Moins de réadmissions imprévues avec une décurarisation par sugammadex !

A la différence de la néostigmine (aux effets cholinergiques indésirables et à la forte variabilité d’action inter-individuelle), le recours à l’inversion de la curarisation par le sugammadex permet une curarisation profonde et donc de bonnes conditions chirurgicales avec une moindre curarisation résiduelle. Qui dit meilleures conditions opératoires, dit meilleurs résultats chirurgicaux, moindre taux de réadmissions et moindre coûts. Qui dit moindre curarisation résiduelle dit moindre taux de survenue de complications respiratoires.

Il avait déjà été démontré que l’utilisation du sugammadex est associée à un moindre taux de complications postopératoires, mais son impact sur le taux de réadmissions non prévues à J30 n’était pas connu.

Lacune qu’une étude sud-coréenne monocentrique, rétrospective et observationnelle de patients ayant bénéficié d’une chirurgie abdominale majeure entre 2010 et 2017, au cours de laquelle le rocuronuim a été le seul curare utilisé, s’est proposée de lever. La chirurgie abdominale majeure a été définie comme une intervention ayant duré plus de deux heures avec une perte sanguine supérieure à 500 mL.

L’objectif primaire était la recherche d’une différence dans les taux de réadmission imprévues à J30 entre les réversions par sugammadex (≥ 2 mg kg−1) ou néostigmine (0,03–0,05 mg kg−1). Les objectifs secondaires étaient les mesures des durées d’hospitalisation après la chirurgie et des dépenses hospitalières (exclusions faites de celles liée à l’anesthésie et à la chirurgie).

Parmi les 3 464 patients inclus dans l’étude, 461 (13,3 %) patients avaient été réadmis à J30 pour les motifs suivants : douleur (156/461, 33,8 %) ; symptômes gastro-intestinaux (74/461, 16,1 %) ; fièvre (70/461, 15,2 %).

Néostigmine n’est plus ma copine

L’analyse en régression logistique de 1 479 patients âgés de plus de 19 ans (sugammadex : 355 ; néostigmine : 1 124) a montré que dans le groupe sugammadex, le taux d’incidence à J30 des réadmissions imprévues a été de 34 % inférieur (Odds ratio OR : 0,66, intervalle de confiance à 95 % IC 95 % : 0,46–0,96, p = 0,031), la durée d’hospitalisation de 20 % plus courte (coefficient exponentiel de régression : 0,80, IC 95 % : 0,77–0,83, p < 0,001), et les dépenses hospitalières réduites de 24 % (coefficient exponentiel de régression : 0,76, IC 95 % : 0,67–0,87, p < 0,001).

Fait étrange, chez les patients habitant à plus de 50 km de l’hôpital, le taux d’incidence des réadmissions imprévues a été de 68 % inférieur dans le groupe sugammadex (OR : 0,32, IC 95 % : 0,13–0,79, p=0,014) par rapport au groupe néostigmine, alors qu’il n’y avait pas de différence significative chez les patients vivant à moins de 50 km de l’hôpital (p = 0,319). Comprenne qui pourra !

Sous réserve d’une confirmation par des études prospectives monocentriques, et bien que le recours à la vieille néostigmine n’ait plus les faveurs de la plupart des anesthésistes, voici quelques arguments solides de plus pour tourner la page définitivement.

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Référence
Oh TK, Oh AY, Ryu JH, Koo BW, Song IA, Nam SW, Jee HJ. : Retrospective analysis of 30-day unplanned readmission after major abdominal surgery with reversal by sugammadex or neostigmine. Br J Anaesth., 2019; 122(3): 370-378. doi: 10.1016/j.bja.2018.11.028.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (1)

  • Plutôt une "politique" de service

    Le 18 avril 2019

    Plus que sugammadex ou néostigmine, c'est plutôt une "politique" de service qu'il faut envisager, avec un protocole de décurarisation appliqué systématiquement par tous les anesthésistes pour avoir un vrai bénéfice en terme de complications respiratoires... sans oublier que le rocuronium est tout de suite derrière la celocurine un curare responsable de choc anaphylactique !

    Dr Alain Cannamela

Réagir à cet article