Peu à peu l’anxiété s’efface au cours de la « surveillance active » des cancers de la prostate

Le dépistage du cancer de la prostate (KP) par le dosage du PSA (Antigène Spécifique de la Prostate) a conduit à un sur-diagnostic de KP à faible risque. Chez de tels patients, la stratégie de la surveillance active (SA) sans traitement est souvent décidée, permettant d’éviter les effets indésirables de gestes plus agressifs. Mais, cette abstention est source d’anxiété et certains réclament un traitement actif alors même que leur pronostic oncologique reste bon. Les auteurs new-yorkais ont mis au point un questionnaire spécifiquement centré sur les troubles anxieux liés à un cancer non traité.

Leur étude prospective a porté sur 413 hommes pour lesquels une SA a été entreprise entre 2000 et 2016, en raison d’un KP jugé à risque bas ou intermédiaire, et chez lesquels on a renouvelé les biopsies de prostate dans les 6 mois après le diagnostic initial, puis à un an et tous les 3 ans, le suivi consistant ensuite en touchers rectaux et dosages de PSA répétés, voire imagerie de résonance magnétique (IRM) . Ces 413 hommes ont rempli, à l’occasion de leurs consultations, un questionnaire de qualité de vie (qdv). Celui-ci s’enquérait de 3 questions essentielles : le KP obérait-il leurs projets d’avenir ? Était-il l’objet d’inquiétude ? Cela retentissait-il sur leur humeur ? Chaque réponse était scorée de 1 à 5.

Un pic à 1 an

Dans la population étudiée (âge médian 61 ans), 29 % des hommes avaient des antécédents familiaux de KP, 81 % étaient mariés, leur taux médian initial de PSA était de 4,4 ng/ml, et 95 % avaient un score de Gleason (SG) initial à 6 (un seul, avec un SG à 8 avait demandé à bénéficier d’une SA après avoir refusé la prostatectomie radicale).

Au cours des premières années, 40 patients ont dû interrompre la SA pour recevoir un traitement plus agressif (chirurgie, radio ou curiethérapie).

En ce qui concerne la qdv, les réponses utilisables montrent un pic d’anxiété à 1 an (29 %), au-delà duquel celle-ci décroît significativement (14 % à 7 ans). Cette décroissance ne s’explique pas par le choix spontané des malades de recourir à un autre traitement (3 sujets seulement).

L’anxiété n’est pas corrélée au statut marital, ni aux antécédents familiaux ; mais elle est minorée quand les autres paramètres de la santé sont bons. Si l’anxiété diminue chez tous, son score entre 2 et 7 ans passe de 39 à 25 chez les patients en mauvais état, vs de 17 à 10 chez ceux dont la santé est excellente par ailleurs.

Il importe de prévenir les malades que leur anxiété a vocation à s’atténuer au fil du temps.

Dr Jean-Fred Warlin

Références
Marzouk K et coll. : Long-term cancer specific anxiety in men undergoing active surveillance of prostate cancer: findings from a large prospective cohort. J Urol 2018; 200:1250-1255.

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Vos réactions (1)

  • L’anxiété peut s’effacer en cas de simple surveillance

    Le 11 février 2019

    Oui, l’anxiété s’efface devant le choix de la simple surveillance du cancer de la prostate

    La cancérophobie peut se manifester, quelquefois dans le cancer de la prostate, alors même que, neuf fois sur dix, le cancer est au repos et le restera. Comment parvenir à rassurer ?

    A l’avenir, les cultures de cellules tumorales trouvées par filtration du sperme (où elles sont trouvées en abondance) vont nous donner des certitudes. Au présent, cette anxiété peut s’atténuer à l’aide de l’un des deux moyens suivants.

    Le premier moyen consiste à trouver, dans les ordinateurs des LAM, les antériorités : les examens de PSA déjà effectuées dans le passé. Il est devenu rare qu’une personne ayant un PSA à 8-12 ng/ml en 2018 n’ait pas fait l’objet de dosages de plusieurs PSA. Cet examen existe depuis 1986. Ces résultats sont, certes, oubliés sur le moment par le patient. Mais les mémoires informatiques existent.

    Pourquoi ? C’est qu’autrefois les LAM dosant un PSA inférieur à 5 ng/ml rassuraient les patients. Pourquoi garder de tels résultats ? Tandis que, de nos jours, un PSA à 8 ng/ml est souligné en rouge. Or sur un tableur EXCEL, portant par exemple sur dix ans, il est banal de trouver une évolution lente de quatre dosages alignés sur une droite à petite pente, bref un cancer quiescent. Mais l’inverse existe aussi.

    Si l’on dispose de quatre examens alignés sur une telle pente, il est assez vraisemblable que celle-ci va se maintenir dans les années qui suivent. D’ailleurs, il arrive qu’une fois la courbe mise en place, arrivent, secondairement, des examens perdus retrouvés dans un tiroir. Surprise: les derniers dosages perdus retrouvés se posent sur la courbe déjà établie à condition que la prostate n’ait pas été malmenée.

    Seconde possibilité : si on ne retrouve pas des antériorités rassurantes, un dosage prescrit tous les trimestres durant un an, puis tous les semestres sur deux ans, un dosage annuel par la suite peut rassurer la plupart des inquiets. Mais aussi dépister les rares cancers évolutifs. Il est encore d’agir s’il le faut.

    Enfin des patients ayant choisi cette stratégie parviennent sur des réseaux sociaux à rassurer les autres.

    Dr Jean Doremieux, urologue qui a laissé ses patients adopter la surveillance

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