Le test de dépistage salivaire toujours fortement attendu

Paris, le jeudi 6 août 2020 - Le nombre de dépistages de l’infection par SARS-CoV-2 ne cesse de progresser : passant par exemple de 527 000 à 581 779 en semaine glissante entre le 31 juillet et le 5 août. Cependant, bien que les laboratoires d’analyse de biologie médicale aient affirmé au moment du déconfinement qu’ils répondraient à l’objectif affiché de 700 000 tests hebdomadaires, les circonstances de la progression ont mis à mal ce bel engagement. L’afflux soudain de patients, sous l’effet de l’envoi de bons gratuits ou à la faveur des départs en vacances, de façon très localisée a en effet souvent dépassé les capacités d’organisation et d’accueil, ne serait-ce que téléphoniques, des laboratoires. Par ailleurs, cet accroissement se fait sans priorisation entre les patients symptomatiques (ou contact direct d’un malade avéré) et les sujets non symptomatiques, entraînant des délais parfois regrettables. Aussi, ce défaut grève l’efficacité des opérations de traçage pouvant favoriser la dissémination des foyers.

SARS-CoV-2 et la salive : une histoire qui ne colle pas toujours

Face à ces enjeux, la mise à disposition d’un test salivaire a depuis longtemps été présentée comme fortement prometteuse. La preuve du caractère fiable du milieu salivaire pour détecter SARS-CoV-2 par RT-PCR chez les patients présentant une forme sévère ou grave a été établie dès le mois d’avril. Cependant, chez le sujet atteint d’une forme modérée, voire asymptomatique la détection est moins fiable. « Le virus pourrait être moins présent dans la salive, dont plus difficile à détecter » relève ainsi dans 20 minutes, le président du Syndicat national des biologistes médicaux, le docteur François Blanchecotte. Par ailleurs, on le sait, « La salive contient beaucoup de choses, notamment des enzymes » note pour TF1, le Professeur Christine Rouzioux, virologue et membre de l’Académie de médecine.

Une validation qui se fait attendre…

Ces différents obstacles expliquent qu’aujourd’hui le test salivaire conçu par le CHU de Montpellier et le CNRS en collaboration avec la start-up Innovie, baptisé EasyCov n’a pas encore été validé par le Centre national de référence (CNR) de l’Institut Pasteur, étape indispensable en vue d’une reconnaissance officielle en France par la Haute autorité de Santé (HAS), voire d’une prise en charge par l’Assurance maladie. Selon le docteur Blanchecotte : « A ce jour, il y a encore beaucoup de faux négatifs, environ 34 % ».

… mais une commercialisation déjà effective !

Cependant, beaucoup s’impatientent, dont le ministre de la Santé Olivier Véran, qui il y a une dizaine de jours aurait laissé éclater sa colère devant des responsables de l’Assistance publique – hôpitaux de Paris (AP-HP). « On est en guerre contre le virus et vous nous dites qu’il faut encore attendre, ce n’est pas possible » aurait-il lâché. Cette indignation est probablement d’autant plus vive qu’EasyCov, qui a obtenu son marquage CE, est déjà accessible (situation comparable à celle de nombreux tests sérologiques avant la validation définitive de la HAS ce printemps). Ce dispositif qui permet d’obtenir un résultat en une heure a ainsi déjà été utilisé par les joueurs du Montpellier Handball, tandis qu’il a été déployé dans les aéroports et qu’il pourrait également séduire les organisateurs du Tour de France.

Faut-il vraiment attendre et se passer d’un outil utile pour traquer l’épidémie bien qu’imparfait ?

Aux Etats-Unis, en dépit de la persistance de failles, les tests salivaires viennent d’être autorisés, tandis que l’Université de Liège a cette semaine présenté son propre dispositif dont la production, via l’entreprise Diagenode, devrait débuter à la mi-août. Les promoteurs n’ignorent pas les limites du test, mais remarquent : « L’important c’est d’analyser un maximum de personnes et surtout déceler, parmi les personnes, celles qui sont très contaminantes et les personnes contaminantes ont le virus dans la salive » affirme Fabrice Bureau, vice-recteur à la recherche à l’ULiège.

Dans ce cadre, il pourrait être opportun de se demander si stratégiquement, le test salivaire, combiné à d’autres outils, ne devrait pas être rapidement utilisé, en tenant compte de ses limites. C’est une philosophie qui pourrait être approuvée par beaucoup. « L’objectif est de repérer des personnes qui sont porteuses d’une quantité importante de virus et qui sont hautement contagieuses potentiellement pour leur entourage » défendait ainsi récemment sur TF1 le Dr Jacques Reynes, chef du service des maladies infectieuses du CHU de Montpellier (Hérault), qui a participé à l'élaboration d’EasyCov.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (2)

  • Un arrière goût de masques

    Le 07 août 2020

    Merci à A.Haroche : un gout de déjà vu mais pas de déja lu pour ces PCR sur SALIVE.

    Déja VU cette charrue avant les bœufs : Des tests commercialisés, non validés et alors non remboursés, des microprélévements digitaux moins invasifs, parfois des campagnes commerciales de certains LAM , LAM versus Pharmacie : QS au printemps les SEROLOGIES dont on a vite nuancé l'interprétation & d'éventuels faux négatifs privilégiant une immunité cellulaire bien moins aisée à appréhender.

    "Economiser sa salive" ? : Pas de raison si l'on vend des tests salivaires "moins invasifs que leurs ancêtres rhinopharyngés , moins techniques & personnels requèrants , réalisables par le patient malade ou en quête de dépistage comme pour les TRODs , un résultat rapide ". Que du bonheur donc.

    Amusement pour le Handball aux premières loges à Montpellier et au confin de l'expérimentation sportive, le Tour de France. Plus inquiet pour les contrôles aéroportuaires vu les implications épidémiologiques.

    L'argumentaire ADAPTATIF & PRAGMATIQUE est prêt : Oui il y a des enzymes dans la salive, oui il y aura beaucoup de FAUX NEGATIFS : Nous dépisterons les "gros porteurs" ! "car les autres ont moins d'intêret" . Traduire : Car nous ne disposons pas des ressources humaines et matériels pour faire probablement mieux. A nouveau la partie émergée de l'iceberg et un arrière goût de masques.

    La réponse passe par un double prélèvement synchrône postérieur & salivaire chez des dépistés et chez des symptômatiques.

    Nous avons connu cliniquement les peu malades & les très malades : Binaire mais utile en terme d'information et de gestion des ressources sanitaires.
    Nous allons découvrir biologiquement les trés contaminants & les moins contaminants : Binaire mais risqué voir Toxique ?

    Souvenons nous du caractère peu porteurs des plus sévères.

    Reste à attendre à nouveau les SEROLOGIES SALIVAIRES : Hettegger P, Huber J, Paßecker K et coll . High similarity of IgG antibody profiles in blood and saliva opens opportunities for saliva based serology. PLoS One. 2019;14(6):e0218456

    Dr JP Bonnet

  • Prélèvement de crachat

    Le 10 août 2020

    Pourquoi ne pas tester salive + crachats ? En effet la meilleure positivité de la Rt-PCR est obtenue sur le lavage-bronchiolo-alvéolaire (plus de 90% de positivité).
    Le prélèvement de crachat n'est pas toujours facile à obtenir mais au pire il s'agira alors d'un prélèvement salivaire et au mieux on ramènera des sécrétions ayant plus de chance d'exprimer la présence du virus.

    Dr Denis Boutry

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