Lévothyrox : après l'emballement médiatique, l'emballement judiciaire

Grasse, le lundi 13 novembre 2017 – Certains chirurgiens auraient l’indication opératoire trop facile : ils peuvent être régulièrement épinglés pour des interventions non parfaitement justifiées médicalement. Il semble qu’une tendance semblable puisse toucher les avocats : la procédure, l’assignation, la plainte les démangent parfois tant que l’on ne distingue plus parfaitement les fondements juridiques. Faut-il redouter que Maître Anne-Catherine Colin-Chauley, avocate au barreau d’Ajaccio, soit atteinte d’un tel mal ? Elle fait en tout cas preuve d’une diligence sans pareil face à l’affaire Lévothyrox.

Non-assistance volontaire à personne en danger

Elle-même traitée par ce médicament, l’avocate a été la première à déposer une plainte en août dernier, dirigée contre les laboratoires Merck Serono, pour mise en danger de la vie d’autrui. Fin octobre, elle joignait 100 plaintes à son action, à laquelle devraient s’ajouter 200 autres cette semaine. Mais l’action judiciaire de l’avocate ne se limite pas à cette procédure. Devant le tribunal administratif de Nice, elle a en effet assigné l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) afin que des mesures d’instruction soient prises contre elle. Il s’agissait également d’imposer aux ministères de la Santé et de l’Économie des « mesures utiles à prendre ». Ces demandes ont été rejetées. Ces échecs, qui signalaient probablement la nécessité de mieux circonscrire les procédures, n’ont cependant pas empêché Anne-Catherine Colin-Chauley de déposer ce vendredi devant le tribunal de Grasse une plainte visant les ministres de la Santé et de l’Économie pour « abstention volontaire de porter assistance à une personne en péril ». L’avocate considère notamment qu’Agnès Buzyn n’a « pas su gérer la crise sanitaire » et reproche à Bruno Le Maire de ne pas « avoir essayé de "transacter" avec le laboratoire Merck ».

Des journalistes orientés, des médecins aveuglés, des élus impuissants !

Au-delà de ces griefs, dont la pertinence juridique sera sans doute discutée, pour l’avocate, il semble que l’affaire Lévothyrox relève du scandale généralisé. Sa plainte vise en effet également encore une fois les laboratoires Merck-Serono, mais aussi l’ANSM, tandis que s’y ajoute également une action contre X. Sont ici visés de manière globale les médecins et les pharmaciens qui n’auraient pas pris « en considération les symptômes indésirables de leurs patients », les journalistes qui auraient « orienté les informations » (quand on se souvient de la teneur de très nombreux papiers on peut en effet suspecter une orientation mais pas nécessairement dans un sens contraire aux positions de l’avocate) et les élus qui auraient failli à leur « devoir d’intérêt général ».

N’en jetez plus : le Lévothyrox apparaît donc comme le révélateur d’une société totalement gangrénée par l’incompétence et l’indifférence !

Les réseaux sociaux mieux informés que le ministre de la Santé ?

Si de telles actions, par leur caractère disproportionné, ont certainement moins de chances d’aboutir que celles qui se concentrent sur les défauts d’information, qui sont pratiquement unanimement reconnus, le ministre de la Santé a déjà sa ligne de défense. Ce vendredi, Agnès Buzyn a en effet regretté un retard d’information concernant l’augmentation des signalements d’effets secondaires. « Ce qui est sûr, c’est que nous n’avons pas été alertés assez tôt sur les effets secondaires ressentis par les patients qui ont d’abord émergé sur les réseaux sociaux » a déploré Agnès Buzyn. Une façon de rejeter la faute sur d’autres ou de pointer du doigt un véritable mal de notre société ?

Affaires à suivre. 

Aurélie Haroche

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