Pas plus de cancers du sein chez les transgenres

Les personnes transgenres bénéficient souvent de traitements hormonaux. Ils sont prescrits pour atténuer un éventuel malaise psychologique ou pour induire des changements physiques, parfois associés à des interventions chirurgicales. Les femmes trans (sexe de naissance masculin et identité féminine) reçoivent fréquemment des anti-androgènes et des œstrogènes. Les hommes trans (sexe de naissance féminin et identité masculine) reçoivent de la testostérone.

Dans quelle mesure ces stéroïdes exogènes influencent-ils le risque de cancer du sein ? Les études prospectives ont attiré l’attention sur le risque de cancer du sein associé au traitement hormonal substitutif chez les femmes cisgenres* ménopausées, ce qui pourrait suggérer une augmentation du risque chez les femmes trans comparées aux hommes cisgenres. Les données précises manquent jusqu’à présent.

C’est pourquoi une équipe hollandaise a réalisé une étude rétrospective de cohorte. En Hollande, 1 personne sur 2 800 de sexe de naissance masculin et 1 sur 5 200 de sexe de naissance féminin se définissent eux-mêmes comme trangenres et le nombre de consultations pour conseils psychologiques, traitements hormonaux et/ou chirurgicaux a augmenté significativement ces 10 dernières années. Au total 2 260 femmes trans et 1 229 hommes trans ont été inclus dans l’analyse. Tous avaient reçu des traitements hormonaux. Le suivi cumulé était de 33 991 années pour les femmes et 14 883 pour les hommes.

Pour les premières, 15 cas de cancer du sein invasif ont été identifiés (durée de traitement médian de 18 ans), soit un risque 45 fois supérieur à celui des hommes cisgenres, mais toutefois inférieur à celui des femmes cisgenres. Pour les hommes trans, 4 cas de cancer invasifs ont été identifiés (durée de traitement hormonal médian de 15 ans), soit un risque inférieur de 80 %  à celui des femmes cisgenres.

Les recommandations de dépistage du cancer du sein sont adaptées pour les trans sous hormonothérapie

Ces résultats confirment que les traitements hormonaux modifient le risque de cancer du sein chez les transgenres, par rapport au risque de leur sexe assigné à la naissance. Dans cette étude, l’âge médian au diagnostic est de 52 ans pour les femmes trans et 46 ans pour les hommes trans, soit pour les deux un âge inférieur à l’âge moyen en Hollande qui est de 61 ans pour le diagnostic de cancer du sein. La majorité des tumeurs étaient  canalaires et positives aux récepteurs œstrogène et progestérone et 8,3 % étaient HER2 positives.

Les auteurs estiment que ces données confirment que les recommandations de dépistage du cancer du sein pour les personnes cisgenres sont adaptées aux personnes trans sous hormonothérapie.

* cisgenre : le genre identitaire correspond au sexe assigné à la naissance.
 

Dr Roseline Péluchon

Références
De Bock C.J.M. et coll. : Breast cancer risk in transgender people receiving hormone treatment: nationwide cohort study in the Netherlands. BMJ 2019;365:l1652

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Vos réactions (1)

  • Une question pratique

    Le 24 mai 2019

    Merci pour cet article, et pour cette étude.
    Cela implique t-il que l’on pourra prescrire mammographies et échographies pour ces patients (es) avec une prise en charge CPAM et un dépistage Arcades ?
    Merci de me répondre

    Dr Erbibou

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