L’école face à la Covid : un climat de suspicions, mais pas d’explosion des contaminations

Paris, le mercredi 20 janvier 2021 – A l’issue d’une longue journée de négociations entre les différents protagonistes concernés, la chancelière Angela Merkel annonce aujourd’hui que les écoles demeureront fermées en Allemagne jusqu’au 14 février. Parallèlement, le gouvernement britannique qui prévoyait un retour à l’école après les vacances de février a été prié par l’agence de santé de revoir son plan de tests généralisés pour pouvoir maintenir ce calendrier. On sait encore que l’Autriche qui avait envisagé un retour des écoliers le 18 janvier a finalement encore repoussé la rentrée. Ces décisions isolent encore un peu plus les pays qui ont fait le choix de laisser leurs établissements scolaires ouverts. Si elle n’est pas seule, l’Espagne et l’Italie suivant la même voie, la France est probablement le pays où les restrictions à l’école sont les moins marquées, avec notamment une limitation des demi-classes (à la différence de l’Italie).

Black-out sur les cas contacts

Cependant, la semaine dernière, le gouvernement a présenté les détails d’un protocole sanitaire renforcé. Le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer a admis hier sur France Info que ces dispositions pourraient conduire à de plus nombreuses fermetures de classes. « Ce que nous serons amenés à faire, c’est fermer plus rapidement et plus nettement dès qu’il y a peut-être même moins de trois cas » a-t-il ainsi assuré. Les constatations sur le terrain laissent apparaître un certain flou et des disparités locales importantes. Ainsi, certains parents d’élève signalent leur incompréhension de voir les établissements de leurs enfants demeurés actifs en dépit de la multiplication de cas. La Dépêche du midi évoque par exemple comment en dépit de trois adultes, deux enseignants, un membre du personnel communal et sept élèves infectés par le SARS-CoV-2, la petite école de Sarrouilles n’a pas fermé ses portes, en raison d’une opération de dépistage par tests antigéniques (qui a concerné trente personnes) et qui n’a révélé aucun cas positif. Pour certaines familles, ce choix est contestable. La situation de l’école de Sarrouilles ne serait pas isolée. D’autres témoignages évoquent comment certaines directions d’établissement (ou inspections d’académie) insisteraient auprès de professeurs cas contact (voire positifs et sans symptômes) pour qu’ils poursuivent leurs activités, sans rendre publique leur situation. Dans certains départements, les syndicats confirment que l’argument du secret médical est « utilisé à géométrie variable », tandis que dans l’Ain, le syndicat FSU parle même d’un « black-out total » dans les écoles primaires quant à la communication des cas contacts. Si de telles entraves à la bonne application du protocole sont probablement rares, elles témoignent cependant très certainement des difficultés de remplacement des professeurs.

850 médecins scolaires pour 12,5 millions d’élèves et un objectif d’un million de tests !

Le manque de moyens concerne également les services de médecine scolaire. L’annonce d’une grande campagne de tests antigéniques qui devrait permettre de réaliser un million de dépistages par mois a déconcerté les représentants des médecins de l’Éducation nationale. « Les campagnes pourront également être déployées en cas d’apparition de cas groupés ou dans le cas d’une circulation particulièrement active dans un secteur géographique, en lien avec les autorités sanitaires et préfectorales » précise le ministère qui ajoute « La mise en œuvre du dispositif est assurée par plus de 2 000 médecins et infirmiers de l’éducation nationale volontaires qui bénéficient préalablement d’une formation à la réalisation des tests. Cette mobilisation s’inscrit dans la continuité de la mobilisation remarquable de ces personnels, depuis le début de la crise sanitaire, au service de la santé des élèves et de l’ensemble de la communauté scolaire ». Ces déclarations complaisantes sont très loin de suffire pour répondre aux inquiétudes des professionnels. Déjà en novembre, le SNMSU-UNSA Éducation écrivait : « Comment imaginer que les médecins de l’éducation nationale qui déjà sacrifient toutes leurs missions habituelles pour cette unique tâche de gestion des cas déclarés de COVID-19 puissent être volontaires pour cette campagne? Jean-Michel Blanquer feint aussi d’ignorer que les médecins scolaires sont les médecins des élèves et non des personnels et qu’ils ne sont pas là pour pallier l’indigence du service de médecine du travail de l’Éducation nationale. Non Monsieur le Ministre, faibles de 850 médecins pour 12,5 millions d’élèves, les médecins scolaires, déjà submergés et épuisés par la gestion de la crise sanitaire en milieu scolaire, ne seront pas volontaires pour cette campagne de dépistage et n’abandonneront pas un peu plus les élèves…». La colère est aujourd’hui inchangée.

Un bilan honnête

Cette colère et cette suspicion sont-elles cependant les marques d’une manipulation caractérisée des chiffres et d’une méconnaissance du danger ? Pas si sûr. Concernant tout d’abord les chiffres avancés par le ministère à propos du nombre de classes et écoles touchés ou encore la part d’enfants et de personnels contaminés, ils ne sont pas si éloignés de ceux repérés par les syndicats ou organisations familiales, dont certains réclament depuis cet automne la fermeture des écoles. Ainsi, la carte proposée le 17 janvier par le groupe « Pour la fermeture des écoles » évoque 175 établissements touchés depuis la rentrée, quand Jean-Michel Blanquer a indiqué hier : « Il y a une trentaine d’écoles qui sont fermées, et une centaine de classes » ; un bilan qui est loin d’être complétement différent. De la même manière, dans l’Ain, les vérifications réalisées par le syndicat FSU suggèrent l’absence de dissimulation de la part de la Direction académique des services de l’Éducation nationale. « On peut souligner la transparence de la Dasen à ce sujet depuis le début de l’épidémie » observe ainsi Nicolas Jambon, secrétaire au CHSCT de l’Éducation nationale pour la FSU, cité par Le Progrès.

Pas d’explosion des cas chez les enfants

Surtout, bien que le variant anglais concentre toutes les inquiétudes, la plupart des pédiatres continuent à estimer que les risques demeurent restreints pour les enfants. Dans un avis publié le 15 janvier, la Société française de pédiatrie (SFP) revient ainsi sur différentes idées reçues : « Les rumeurs initiales d'une plus grande proportion d'enfants infectés n’ont pas été confirmées. La plus grande circulation du virus au Royaume Uni est responsable d'une augmentation du nombre absolu d'infections chez l'adulte comme chez l'enfant, même si ces derniers demeurent proportionnellement beaucoup moins souvent infectés que les adultes » note-t-elle tout d’abord. Si cette appréciation paraît contredite par les données de Santé publique France, qui a signalé par exemple la dernière semaine de décembre et la première semaine de janvier un taux de positivité plus élevé chez les plus jeunes, la Société française de pédiatrie invite à garder ses distances face à ces chiffres : « L'augmentation plus importante du taux de positivité des tests chez l'enfant en France observée par Santé Publique France (SPF) la dernière semaine de décembre (+5,1 points entre 0-14ans et +2,4 points entre 10-44ans) reflète possiblement des indications différentes de réalisation des tests chez le jeune enfant compte tenu de leur pénibilité (plutôt en cas de symptômes et peu en dépistage). C'est avant tout le taux d'incidence qu'il faut surveiller qui reste inférieur à la moyenne générale chez les 10-19 ans. L’incidence chez les 0-9 ans reste inférieure à 60/100000 sur les 3 dernières semaines, identique à celle de mi-octobre ». On relèvera encore si on veut tout de même se concentrer sur le taux de positivité des tests que l’écart entre le taux de positivité des adultes et celui des enfants et des adolescents constaté au tout début janvier paraît ces derniers jours se réduire. Le taux de positivité des tests était ainsi de 10 % chez les moins de 10 ans et de 8,5% chez les 10-19 ans, contre 6,4 % en population générale, le 11 janvier ; contre 7,6 % chez les 9-10 ans cinq jours pour tard, 7,3 % chez les 10-19 ans et 6,3 % en population générale.

Enfin, la Société française de pédiatrie invite à reconsidérer l’impact de la fermeture des écoles et d’une manière générale leur rôle dans la diffusion des épidémies hivernales. « Si la fermeture des écoles était connue jusqu'alors comme un frein dans la propagation des infections virales habituelles, les particularités du Sars-CoV2, peu contaminant chez l'enfant assorties aux mesures barrières appliquées dans les écoles ne permettent pas de prédire l’efficacité potentielle d’une fermeture des écoles aujourd'hui. L’un des enseignements important de cette «expérimentation grandeur nature» à laquelle nous avons été contraints en 2020 est la remise en cause du rôle central des enfants dans la propagation des viroses hivernales. Nous constatons actuellement qu’en dépit de l’ouverture des crèches et des écoles maternelles que les enfants fréquentent sans masque, les virus de la bronchiolite ou de la grippe ne circulent pas (entraînant une sous activité dans les services de pédiatrie, ndrl), suggérant le rôle prépondérant des adultes dans leur diffusion. Les bénéfices potentiels d'une fermeture des écoles sont aujourd’hui difficiles à évaluer. Une telle mesure ne se justifierait que si ses bénéfices hypothétiques étaient jugés largement supérieurs aux effets délétères qui sont, eux bien établis ».

Comme souvent depuis le début de la crise, il est très probable que le gouvernement s’appuie le plus longtemps possible sur cette analyse pour défendre sa volonté de maintenir les écoles ouvertes, en dépit de la circulation du variant anglais. Néanmoins, Jean-Michel Blanquer a reconnu qu’aucune certitude n’était aujourd’hui possible, qu’il s’agisse de la date des vacances, du fonctionnement des cantines et d’une manière générale de l’ouverture des établissements.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Mise au point

    Le 20 janvier 2021

    850 médecins scolaires mais ce sont les infirmiers de l'éducation nationale qui font ces campagnes de dépistages massifs, pas les médecins.

    Marie-Hélène Bourven (IDE)

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