Objectif zéro chlordécone dans l’alimentation

Paris, le mardi 15 octobre 2019 – Au premier jour des auditions prévues cette semaine par la commission d'enquête sur l'impact du chlordécone, les ministres Agnès Buzyn (Santé) et Frédérique Vidal (Enseignement supérieur et Recherche) ont été invitées à s’exprimer.

Le chlordécone, pesticide utilisé pour lutter contre un charançon du bananier, a été interdit aux États-Unis dès 1975. Le produit, considéré comme un perturbateur endocrinien, est suspecté entre autres de favoriser le risque de cancer de la prostate (il a été classé cancérogène possible par l’Organisation mondiale de la Santé). Pourtant, la France ne l’a retiré du marché qu’en 1990, interdiction effective seulement en 1993 aux Antilles en vertu d’une dérogation gouvernementale. Dans ces régions particulièrement concernées en raison de l’importance de la culture bananière, les prélèvements sanguins de 95 % des Guadeloupéens et 92 % des Martiniquais révèlent la présence de chlordécone (selon Santé publique France) ; et chez 5 % des sujets une imprégnation dix fois plus élevée que l’imprégnation moyenne est constatée. Et si les taux connaissent une diminution (sauf chez les sujets les plus exposés), l’exposition pourrait longtemps perdurer : la pollution semble en effet devoir persister pendant de très longues décennies. De fait, la présence de chlordécone est retrouvée dans l’eau, certains légumes, viandes et poissons, entraînant des interdictions de cultiver ou de pêcher différents produits.

Antillais, vous n’êtes pas seuls

Sans faux semblant, Agnès Buzyn a insisté sur la nécessité de reconnaître l’implication de l’État et a tenu à adresser un message à la population antillaise : « vous n'êtes pas seuls, vous ne vous battez pas seuls » (…) « l'ensemble de l'État » est mobilisé « comme jamais » contre ce « fléau ». Des déclarations notamment destinées à apaiser les accusations de certaines associations dénonçant un abandon des pouvoirs publics, symbolisés par le fait que les analyses destinées à mesurer les taux d’imprégnation demeureraient le plus souvent à la charge des patients.

De fait, le ministre de la Santé a également reconnu qu'il n'y avait pas eu « assez de communication avec la population » au fil des trois plans chlordécones alors qu’un quatrième est en préparation qu’elle promet de co-construire avec les Antillais.

Ce plan insistera sur l'objectif "zéro chlordécone" dans l'alimentation en particulier en donnant plus de visibilité aux contrôles effectués par les autorités sanitaires et les organisations professionnelles.

Dores et déjà pour limiter le risque, Agnès Buzyn a recommandé « d’éviter les légumes racines, de faire tester son jardin, et d’acheter des légumes et fruits contrôlés » alors qu’existent aux Antilles de nombreuses boutiques non homologuées au bord des routes.

Parallèlement, interrogées sur la question de la recherche, Agnès Buzyn et son homologue de l’enseignement supérieur et de la recherche, Frédérique Vidal ont confirmé le financement d’un programme à l’Institut National du Cancer (INCA). Elles ont en outre admis qu’il restait beaucoup à faire concernant la connaissance de la toxicité du chlordécone afin notamment de déterminer le « seuil de toxicité avérée ». Elles ont également promis « une vraie cartographie des sols contaminés ».

Reste qu’en observant les réactions face aux incendies de Lubrizol ou de Notre-Dame, beaucoup de Martiniquais et de Guadeloupéens, notamment dans la presse et au Parlement pointent le « deux poids, deux mesures » dont ils s’estiment victimes…

Les audiences de ministres se poursuivront mardi et jeudi par celles d'Annick Girardin, ministre des Outre-mer et de Didier Guillaume, ministre de l'Agriculture.

X.B.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (6)

  • Allons-nous continuer à répéter inlassablement les mêmes erreurs?

    Le 16 octobre 2019

    C'est bien facile de jouer l'indignation 30 ans plus tard, lorsque les responsables sont morts de vieillesse. Les circonstances qui ont permis ce désastre sont plus que jamais d'actualité: déni du risque, aveuglement des autorités, corruption des experts, intimidation des lanceurs d'alerte, exigence d'un niveau de preuves très élevé...

    Ce n'est que lorsque le désastre est bien là, qu'il est impossible de le nier ou de le camoufler que l'on découvre que, oui, cette technologie, ce produit, ce médicament est dangereux.
    Ondes de téléphonie mobile + addiction aux écrans, pesticides, perturbateur endocriniens: allons-nous continuer à répéter inlassablement les mêmes erreurs?

    Dr Jean-Jacques Perret

  • Dérogations, voilà l'ennemi

    Le 17 octobre 2019

    La France est depuis longtemps la championne mondiale des dérogations, parmi les pays qui n'en sont pas réduits au laxisme, ou à l'imitation des "pays-pilotes", bien entendu. Pour les produits phytosanitaires, c'est en réalité le seul ministère de l'agriculture et de l'alimentation qui les accorde, en prenant comme principal critère l'aspect économique et par là la demande des agriculteurs habitués à un certain train-train de leurs cultures. Ce n'est pas sans les conséquences que vous pouvez constater sans arrêt.

    Faute d'interdire définitivement les dérogations appliquées à des substances normalement interdites, il faudrait absolument une cosignature de la santé, de l'environnement, du commerce et de l'industrie, dont les dossiers sont aussi fournis sur ce thème que ceux de l'agriculture. Et que cela engage leur coresponsabilité de manière effective.

    JP Moreau, Biologiste en retraite

  • Une caractéristique de la banane est qu'on ne mange pas sa peau

    Le 17 octobre 2019

    Si faire du bio coûte un peu plus cher en Europe, c'est autour de 5 fois plus sous les tropiques. Mais comme le producteur est habitué, le pauvre, à être payé bien en dessous des cours, on peut jouer sur les marges (et en diminuant la vitesse des navires) pour que ce soit acceptable par le consommateur.

    http://stop-intox.fr/le-bio-importe-pas-si-bio/

    On y lisait en 2017 : Selon un communiqué de presse de UGPBAN (Union des groupements de producteurs de bananes)
    << Le consommateur européen ne peut être que trompé. Rien ne lui permet de savoir que le label bio des pays tiers est moins exigeant, et qu’en particulier les bananes bio de République dominicaine qui couvrent 80% du marché peuvent être traitées par 14 substances interdites en agriculture conventionnelle dans l’Union européenne ».

    Pour faire de la banane bio qui a commencé dans nos Antilles, il ne faut pas s'installer sur une ancienne bananeraie, évidemment, ou alors remplacer la terre, car comme tous les organochlorés, la chlordécone a la vie dure !

    Deux ans plus tard voilà du 100% bio, le terme « Plus que bio » ayant été refusé alors que « Plus que blanc » avait été accepté pour une lessive...Voyez pour cela
    : https://la1ere.francetvinfo.fr/apres-chlordecone-banane-antilles-defend-ses-pratiques-vertueuses-684362.htm

    "En Equateur, les producteurs peuvent utiliser 95 produits chimiques, dont une trentaine interdits en Europe. En France on peut utiliser une dizaine de produits", précise Philippe Ruelle, directeur général de l'UGPBAN.

    Mais face à certaines maladies comme la cercosporiose noire, présente dans les pays humides, "on a toujours des traitements fongicides", limités à une dizaine par an, "contre 50 à 70 par an en Amérique centrale", dit-il.

    Je rassure ceux qui ont eu le courage de lire jusqu'au bout: Une caractéristique de la banane est qu'on ne mange pas la peau...que les produits de traitement ne traversent pratiquement pas!

    C'est heureux pour les singes et les hommes...Sans cela, nous ne serions peut-être pas sept milliards!

    Jean-Pierre Moreau, biologiste-agronome

Voir toutes les réactions (6)

Réagir à cet article