Médicament : la souveraineté française menacée ?

Paris, le mercredi 22 mai 2019 – Selon les données collectées par les autorités sanitaires, 538 spécialités médicamenteuses ont connu en France des ruptures ou des tensions d’approvisionnement en 2017 et 31 % des Français ont été confrontés à ces indisponibilités.

Dans ce contexte, les problèmes associés à la délocalisation progressive de la production de principes actifs sont fortement questionnés. 

Ainsi, le 14 mai dernier, à l’hôtel des Invalides, la pharmacie centrale des armées, le SICOS (Syndicat de l’industrie chimique organique de synthèse et de la biochimie) et le LEEM (les entreprises des médicaments) se réunissaient pour un colloque sur les risques que font courir ces délocalisations vers l’Asie.

La patrie du médicament en danger !

Une situation étonnante alors qu’il y a encore dix ans « la France était leader de la production de principes actifs en Europe. Aujourd’hui, elle ne dispose plus que de 100 sites de fabrication, essentiellement de vaccins, seuls produits pour lesquels la France dispose d’une autonomie.
Notre place de producteur de médicaments, de première est devenue 6ème en Europe, avec une part croissante d’importation notamment de génériques et de médicaments innovants » soulignent les organisateurs de cette rencontre.

En effet, ces dix dernières années, l’industrie pharmaceutique française a massivement délocalisé sa production de principes actifs vers la Chine ou l’Inde. Pour les intervenants, pas de doute, ce phénomène met l’hexagone dans une situation de dépendance : « nous sommes devenus dépendants de l’Asie » assène même Vincent Touraille, président du SICOS.

Loin d’être épargnée par ce phénomène, la pharmacie centrale des armées, représentée dans ces discussions par le commandant François Caire-Maurisier explique que ses services sont désormais en situation de « vulnérabilité (…) Nous sommes aujourd’hui touchés par des pénuries sur des médicaments essentiels, qui peuvent mettre en danger nos forces armées ».

Dialogue de sourd entre l’État et l’industrie

Julie Galland, chef du bureau des industries de santé à la Direction générale des entreprises, a pour sa part incité les laboratoires pharmaceutiques à prendre leurs responsabilités : « nous sommes ouverts à la discussion pour soutenir de véritables innovations, aidé à rendre l’industrie plus compétitive. Mais pour y arriver, il faut, du côté des industriels, de l’ambition, et des emplois créés sur le territoire. Nous attendons des propositions ».

Les trois industriels présents, Servier, Ipsen et Sanofi ont, eux, considéré que l’Etat était coupable d’avoir multiplié « les normes règlementaires », en particulier environnementales et d’avoir alourdi la fiscalité en France. Aussi, ont-ils réclamé des « subventions » pour aider l’industrie à produire de nouveau sur le territoire.

Frédéric Haroche

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Vos réactions (1)

  • Conséquence logique

    Le 26 mai 2019

    Il y a près de 20 ans les acheteurs des fabricants - qui n'y voyaient pas plus loin que le bout de leur nez ! - ont commencé à abandonner les chimistes européens car séduits par des offres commerciales chinoises et indiennes apparemment alléchantes...du moins pour l'immédiateté !

    Peu à peu les chimistes européens traditionnels ne pouvant évidemment s'aligner ont donc dû abandonner certaines synthèses ...La chimie des actifs pharma s'est transportée peu à peu en Inde et en Chine...avec du meilleur et surtout du pire ! (cf. les derniers audits de l'Agence sur certains sites industriels exotiques...).

    Le dvpt des génériques et de la ss-traitance galénique a ensuite renforcé cette tendance...pas cher, donc on fabrique en Asie : simpliste et vue à très court terme...

    Total aujourd'hui : certaines molécules ne sont synthétisées par 1 seule usine au niveau mondial....et devinez quoi : le chimiste, naturellement limité en capacité, vend en conséquence au plus offrant.
    La France menant depuis des lustres une politique de bas prix....fait la queue. CQFD

    ACR, pharmacien industriel retraité

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