Moins de maladies infectieuses hors Covid-19 en 2020, grâce à quoi ?

Face aux infections transmissibles dont la Covid-19 est quelque part l’archétype, en l’absence de traitement étiologique efficace, les interventions non pharmacologiques sont en première ligne. Port du masque, distanciation physique, hygiène des mains, isolement des cas positifs ou contact ou encore quarantaine, voire confinement restent au programme dans de nombreux pays du monde confrontés à une pandémie qui s’installe dans la durée, en dépit de l’efficacité des campagnes de vaccination de masse. Ces mesures massivement mises en œuvre à l’heure de la pandémie de Covid-19 ne s’adressent pas qu’au SARS-CoV-2, et la propagation des autres agents pathogènes à l’origine des infections transmissibles s’en trouve singulièrement modifiée.

Diminution de moitié du nombre des maladies à déclaration obligatoire

Une étude d’observation réalisée dans la province de Guangdong (Chine) en témoigne. Elle a consisté à comparer la fréquence des infections à déclaration obligatoire au cours des semaines 4-53 de 2020 correspondant à la première vague de la pandémie et au cours de la même période dans les années 2015-2019. Les données ont été traitées, ajustées et comparées au moyen d’une modèle bayésien adapté.

Au cours de l’année 2020, dans la période définie, ont été enregistrés 514 341 cas de 39 types de maladies infectieuses à déclaration obligatoire, soit une baisse de 50,7 % par rapport à la même période des années 2015-2019. Dans l’approche bayésienne qui permet d’estimer la fréquence attendue en 2020 en fonction des années passées, la baisse correspondante est de 65,6 % (intervalle de crédibilité à 95 % : 64,0 % - 68,2 %) : en d’autres termes, 982 356 (IC 95 % : 913 443 – 1 105 170) infections auraient été évitées probablement du fait des gestes barrière, mais aussi du confinement strict imposé par le gouvernement chinois qui a toujours visé l’objectif « zéro-Covid ».

Baisse plus sensible encore chez les enfants

C’est chez les enfants jusqu’à l’âge de 14 ans que la baisse a été la plus importante, atteignant de fait 82,1 %). Les chiffres ont par ailleurs largement varié en fonction de la maladie infectieuse : la palme revient aux maladies infectieuses liées à l’environnement et celles transmises par les insectes (-89,4 %), suivies de près par les infections respiratoires (-87,4 %).

Viennent ensuite les gastro-entérites (-59,4%), loin devant les maladies sexuellement transmissibles et celles transmises par le sang ou les dérivés sanguins (-18,2 %). Trois maladies se sont également distinguées des autres par l’amplitude de la baisse de leur fréquence lors de la première vague de la pandémie : la dengue (-99,9 %), la grippe (-95,1 %) et la maladie pieds-mains-bouche (-76,2 %). Les effets les plus importants ont été observées dans les régions les plus favorisées sur le plan économique, mais aussi celles où le nombre de cas de Covid-19 a culminé.

Confirmation des bénéfices collatéraux des mesures barrières

Cette étude d’observation chinoise confirme, si besoin était, les bénéfices collatéraux des mesures instaurées pour contrôler ou freiner la propagation du SARS-CoV-2. La contamination par les agents microbiens impliqués dans les infections à déclaration obligatoire est largement freinée, mais l’amplitude de la baisse par rapport aux années qui ont précédé la pandémie varie quelque peu en fonction des populations, des maladies et des germes, tout autant dans le temps et dans l’espace, au gré des paramètres épidémiologiques et économiques.

Ces résultats quantitatifs valent pour la Chine, plus précisément la province du Guangdong où les mesures visant à contrer la pandémie ont été particulièrement strictes, à l’aune de la politique du zéro-Covid qui est toujours en vigueur à l’heure actuelle. Cette province qui compte 126 millions d’habitants, notamment du fait de son climat, a toujours été au premier plan face aux épidémies qui ont frappé la Chine, y compris le SRAS en 2003 et la dengue en 2014 : des expériences qui ont laissé des traces à tous les niveaux de la société de l’endroit.

Dr Peter Stratford

Référence
Xiao J et coll. : Co-benefits of nonpharmaceutical intervention against COVID-19 on infectious diseases in China: A large population-based observational study. Lancet Reg Health West Pac. 2021 17:100282. doi: 10.1016/j.lanwpc.2021.100282.

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Vos réactions (3)

  • Précisions souhaitées

    Le 21 octobre 2021

    Ok MAIS:
    1 cela vient de Chine
    2 cela ne concerne que les maladies à Déclaration Obligatoire ce que vous auriez du mettre dans le titre

    21 quelles sont ces maladies en Chine? Liste?
    22 quelle est la qualité de la déclaration de ces maladies en Chine
    3 est ce que les NPI appliquées dans la province de l'étude sont détaillées.

    Un tel résultat SERAIT logique mais l'article chinois ne fait pas le printemps.

    Pr Jean-Marie Rodrigues

  • Les virus se battent entre eux

    Le 22 octobre 2021

    J'ai cru apprendre que l'on ne faisait pas deux maladies virales en même temps pour des raisons dont je ne parlerai pas.
    Confinement, gestes barrières, ça compte.
    Savoir si en Chine on n'a pas donné la nature des maladies qui ont diminué n'a aucun intérêt ou presque. En Chine, le confinement, c'est le confinement, leur vaccin basé sur une technologie éprouvée, et quand ils font des conneries ils ne vont pas le crier sur les toits, aux contraire des pays occidentaux, en particulier la France, où lorsqu'il y a un pb, le seul but est de compliquer les problèmes, de mettre la technologie nouvelle non éprouvée sur un piédestal, et de chercher un bouc émissaire. En France, cela doit être la même chose quant à la diminution des maladies virales non Covid jusqu'à nouvel ordre.

    Si la Covid disparaît, nos élites l'attribueront à la vaccination, donc à eux mêmes.
    Si une grippe majeure apparaît, et il semblerait qu'une nouvelle souche potentiellement grave apparaisse, elle prendra le dessus sur la Covid, et nous nous retrouverons devant le même problème, car nous n'avons rien appris! C'est tout.

    Dr Jean-Paul Vasse

  • Gestes barrière ou confinement ?

    Le 25 octobre 2021

    La cause principale de la baisse d’un certain nombre de maladies transmissibles que l’on a observé dans plusieurs pays, y compris la France n’est pas l’application de gestes barrière mais le confinement des populations qui a cassé les chaînes de transmission.

    Dr Raoul Harf

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