covid-19 trouve son origine dans une entreprise.

La France, pays le plus touché

Tout d’abord, les faits. Parmi les nations européennes, la France semble être le plus touché par le "présentéisme", c’est à dire la pratique consistant à se rendre au travail tout en étant souffrant et potentiellement contagieux.

Selon la dernière enquête européenne sur les conditions de travail en date de 2016, 62 % des salariés en France ont fait au moins un jour de présence sur leur lieu d’activité professionnelle malgré une maladie au cours de l’année 2015, contre 42 % dans l’ensemble de l’Union Européenne.

Sur l’année 2016, les Français signalent en moyenne onze jours de maladie qui ont donné lieu à huit jours d’absence. Les trois jours restants, les salariés ont déclaré être allés travailler en étant souffrant. Ainsi, plus d’un jour de maladie sur quatre (27 %) s’est traduit par du présentéisme.

Plus les conditions sont dures, plus le présentéisme est élevé

Comment expliquer le phénomène ? Deux facteurs semblent expliquer les statistiques françaises.

La propension au présentéisme varie tout d’abord en fonction de l’état de santé des salariés. Plus le nombre annuel de jours de maladie est élevé, plus la part des jours de présentéisme dans l’entreprise est faible.

Ainsi, lorsque les employés ne signalent qu’un ou deux jours où ils ont été souffrants dans l’année, ils passent 83 % de ces jours au travail. La proportion tombe à 63 % chez les personnes déclarant trois à cinq jours marqués par une pathologie et à 21 % pour ceux déclarant plus de quinze jours de maladie.

Autre facteur : la propension au présentéisme dépend également des conditions de travail dans l’entreprise. Les salariés qui signalent de mauvaises relations avec leur hiérarchie, une activité intense ou un sentiment d’insécurité économique ont une tendance plus importante à ne pas s’arrêter malgré une pathologie.

D’un point de vue socioprofessionnel, les cadres et les séniors semblent plus touchés par le phénomène. La proportion est également légèrement moins marquée chez les hommes que chez les femmes (-3,4 points par rapport aux femmes).

Un présentéisme déjà constaté chez les professionnels de santé !

Autre facteur important de présentéisme, « l’intensité émotionnelle » du travail effectué. Ainsi, le fait d’être en contact avec un public difficile et peu emphatique (exemple : « devoir calmer les gens » ou « être en contact avec des personnes en détresse ») semble avoir un impact réel.

Des statistiques qui peuvent confirmer d’autres études réalisées sur l’importance d’une tendance similaire chez le personnel soignant.

En 2015, une étude réalisée au sein d’un hôpital pour enfants en Pennsylvanie avait relevé que plus de quatre soignants sur 5 (83,1 %) avaient déclaré être venus travailler bien que malades au moins une fois au cours de l’année écoulée (et un sur 10 (9,3 %), cinq fois ou plus).

Les statistiques publiées par la DARES font apparaitre en France et plus particulièrement dans certains secteurs une véritable « culture du présentéisme ».

Une pratique qui nécessiterait à l’heure du Covid-19 une politique de sensibilisation. Plus que jamais, le salarié ne limitant pas ses liens professionnels quand il est souffrant est susceptible de faire peser un risque sur l’ensemble de ses collègues.

C.H.

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Vos réactions (2)

  • Délai de carence : 90 jours.

    Le 07 août 2020

    Quand un médecin libéral qui s’arrête sera indemnisé aussi bien qu’un salarié, il s’arrêtera s’il est malade.
    En attendant la réalité pour nous, c’est 90 jours de carence à la Carmf si maladie, délai réduit à 15 jours dans mon assurance complémentaire chèrement payée. Donc quand je suis malade, à mon d’être KO, je la ferme et je travaille, comme la plupart des confrères et consœurs que je connais.

    Dr Sophie Tourtet

  • Culture de la conclusion…

    Le 08 août 2020

    Conclusions totalement arbitraires. Manquent des informations essentielles sur un sujet aussi complexe, par exemple:
    Quel est le nombre moyen de journées d'arrêt comparé aux autres européens?
    Qui indique un état de maladie, un médecin ou la personne interrogée?
    Mélange-t-on les maladies contagieuses et les autres?
    etc.

    Dr Jean-Pierre Legros

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