Nouveau plan pour l’hôpital : déception quasi générale

Paris, le jeudi 21 novembre 2019 – Comme nous le présentions hier, les nombreuses réactions syndicales et politiques aux annonces faites hier par Édouard Philippe et Agnès Buzyn pour répondre à la mobilisation de l’hôpital public sont marquées par la déception. Les mesures sont considérées comme largement insuffisantes pour répondre aux besoins exprimés et sont jugées souvent en décalage par rapport aux revendications. Aussi, les appels à la poursuite de la mobilisation sont maintenus : journée d’action et de sensibilisation des patients et de leurs proches le 30 novembre au sein des établissements, grève des infirmières à partir du 5 décembre et des internes dès le 10 et journée nationale de mobilisation le 17.

Rafistolage dérisoire

Si certains acceptent de reconnaître que les efforts ne sont pas nuls, ils sont quasiment unanimement jugés ridiculement faibles par rapport aux attentes. Le Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI) qui a été le premier à réagir, attendant à peine la fin de l’allocution du Premier ministre calcule : « Dans le projet de loi de financement de la Sécu, l’ONDAM initialement prévu à 2,1 % alors que les besoins sont à 4,4 %, c’était retirer 800 millions aux hôpitaux. Proposer aujourd’hui une hausse de 0,3 %, soit 120 millions (…), c’est nous retirer encore (…) 680 millions en 2020 ! ». Même constat du côté de la Fédération hospitalière privée (FHP) qui déplore : « La portée de ces mesures est anéantie par l’annonce d’une évolution des tarifs très inférieure à l’inflation, avec un taux plancher de 0,2 % ». Les déceptions sont les mêmes concernant les promesses vis-à-vis des rémunérations : « Selon l’OCDE, le salaire des infirmiers (bac+3) est inférieur de 5 % au salaire moyen ! Pour avoir une équivalence avec les autres pays européens, la reconnaissance de la profession infirmière doit passer par une revalorisation de 300 euros/mois » martèle le SNPI. Au-delà de ces démonstrations arithmétiques, partout l’insuffisance du plan est diversement qualifiée : « On attendait un plan de sauvetage pour l'hôpital, nous n'avons eu que du rafistolage » tonne par exemple Bruno Retailleau (à la tête des sénateurs Les Républicains). « La montagne a accouché d’une souris » ironisent de leur côté les « organisations syndicales de praticiens hospitaliers, de jeunes médecins et pharmaciens et d’internes ». L’Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF) évoque pour sa part des sommes « dérisoires ».

Diviser pour mieux régner : Paris et la province

Différentes critiques se concentrent également sur la méthode adoptée par le gouvernement. Outre l’absence totale de concertation fortement déplorée par les praticiens hospitaliers, beaucoup remarquent que les mesures semblent parfois jouer sur la division pour affaiblir la mobilisation. Division notamment entre Paris et le reste de la France avec les primes promises aux infirmiers et aides-soignants d’Ile de France. « Les annonces (…) semblent chercher à diviser Paris et les régions » déplore ainsi Orianne Plumet du collectif Inter-Urgences. « Apporter quelque chose en plus là où les conditions de vie sont plus difficiles, pourquoi pas, mais il y a des problèmes de salaire dans toute la France » renchérit de son côté le professeur Antoine Pelissolo (chef du service de psychiatrie d’Henri Mondor).

Diviser pour mieux régner : médecins et infirmiers

Les annonces du gouvernement pourraient également vouloir créer une division entre les personnels médicaux et paramédicaux, suspectent certains acteurs de la mobilisation. Si elles ne sont pas toutes précisées, et si elles sont loin de constituer le vrai « choc d’attractivité » espéré selon les organisations syndicales concernées, les annonces concernant les carrières médicales pourraient être perçues avec amertume par les infirmiers et les aides-soignants. « Avec 800 euros de prime par an en région parisienne, on est loin d'amener nos infirmiers à la moyenne salariale de l'OCDE ; ça va les rendre fous », remarque ainsi le docteur Anne Gervais, porte-parole du mouvement Inter-Hôpital citée par les Echos. Concernant les jeunes médecins dont la fusion des premiers échelons et les primes proposées pourraient permettre de voir leur salaire d’embauche augmenter de 300 euros à 4 400 euros brut, elle relève : « C'est justifié. Mais c'est de la basse politique destinée à détacher une partie des médecins du mouvement ».

Diviser pour mieux régner : soignants et administratifs

Enfin, beaucoup notent que le plan semble d’abord s’adresser aux directeurs d’hôpitaux, concourant une fois encore à créer des dissensions au sein des équipes. « C'est un effort qui répond à la souffrance des administrations et des directeurs qui vont arriver à mieux équilibrer leur budget puisque la dette pèsera moins sur ce budget » remarque ainsi Michel Tsmiratos, professeur à l’hôpital de la Timone à Marseille qui qualifie le plan « d’enfumage ». De fait, la Fédération hospitalière de France (FHF) est l’organisation qui a le plus largement marqué sa satisfaction après les annonces, en dépit de l’affichage d’une nécessaire vigilance en raison de l’absence de précision sur certains points. « Notre appel (…) a été entendu. Le gouvernement nous a écoutés » a ainsi commenté Frédéric Valletoux président de la FHF, tandis que son communiqué remarque notamment : « la fusion des premiers échelons de praticien hospitalier et la revalorisation de la prime d’engagement dans la carrière hospitalière sont des signaux forts ». A l’aune de ces citations (à l’exception de celles de la FHF !), on perçoit combien les réactions sont négatives. Dans différents communiqués, elles sont sans appel, comme en témoigne par exemple la colère du SNPI qui fustige à propos de la promesse de la reprise de la dette : « Les soignants n’ont rien demandé concernant la dette des hôpitaux, cela représente des jeux d’écriture pour la technostructure ».

Occasion manquée

Cependant, d’autres ont choisi une approche plus constructive. Sans satisfecit complet (à l’instar de la FHF), ils délivrent les bons points mais dénoncent les faiblesses. Ainsi, l’ANEMF procède à une analyse des différents axes du gouvernement. A propos du recours aux primes, elle interroge : « Ces mesures correspondent-elles vraiment aux attentes des professionnels de santé ? Est-ce reconnaître le travail des personnes que de leur proposer une prime annuelle ? ». Mais concernant les annonces faites sur la gouvernance, elle se félicite : « Poser la question de la place du médecin dans la décision hospitalière est effectivement indispensable ». De la même manière, l’association de patients France Assos Santé salue les « mesures financières de rattrapage indispensables » mais son président, Gérard Raymond déplore : « Pour nous c’est une occasion manquée de réinjecter du sens politique dans l’organisation des soins sur le territoire, notamment de premier recours ».

Agnès Buzyn affaiblie

Loin d’avoir apaisé la grogne, ces mesures semblent donc au mieux considérées comme une réponse trop insuffisante, au pire comme une forme de mépris. La mobilisation devrait donc demeurer forte tandis qu’Agnès Buzyn sort affaiblie de cette nouvelle épreuve, beaucoup d’organisations se montrant de plus en plus déterminées à discuter avec Matignon plutôt qu’avec ses services.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (4)

  • Pour un blocage total des hôpitaux

    Le 21 novembre 2019

    Je pense que malheureusement la seule solution pour se faire entendre cela va être un blocage total des hôpitaux en n'assurant plus que les soins d'urgence dans tous les secteurs : déprogrammation des interventions non vitales et fermeture des lits au fur et à mesure de la sortie des personnes hospitalisées, non cotation des actes, non transmission des feuilles de soin.
    Il est à souhaiter qu'un jour ces personnages haut placé, et/ou leurs proches qui n'ont que mépris pour les fonctionnaires hospitaliers (para-médicaux en tête, praticiens hospitaliers), aient besoin de se faire soigner en urgence et se retrouvent refoulés ou mis sur un brancard pendant des heures en attendant une prise en charge. Cela fait 10 ans que nous perdons en pouvoir d'achat et vu notre place sur l'échelle des rémunérations des personnels soignants en Europe ou dans l'OCDE il est urgent que nos gouvernants se bougent. Je crois qu'ils n'ont pas encore bien compris toute l'ampleur du malaise. Il y a déjà eu des morts à cause des manques de moyens dans les hôpitaux, mais tant que cela ne les touche pas personnellement...

    Emmanuel Amerger

  • Administration pléthorique

    Le 22 novembre 2019

    Un des principaux maux dont souffre notre hôpital est sa sur-administration qui réussit le tour de force d'être à la fois pléthorique, coûteuse et inefficace. J'ajoute nuisible car comme il faut bien que ces gratte-papiers justifient leur salaire ils multiplient paperasses inutiles, enquêtes oiseuses et réunionite, mal français bien connu.

    Dans le temps lointain où j'avais été nommé chef de service j'avais supprimé toutes les réunions (sauf une le lundi par unité de soins) et tout avait très bien marché. Il faut dire aussi que l'hôpital où je travaillais étais une exception : il était bien géré ! Dans le plan de Mme Buzyn, il paiera sans doute pour les autres, le CHU de Strasbourg par exemple.

    Dr Jean Pierre Huber

  • Si nous arrêtions de pleurer ?

    Le 24 novembre 2019

    Ne serait-il pas possible de sortir de temps en temps de la vision du "verre à moitié vide". Des milliers de patients sont soignés tous les jours en France avec d'excellents résultats et la plupart des pays envient notre système de santé. A vouloir toujours souligner ce qui va mal on finit par effectivement donner l'impression que tout va mal à l'opinion publique et aux soignants eux-mêmes. D'où une insatisfaction grandissante...

    D'autres part il existe dans toutes les villes d'excellentes cliniques privées qui ne demandent pas mieux que de participer aux Services d'urgence et cela leur est refusé. Si nous arrêtions de pleurer ?

    Dr Anne-Yvonne Pasquier

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