Menaces sur la santé : les dérives sectaires explosent

Paris, le samedi 5 mars 2016 – Au fil des ans, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) a vu son action dans le domaine de la santé nettement progresser. Médecin et président de la Miviludes, Serge Blisko souhaite insister sur le fait que ces dérives sectaires ne sont pas toujours le fait de faux thérapeutes. Sans revenir sur les raisons qui favorisent l’infiltration des sectes dans le domaine sanitaire (rôle d’internet, dénigrement de la médecine classique à la faveur de scandales sanitaires, technicisation de la médecine qui entraîne une certaine distance avec le patient), il rappelle pour le JIM des chiffres saisissants et appelle l’ensemble des praticiens à la vigilance.

Par le docteur Serge Blisko, président de la Miviludes

Au sein de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) nous constatons l’inquiétante montée en puissance des dérives sectaires dans le domaine de la santé. Sur les 2500 à 3000 signalements qui nous sont faits chaque année, 40% concernent désormais le domaine de la santé, une proportion qui a doublé en trois ans.
C’est d’autant plus préoccupant que par essence, nous n’avons qu’une vision partielle du phénomène, beaucoup de victimes se sentant trop honteuses pour en parler.

Cela va de la charlatanerie, qui surfe sur l’engouement pour les médecines naturelles, aux véritables gourous, avec emprise mentale, financière et parfois sexuelle.

Les secteurs les plus concernés par cette explosion sont : le cancer, les troubles de l’enfance et toutes les pathologies liées à la santé psychique.

Des signalements concernant des médecins, infirmiers ou kinésithérapeutes

Outre le nombre croissant de « thérapeutes ou dérapeutes » auto-proclamés, un phénomène inquiétant auquel nous assistons est le glissement opéré par des professionnels de la santé entre l’introduction de nouvelles thérapies et la revendication d’une autre médecine. La Miviludes reçoit régulièrement des signalements mettant en cause des praticiens, des infirmiers, des kinésithérapeutes. Il fallait donc mettre en place une action coordonnée entre la Mission et les ordres des professionnels de santé : à ce jour, trois conventions ont été signées avec l’Ordre des médecins, avec l’Ordre des infirmiers et l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes. Par ailleurs, la Miviludes a mis en place avec l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (EHESP) une formation spécifique afin d’expliciter le processus d’emprise mentale et d’être en capacité d’identifier, dans l’exercice professionnel, les victimes et les traumatismes qu’elles ont subis.

Que faire si vous êtes confrontés à une dérive sectaire ?

Vous pouvez dénoncer le pseudo thérapeute à l’Ordre des médecins pour exercice illégal de la médecine. Et en ce qui concerne la victime, vous pouvez l’orienter vers la Miviludes (http://www.derives-sectes.gouv.fr/).


Les intertitres sont de la rédaction du JIM.

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Vos réactions (15)

  • Pas tout dans le même sac

    Le 05 mars 2016

    Le sujet est intéressant mais il est présenté de façon à faire peur. Il manque des détails sur quelles pratiques, quel type de praticien, la différence entre faux praticien et vrai praticien criminel, y a t il plus de cas parce qu'on commence tout juste à les connaître? Et oui, on a envie d'une autre Médecine, on recherche des vrais praticiens avec d'autres pratiques complémentaires, non exclusives, qui ne sont pas sectaires (hypnose, phytothérapie, ostéopathie). Il est grand temps que les Professeurs d'université se penchent sur ce fait et incluent dans les études ce tournant demandé par les patients et les praticiens et se l'approprient pour de bon, sous peine de voir le terrain occupé par des charlatans aux pratiques différentes.
    Ne pas mettre tout dans le même sac SVP.

    Dr Michel Grand-Jean

  • Méthodologie à revoir

    Le 05 mars 2016

    Le grand problème que soulève toute déclaration de la Miviludes et de son président le Docteur Blisko est qu'elle a pour caractère essentiel d'exposer une grande généralité. Dans un domaine médical qui souhaite s'ajuster à la rigueur scientifique, ceci est on seulement une défaillance ou une erreur, c'est un constat de non-existence.

    Face à un intitulé dramatisant qui dénoncent une "explosion", nous sommes en droit de recueillir des données concrètes et fiables : d'où viennent les signalements, que s'est-il passé exactement, dans quel secteur, quels facteurs démontrés permettent de nommer quel fait précis "charlatanerie", quelle définition et réalité donne-t-on à la notion d'emprise mentale, etc. Il est habituel à la Miviludes de lancer des alarmes extrêmes qui ne reposent que sur de "grandes généralités". Le monde médical doit apprendre à se méfier de telles pratiques.

  • La médecine basée sur les preuves n'est pas tout

    Le 06 mars 2016

    Cette alerte part d'une bonne intention mais je rejoins mes confrères dans leurs critiques : elle est beaucoup trop généraliste et donc ne nous aide pas. A partir de quand dit-on qu'une médecine est sectaire ? Comment faire le tri entre les soignants, dont je suis, qui cherche à enrichir leurs propositions thérapeutiques par des techniques non médicamenteuses (hypnose, TCC, méditation..) et qui se sont formés pour cela et les autres ? Les soignants anti-vaccins sont-ils sectaires ? Pour moi oui.
    Donc l'analyse est vraiment à affiner pour éclaircir et déminer le terrain.

    Dr Christine Lamarche Arene

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