Peut-on faire transférer son sperme en Terre Sainte ?

Paris le 5 décembre 2019 - La Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) est confrontée à la demande d’une femme qui souhaite faire transférer le sperme de son défunt fils en Israël afin d’y pratiquer une PMA et une GPA post-mortem.

Un "spermatozoïde juif" a-t-il le droit de faire son Alya ?* C’est la question à laquelle devra répondre la CEDH ce jeudi. Si chaque année de nombreux Juifs français demandent, qu’après leur décès, leur dépouille soit amenée en Israël afin d’être enterrée en Terre Promise, les juges de Strasbourg vont être conduits à trancher une demande un peu plus particulière. Une femme demande en effet à pouvoir récupérer le sperme de son fils décédé afin de l’amener en Israël où la PMA post-mortem et la GPA sont autorisés, contrairement à ce qu’il en est en France. Pour ajouter du relief à cette histoire déjà quelque peu rocambolesque, apprenez que la demanderesse n’est autre que Dominique Lanzmann, veuve de Claude, réalisateur du célèbre documentaire Shoah.

Refus du Conseil d’État

L’histoire commence en 2017, lorsque Claude et Dominique Lanzmann perdent leur fils Félix, âgé de 23 ans. Terrassé par un cancer, le jeune homme avait, au début de son traitement, fait congeler son sperme à l’hôpital Cochin à Paris. Une démarche de « préservation de la fertilité » courante chez les personnes jeunes qui subissent une chimiothérapie. Après le décès de son fils, Madame Lanzmann a donc demandé à récupérer ses gamètes pour les emmener en Israël afin d’y pratiquer une GPA.

Face au refus de l’hôpital Cochin, elle a saisi le juge administratif. Mais en décembre 2018, le Conseil d’État a refusé de faire droit à sa demande. Motif : d’une part des gamètes ne peuvent pas être transférés dans un pays qui pratique la PMA post-mortem, interdite en France ; d’autre part, le défunt n’avait pas de projet familial précis, n’ayant conservé son sperme que dans l’éventualité où une fois guéri, il connaîtrait des problèmes de stérilité.

Droit d’être grand-mère

La veuve Lanzmann saisit donc maintenant la CEDH, estimant que le refus des autorités françaises de lui donner le sperme de son fils est contraire à son droit d’être grand-mère, qui serait protégé par l’article 8 de la Convention garantissant le droit à une vie familiale. Le temps presse pour elle, puisqu’Israël n’autorise la PMA post-mortem que dans les cinq ans suivant la mort du géniteur. Au-delà du cas particulier de la situation, la décision de la Cour pourrait revêtir une certaine importance quant à la légalisation de la PMA post-mortem.
Une tradition biblique

En France, le projet de loi de bioéthique actuellement débattu au Parlement, qui vise à étendre l’accès à la PMA à toutes les femmes, ne prévoit pas d’autoriser la PMA post-mortem. Un amendement en ce sens a d’ailleurs été rejeté de peu à l’Assemblée Nationale. A l’inverse, Israël autorise la PMA post-mortem et la GPA depuis plusieurs années, voire depuis plusieurs milliers d’années si l’on en croit la Bible (demandez à Abraham et Sarah). C’est également le seul pays à pratiquer l’Immaculée Conception (PMA sans sperme ?), même s’il faut reconnaitre que les cas sont rares.

*Ce terme désigne l'immigration en Israël par un Juif.

Quentin Haroche

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Vos réactions (7)

  • Immaculée conception

    Le 05 décembre 2019

    L’Immaculée conception ?
    Pourriez-vous expliquer ?

  • Immaculée conception ?

    Le 05 décembre 2019

    Cela signifie-t-il bien que cette conception fut immaculée ou que Marie était immaculée ie. exempte du péché originel (bulle Ineffabilis Deus) ?
    Mais comment alors nommer cette conception sans spermatozoïdes ? Incarnation ?
    A que c'est difficile !

    Dr Yves Gille

  • Belle mise au point

    Le 05 décembre 2019

    Belle mise au point sur ce dogme de l’Immaculée conception.
    Quant à l’incarnation, faut-il en chercher le mystère derrière le pilier central de l’Annonciation de Fra Angelico ?
    À chacun sa croyance. Et merci à JIM pour ses articles de qualité.

    Dr Gérard Solignac

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