Olivier Véran et les hospitaliers en colère : des débuts entre promesses et regrets

Paris, le lundi 24 février 2020 – Outre un rappel de la crise sanitaire mondiale autour du Covid-19 qui aujourd’hui concentre l’attention, les premiers mots du nouveau ministre de la Santé, Olivier Véran ont été pour les hospitaliers, dont certains sont en grève depuis près d’un an. Celui qui a raccroché sa blouse de praticien hospitalier très récemment ne s’est pas contenté de paroles compatissantes mais a annoncé le lancement d’une enquête destinée à évaluer les attentes des personnels. Si certains ont ironisé sur ces énièmes travaux d’approche, cette annonce voulait cependant témoigner de la détermination d’Olivier Véran à être immédiatement à l’écoute des aides-soignants, infirmières et médecins hospitaliers qui manifestent leurs inquiétudes depuis des mois.

Plutôt constructif

Prolongeant cette initiative, le ministre a reçu jeudi une délégation de chefs de service démissionnaires, quand Agnès Buzyn n’avait pas programmé de rencontre avant la mi-mars. Alors que les praticiens mobilisés au sein du Collectif Inter Hôpitaux (CIH) ont souvent déploré que le prédécesseur d’Olivier Véran se contente d’énumérer les mesures déjà annoncées, les quatre médecins ont été satisfaits d’entendre que le nouveau venu « a reconnu que notre mouvement avait permis de mettre sur la table les problèmes de gouvernance et d’attractivité de l’hôpital public ». Ils ont également salué une « discussion plutôt constructive » et constatent que les mesures dessinées par le ministre « ouvrent des portes sur le remplacement effectif des personnels absents, l’arrêt de la mutualisation des personnels, la gouvernance et le financement des hôpitaux ». Néanmoins, la délégation déplore que le « caractère d’urgence » ne soit probablement pas suffisamment pris en compte par le nouveau ministre.

Lutter contre la polyvalence forcée

Ce dernier a en effet préféré des constats généraux et de bons sens, signalant dans un communiqué publié à l’issue de la rencontre : « Les services de soins ont besoin d’équipes stables, de lits et de soignants en nombre suffisant pour fonctionner ; le débat sur la rémunération des carrières à l’hôpital (…) est légitime (…) ; il faut donner plus de place aux projets médico-soignants (…) ; la tarification à l’activité (T2A) comme mode de financement principal a suffisamment vécu ». Ces observations conduisent à plusieurs décisions rapides. Ainsi, notamment « Fin avril, des propositions seront faites afin que toute absence prévisible de professionnel paramédical de plus de 48 heures soit remplacée et que le principe de polyvalence subie par les soignants ne soit plus la règle » insiste le communiqué. Si le CIH  s’en félicite, il s’inquiète néanmoins de l’absence de moyens alloués à de telles promesses. 

Attractivité des salaires : reculer pour mieux reculer

Concernant la revalorisation des salaires, le ministre attend les résultats d’une étude comparative. Sur ce point, le CIH regrette ce nouvel atermoiement bien inutile, puisque la situation est déjà bien connue : « Par rapport au salaire moyen français, les infirmiers et infirmières hospitaliers ont une rémunération 10 % inférieure quand, dans les autres pays de l’OCDE » ils « ont un revenu de 10 % supérieur au revenu moyen de leur pays ». Aussi, le CHI voit dans ce retardement une possible « fin de non-recevoir ».
Redonner du sens à la notion d’équipe

A propos de la gouvernance à l’hôpital, là encore Olivier Véran a joué la carte des travaux préparatoires. Ainsi, a-t-il rappelé qu’une mission avait déjà été confiée au Professeur Claris sur le sujet. Si une telle "manœuvre" peut susciter quelques crispations, notamment parce que les rapports ont déjà été nombreux sur le sujet, la délégation de praticiens hospitaliers se félicite néanmoins d’avoir entendu Olivier Véran reconnaître « qu’il fallait redonner du sens à la notion de service et d’équipe. Il souhaite une codirection entre un directeur administratif et un directeur médical ». A ses yeux, « la loi HPST est allée trop loin ».

Un milliard oui, mais pas tout de suite

Concernant les aspects budgétaires et financiers, outre la constatation qu’avec la tarification actuelle « le modèle économique actuel de l’hôpital va dans le mur », Olivier Véran a présenté un calendrier concernant l’utilisation du milliard d’euros lié à la reprise de la dette. Première étape : à la fin du mois de mars, l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et l’Inspection générale des finances (IGF) remettront leur rapport sur le sujet. Puis, des discussions s’ouvriront sur le déploiement des crédits ; il s’agira notamment de déterminer « dans quelle mesure l’utilisation » de ces derniers « sera nationale ou décentralisée ». Enfin, en juin, chaque établissement « connaîtra le montant de sa reprise de dette ». Pour le CIH, un tel processus méconnaît une nouvelle fois le caractère d’urgence de la situation. Au cours de l’entretien, les praticiens ont interrogé le ministre afin de savoir « pourquoi pas une rallonge budgétaire sur l’ONDAM, plutôt qu’une reprise de la dette ? ». Réponse du ministre (selon le CIH) : « Ces budgets communiquent par tuyau ». Aujourd’hui, le collectif déplore qu’il faille attendre « huit mois pour dégager des financements pour les hôpitaux en voie d’implosion ».

Ainsi, si le ministre et les représentants des agents hospitaliers semblent partager la même analyse de la situation, le Collectif continue à regretter l’absence de réponses adaptées à l’urgence et indique qu’il réfléchit à « la suite à donner » à son mouvement, qu’il s’agisse des grèves et manifestations ou des démissions administratives (à ce jour 950 médecins chefs de structure hospitalière ont démissionné).

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Avis aux ministres qui se sont succédés

    Le 25 février 2020

    Le mépris depuis des mois, des primettes données à certains et rien pour l'ensemble...belle réponse et justice pour les soignants toujours aux premières lignes, épuisés. Ce manque de considération pour notre profession qui est assignée et ne peut faire valoir son droit de grève, cette fin de non recevoir pour la spécificité infirmière de bloc opératoire et mes collègues IDE...comment croyez vous que nous allons réagir avec la pandémie du coronavirus ? Allons nous mettre nos vie en danger pour 1600 euros par mois. Il faudra mouiller la blouse M Veran car les soignants ne suivront pas cette fois ci...

    Florence Bouquet (Infirmière)

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