L’intoxication au chlordécone bientôt reconnue comme maladie professionnelle

Fort-de-France, le vendredi 28 septembre 2018 - Le chlordécone, insecticide dirigé contre le charançon du bananier a été massivement utilisé dans les Antilles françaises à partir de 1972. La molécule, classée cancérogène possible dès 1979 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), n’a été définitivement interdite en France que le 30 septembre 1993. Différentes études suggèrent que cette substance pourrait être à l’origine de la forte incidence du cancer de la prostate dans les Antilles françaises (227,2 nouveaux cas pour 100 000 hommes par an, environ trois fois supérieure à ce qui est observé en métropole).

Si le produit n’est aujourd’hui plus utilisé, l’empoisonnement perdure, cette molécule ayant une durée de vie de plusieurs siècles. Ainsi, on évalue que 6 500 hectares de terres agricoles en Guadeloupe et 14 500 hectares en Martinique sont durablement pollués par ce produit.

« Scandale »

Dans ce contexte, le Président de la République s’est exprimé à ce sujet à l’occasion d’une visite, hier, d’une ferme maraîchère à Morne-Rouge, une commune martiniquaise au pied de la montagne Pelée.

« La pollution au chlordécone est un scandale environnemental. C’est le fruit d’une époque désormais révolue, (…) d’un aveuglement collectif  » a reconnu Emmanuel Macron. Accompagné de son ministre de la santé, Agnès Buzyn, il a annoncé l’ouverture d’une procédure permettant de reconnaître l’exposition au chlordécone comme maladie professionnelle.

En pratique, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) devront rendre d’ici mars 2019 un rapport permettant de dire à partir de quel niveau d’exposition les ouvriers agricoles qui furent employés dans les bananeraies pourront être pris en charge et indemnisés. Sur cette base, les partenaires sociaux devront s’accorder sur les modalités de cette prise en charge.

Par ailleurs, Emmanuel Macron a également promis une augmentation du budget consacré aux contrôles des aliments produits sur des terrains contaminés qui devrait atteindre 3 millions d’euros d’ici 2020 (contre 2,1 millions aujourd’hui).

En revanche, le locataire de l’Élysée a exclu l’hypothèse d’une indemnisation générale de la population antillaise la qualifiant d’impossible et d’irresponsable et estimant que l’augmentation du risque de cancer de la prostate en raison d’une exposition non professionnelle au chlordècone n’était pas « scientifiquement établie ».

Xavier Bataille

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (4)

  • Ce scandale s'inscrit dans une "tradition"

    Le 28 septembre 2018

    Malheureusement ce scandale s'inscrit dans une "tradition " : interdiction très tardive (1998) de l'amiante massivement utilisé dans les années 1960-1990 notamment dans les hôpitaux.
    Compte tenu de la latence des complications la relation cause-effet ne sera le plus souvent pas établie.

    Omerta des administrations hospitalières.

    Inertie face à l'utilisation massive du dioxyde de titane sous forme nanoparticulaire dont les effets cancérigènes probables sont connus depuis 2008.
    L'agriculture française est championne mondiale dans l'utilisation des pesticides...
    La fréquence de la maladie de Parkinson dans les régions viticoles en est une conséquence probable.

    Dr M.Rauscher, PH retraité


  • Chlordecone effets toxiques à long terme

    Le 30 septembre 2018

    Les politiques sont comme d’habitude pas à la hauteur. Quand E. Macton dit « c’est une époque révolue » il se trompe d’evaluation et de message. Non ce n’est pas une époque révolue et à chaque fois qu’un projet mis en place doit apporter des bénéfices il faudrait se poser les bonnes questions.

    Quels sont les risques au démarrage du projet, que deviendront-ils lorsque celui-ci sera multiplié par 10, 100, 1000 voir plus et dans ces conditions doit-on laisser le projet se faire sans aménagements sécuritaires, légaux pour éviter tout dérapage.

    Dr Bounioux, Médecin retraité

  • Contrariant

    Le 01 octobre 2018

    Ce qui m'interpelle c'est que ce pesticide interdit aux Antilles depuis 1993 continuerait d'être utilisé ailleurs... et la banane est un fruit de consommation courante notamment pour les enfants.
    Le PNNS nous invite à ne pas consommer des produits contenant des pesticides mais cela semble plutôt compliqué...
    De plus si ce produit contamine durablement l'environnement, c'est plutôt contrariant.
    Je suis septique sur le fait que l'on prenne des décisions politiques en France et ailleurs... si l'on prend le cas du glysophate on voit bien que ce n'est pas évident…

    Catherine Duval

Voir toutes les réactions (4)

Réagir à cet article