Néonicotinoïdes : pas d’impact pour la santé humaine

Paris, le jeudi 8 mars 2018 - Parmi les substances chimiques qui cristallisent les inquiétudes des écologistes, les néonicotinoïdes revêtent une forte dimension symbolique. Cette famille de substances est en effet suspectée d’être à l’origine de la disparition des abeilles ; insectes dont le rôle dans notre écosystème est capital. A cette toxicité s’ajouteraient selon certains une dangerosité pour l’homme. Cette dernière cependant ne serait pas parfaitement confirmée par les données scientifiques. Ce doute a conduit certains à remettre en cause la pertinence d’une interdiction des néonicotinoïdes, d’autant plus, comme souvent dans ce domaine, que les alternatives sont rares et n’ont pas toujours fait la preuve d’une plus grande innocuité.

Pourtant, le gouvernement reste déterminé à appliquer à partir de septembre 2018 l’interdiction de l’utilisation des produits phytopharmaceutiques contenant des substances actives de la famille des néonicotinoïdes. La publication par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) d’un deuxième volet de son travail d’analyse des néonicotinoïdes pourrait néanmoins relancer le débat.

Rien à craindre en cas d’usage normal

Parallèlement à l’analyse d’une série de produits alternatifs destinés aux vignes, betteraves industrielles et fourragères, céréales à paille, maïs et laitue, l’ANSES présente en effet ses conclusions concernant l’impact des néonicotinoïdes sur la santé humaine, en réponse à une saisie des ministres chargés de la santé et de l’environnement. Ses observations sont rassurantes. En se basant sur les données disponibles concernant « les dangers pour la santé humaine présentés par les six substances actives de la famille des néonicotinoïdes autorisées dans le cadre des règlements relatifs aux produits phytopharmaceutiques et/ou biocides et/ou médicaments vétérinaires (acétamipride, clothianidine, imidaclopride, thiaclopride, thiaméthoxame et dinotéfurane) » l’ANSES relève que ces travaux « ne mettent pas en évidence d’effet nocif pour la santé humaine, dans le respect des conditions d’emploi fixées dans les autorisations de mise sur le marché ». Son seul bémol concerne la thiacloporide, qui compte tenu de la progression de son usage (progression qui devrait être stoppée par l’interdiction prochaine), de ses caractéristiques propres et de la méconnaissance des conséquences de son interaction avec d’autres molécules devrait faire selon l’ANSES l’objet d’une attention particulière. Une fois encore, on constatera que dans un dossier destiné à évaluer la nocivité de substances chimiques, les conclusions des instances officielles paraissent s’éloigner des inquiétudes et des imprécations formulées par beaucoup.

Reste à savoir qu'elle est l’influence de ce type de travaux sur l’opinion et les pouvoirs publics.

Léa Crébat

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Vos réactions (3)

  • Sutout ne croire personne !

    Le 08 mars 2018

    En 2018 (28 février), l'Agence européenne pour la sécurité des aliments (Efsa) a publié un rapport issu de l'analyse faite par l'EFSA de 2015 à 2017 de 588 nouvelles études, dont certaines portaient sur les effets sur les bourdons et les abeilles solitaires. L'EFSA y conclue que l'imidaclopride, le clothianidine et le thiaméthoxime, trois néonicotinoïdes déjà soumis à des restrictions d'usage dans l'UE sont bien un danger pour les abeilles (sauvages et domestiques) 32 ; Bayer (fabricant) a aussitôt contesté les conclusions de l'EFSA. La Commission européenne a approuvé le rapport de l'EFSA et envisage l'interdiction de ces 3 pesticides...Bref,

    Ils ont beau avoir un air "scientifique", tous ces articles disent tout et son contraire...et il n'y a pas de raison de penser que les opposants soient nécessairement plus crédibles. Au niveau du bon sens crétin : il paraît difficile qu'un neuro-toxique puissant chez les insectes n'ait pas un petit impact sur le nôtre. De toute façon ces néonicotinoïdes sont admis comme perturbateurs endocriniens et peut-être cancérogènes.
    Mais, concernant tous les pesticides, une question n'est jamais abordée et elle est de taille : quid de l'effet cocktail ? Car tout un chacun sait pertinemment qu'il n'ingère pas qu'un seul toxique au cours de son repas ! "An apple a day keeps the doctor away" ?

    Dr Francis Perrey

  • Dormez tranquille braves gens, tout va bien

    Le 11 mars 2018

    Bonjour!
    Il est vrai que quand on lit :
    "This study is the first to show that ACE, IMI, and nicotine exert similar excitatory effects on mammalian nAChRs at concentrations greater than 1 µM. Therefore, the neonicotinoids may adversely affect human health, especially the developing brain." in http://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0032432
    et que l'on sait l'augmentation des cas d'autisme autour des champs californiens traités, le titre de l'article parait prématuré avant des études indépendantes réalisées par des labo nationaux ou européens libre de tout contact avec l'industrie.

    Ken@vo et mangez bio!

    Dr O Morlaz

  • On en boirait !

    Le 13 mars 2018

    Et bien voici une ligne éditoriale qui a le mérite d'être claire! Il est vrai qu'une revue médicale qui ne brosserait pas le laboratoire Bayer dans le sens du poil s'exposerait à des retombées diverses et variées. Quant au débat contradictoire et confraternel qui pourrait être un lieu d'échanges, il est dilué entre Serge Rader qui ramène sa fraise et les propos vaniteux et insultants d'Yves Darlas qui voudrait le monopole du discours scientifique. Quand on n'a pas le temps de tout lire, on regarde le titre:" les néonicotinoïdes: pas d'impact sur la santé humaine".
    Pour un peu, on en boirait!

    Dr Jean-Jacques Perret

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