Les îlots de chaleur urbains, ce n’est pas cool !

L’urbanisation et la hausse des températures associée au changement climatique sont à l’origine de l’intensification du phénomène des « îlots de chaleur urbains ». Le terme fait référence aux températures plus élevées relevées dans les villes par rapport aux zones qui les entourent. Ces îlots de chaleur urbains résultent des interventions de l’homme sur la nature, comme la suppression de la végétation ou la conversion des plans d’eau en surfaces imperméables, augmentant l’absorption et le piégeage des rayons solaires par les surfaces construites. L’augmentation de la densité de population et l’absence de zones vertes contribuent à favoriser la création de ces îlots de chaleur urbains. Ces derniers viennent aggraver les effets des températures élevées sur la santé des populations.

Végétaliser

Plusieurs stratégies ont été imaginées pour réduire la chaleur urbaine : végétalisation des toits et façades, augmentation des propriétés réflectives des immeubles (albedo) par l’utilisation de couleurs claires sur les toits et les murs, remplacement des surfaces imperméables par des zones perméables ou végétalisées, augmentation des surfaces arborées. Comparée aux autres stratégies, cette dernière solution est relativement simple à mettre en œuvre et économique. Des études ont déjà été menées dans de nombreuses villes européennes attestant de son efficacité pour atténuer la chaleur.

Le Lancet publie les résultats d’une estimation de l’impact sur la température d’une augmentation de 30 % des zones arborées, et du nombre de décès qui pourraient ainsi être évités. L’estimation est réalisée à partir des données recueillies au cours de l’été 2015 et concerne près de 58 millions d’habitants au total.

En moyenne, « l’effet îlot de chaleur urbain » durant cet été 2015 a entrainé une hausse moyenne de + 1,3° pendant 24 heures, en distinguant l’effet pendant la journée (+ 0,6°C) et celui de la nuit (+ 1,9°C). L’analyse des données montre que 6 700 décès pourraient lui être attribués au cours de cet été 2015 et que 40 % d’entre eux (n = 2 644) auraient été évités par l’augmentation de 30 % des surfaces arborées.

Pas le même effet à Oslo qu’à Palma de Majorque

Bien entendu, la mortalité attribuable aux îlots de chaleur urbain varie grandement d’une ville à l’autre. Ainsi pour 100 000 habitants, ils ne sont associés à aucun décès dans la ville de Göteborg (Suède), mais à 32 décès à Cluj-Napoca (Roumanie). Une augmentation des surfaces arborées n’aurait pas d’impact sur les décès à Oslo, alors qu’elle en préviendrait 22 pour 100 000 habitants à Palma de Majorque. Globalement, les villes européennes où l’effet des îlots de chaleur urbains seraient responsables d’un surplus de décès sont situées au sud et à l’est, particulièrement en Espagne, Italie, Hongrie, Croatie et Roumanie. La mortalité la plus basse est relevée au nord de l’Europe, en Suède, Estonie, Royaume-Uni et dans le nord de la France. Le nombre de décès évitables par une meilleure couverture arborée suit les mêmes tendances.

Un scénario plus ambitieux d’augmentation de 40 % des zones arborées abaisserait la température de 0°5 C supplémentaire, ce qui résulterait d’une augmentation de 41 % du nombre de décès évités.

Les villes dans lesquelles l’effet îlot de chaleur urbaine est le plus élevé sont aussi les villes de plus forte densité de population, ce qui est un effet déjà bien décrit dans de précédentes études. Les auteurs précisent que la plantation d’arbres devrait être accompagnée d’autres interventions, comme la modification des revêtements des sols (ils suggèrent le remplacement de l’asphalte par du granit) et/ou des interventions structurelles dans l’agencement des villes pour modifier le « facteur de vue du ciel ».

Dr Roseline Péluchon

Références
Iungman T et coll. : Cooling cities through urban green infrastructure: a health impact assessment of European cities.
Lancet, 2023 ; publication avancée en ligne le 21 janvier. :S0140-6736(22)02585-5. doi: 10.1016/S0140-6736(22)02585-5.

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Vos réactions (2)

  • Les villes à la campagne

    Le 07 février 2023

    Il ne semble pas nécessaire de faire de grandes études pour savoir qu'il vaut mieux habiter à la campagne qu'en ville. La température n'est en fait qu'un épiphénomène comparé à la pollution aérienne industrielle et automobile, et maintenant le chauffage au bois, très polluant.
    Il faudrait donc apporter la campagne en ville... bien illusoire, ou aller vivre à la campagne.
    C'est d'ailleurs ce que choisissent bon nombre de parisiens qui vienne passer leur retraite en Bretagne où ceux-ci sont de moins en bien accueillis.

    Dr JG (retraité en Bretagne)

  • Degrés

    Le 07 février 2023

    Il fait quatre degrés de moins dans mon jardin que dans les rues de Niort située à 30 km plus au nord !
    Et comme cela fait 32 ans que je suis là, je n'ai aucun rejet des autochtones, ils sont heureux que je les soigne, donc foncez à la campagne mais pas en fin de carrière !

    Dr E Beratto

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