Mieux vaut se faire opérer le jour que la nuit

Vieille interrogation que celle du moment le moins inopportun pour opérer… ou se faire opérer ! Incontestablement, nous avons tous vécu des histoires de chasse qui vont dans le sens du bon sens populaire : mieux vaut faire ou faire subir certaines choses, lorsque tout le monde est sur le pont, bien reposé, bien réveillé, bien nourri et d’excellente humeur…

Qu’en est-il exactement, alors que l’on sait que ce sont surtout des actes de chirurgie urgente qui sont pratiqués en dehors des heures ouvrables ?

LAS VEGAS never sleeps

L'objectif de cette analyse post hoc d'une vaste étude de cohorte était d'évaluer l'association entre les chirurgies pratiquées de jour et de nuit et la survenue d’évènements indésirables peropératoires (EI) et de complications pulmonaires postopératoires, à partir de LAS VEGAS (Local Assessment of Ventilatory Management During General Anesthesia for Surgery), une étude prospective internationale ayant duré une semaine qui avait recruté des patients adultes sous anesthésie générale et ventilation mécanique dans 146 hôpitaux de 29 pays.

Les interventions chirurgicales avaient été définies comme se produisant pendant la " journée " lorsque l'induction de l'anesthésie avait été réalisée entre 8 h et 19 h 59, et pendant la " nuit " pour des inductions entre 20 h et 7 h 59 du matin.

Parmi les 9 861 patients inclus, 555 (5,6 %) avaient bénéficié d’une chirurgie de nuit, avec chez eux, une proportion de patients ayant développé des EI peropératoires plus élevée dans les analyses non appariées (43,6 % vs 34,1 % ; p < 0,001) et les analyses par appariement de tendance (43,7 % vs 36,8 % ; p = 0,029). Les complications pulmonaire ont également été plus fréquentes pendant la chirurgie de nuit (14 % vs 10 % ; p = 0,004) dans l’analyse de cohorte non appariée, mais pas dans une analyse par propension (13,8 % vs 11,8 % ; p = 0,39). Enfin, dans un modèle de régression multivariable, incluant les caractéristiques des patients et les types de chirurgie et d'anesthésie, la chirurgie de nuit a été indépendamment associée à une incidence plus élevée d'EI peropératoires (rapport de cotes : 1,44 ; intervalle de confiance à 95 % IC à 95 % : 1,09-1,90 ; p = 0,01), mais pas à une incidence plus élevée de complications pulmonaires (rapport de cotes : 1,32 ; IC à 95 % : 0,89-1,90 ; P=0,15).

Des différences (malheureusement) pas seulement expliquées par les caractéristiques des patients

Cette étude post-hoc, c’est à dire qui n’avait guère été conçue dans le but d’étudier les différences de fréquence de survenue de complications entre le jour et la nuit, fournit néanmoins des preuves que la chirurgie de nuit est associée à des événements indésirables peropératoires, et de faibles preuves concernant les complications pulmonaires postopératoires. Rassurez-vous en partie, car les différences dans les caractéristiques cliniques des patients, dans les types de chirurgie et dans la prise en charge peropératoire de nuit expliquent en partie l'incidence plus élevée des complications pulmonaires postopératoires. Inquiétez-vous, car ces différences n’expliquent pas l'incidence plus élevée des événements indésirables. En effet, après ajustement, le risque important de survenue d'effets indésirables peropératoires demeure.

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Référence
Cortegiani A et LAS VEGAS Investigators, the PROVE Network, and the Clinical Trial Network of the European Society of Anaesthesiology : Association between night-time surgery and occurrence of intraoperative adverse events and postoperative pulmonary complications. Br J Anaesth., 2019;122 : 361-369.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (3)

  • Un cas exemplaire

    Le 18 mars 2019

    Dans les hôpitaux qui reçoivent par exemple des mineurs qui travaillent 24/24, les médecins sont également en 24/24.

    Dr Jean Doremeiux

  • Nécessaire rationalisation...

    Le 19 mars 2019

    La nuit...les urgences chirurgicales sont majoritairement réalisées dans certains blocs avec un personnel de garde souvent spécialisé dans un autre domaine, et avec parfois des problèmes de matériel insolubles, car on n'est pas dans "son bloc" de jour avec un personnel bien rodé notamment à la connaissance du matériel qui peut trouver ce qui manque...malheureusement il n'est guère possible de maintenir suffisamment de personnels compétents dans tous les domaines de garde 24h/24. Aussi n'est-il pas étonnant que les résultats d'en ressentent, toutes autre considérations à part. Il vaut mieux être opéré de façon "réglée" quand tout les acteurs habituels sont à leur poste.

    Par ailleurs il est très difficile de faire comprendre aux administratifs le bénéfice réel d'une spécialisation des instrumentistes, et l'impossibilité d'en faire des agents complètement polyvalents. On y gagne beaucoup en efficacité donc en temps, et en meilleur résultat pour le patient.

    Dr Astrid Wilk

  • Le jour, les insuffisances sont palliées, pas en garde

    Le 19 mars 2019

    Pour avoir pratiquer des gardes de 24 h en anesthésie pendant plus de 25 ans, il est évident que la qualité de la prise en charge est équipe professionnelle dépendante. Dans les périodes de jour hormis les dimanches, il peut toujours y avoir de l'aide pour pallier à des insuffisances quelles qu'elles soient, ce qui n'est pas le cas la nuit et le dimanche. Une seule personne défaillante dans la chaine de prise en charge, depuis l'arrivée du patient jusqu'au service d'accueil post-opératoire et le grain de sable est mis. Cela est accentué bien entendu quand les médecins seniors de garde ne sont pas les plus performants. Le jour, les insuffisances sont palliées, pas en garde. Ce ne sont pas non plus les plus expérimentés qui assurent les gardes. il y a donc une composante humaine très importante à considérer dans ce genre d'étude. Ce n'est pas le diplôme qui fait la qualité de l'intervenant. A contrario, avec des équipes rôdées, expérimentées, même en nombre réduit où chacun assume pleinement ses tâches, il y a moins de stress et de tergiversations qu'en situation pléthorique de confort que l'on peut avoir de jour, et par la même une meilleure efficacité.

    Pascal Rod, IADE

Réagir à cet article