Polémique sur les « tire-au-flanc » : le Pr Peyromaure s’explique (Interview)

Paris, le mardi 2 août 2022 - Début juillet, à l’orée des vacances, le Pr Michaël Peyromaure (chef du service d’urologie de l’hôpital Cochin) a suscité la polémique dans le Figaro en pointant le manque d’implication de certains jeunes soignants et médecins dans les hôpitaux. La recension de cette interview dans nos colonnes a provoqué une avalanche de commentaires, pour la plupart négatifs, à l’endroit du Pr Peyromaure. Il a tenu à s’expliquer et à détailler ses positions.

JIM : En quoi vos propos ont-ils été déformés ?

Pr Michaël Peyromaure : Mes propos ont été déformés par la direction de l’hôpital et par certains journalistes (mais pas ceux du JIM !) qui m’ont accusé d’attribuer l’effondrement de l’hôpital au manque d’investissements des soignants. Or je suis parfaitement conscient et je le dénonce publiquement depuis des années, que la situation de l’hôpital est liée à d’autres facteurs bien plus anciens : faiblesse des rémunérations, 35 heures, réduction des effectifs soignants, suradministration, gouvernance déconnectée des besoins du terrain, rigidité des statuts... La proportion croissante de gens qui placent leur bien-être personnel au-dessus des contraintes du métier est un phénomène plus récent, qui touche beaucoup de secteurs et n’épargne pas l’hôpital. Cette réalité est indéniable, elle aggrave les difficultés préexistantes de notre système de santé, à l’hôpital mais aussi en ville.

« Beaucoup m’ont remercié de mettre les pieds dans le plat »

En outre, certains y ont vu un mépris de classe en laissant penser que j’attaquais uniquement les infirmières et les aides-soignantes…mais tout le monde en a pris pour son grade, y compris les médecins !

JIM : Est-ce que des « tensions » sont apparues dans votre service à la suite de cette interview au Figaro ?

Pr Michaël Peyromaure : Pas vraiment. Contrairement à ce que certains imaginent, je suis très proche des infirmières et aides-soignantes du service. Je leur ai d’ailleurs consacré un chapitre plus qu’élogieux dans mon dernier livre.

Tous les gens qui travaillent à l’hôpital constatent que les tire-au-flanc nuisent à la cohésion des équipes. En les dénonçant, je mets en valeur ceux qui font vraiment tourner l’hôpital. Ces derniers sont les dindons de la farce, car en plus d’exercer un métier ingrat et sous-valorisé, ils sont sans cesse obligés de pallier les carences des autres. Beaucoup m’ont donc remercié de mettre les pieds dans le plat.

Quand nous avions suffisamment de personnels, qu’un agent soit tout le temps en arrêt de travail n’était pas vraiment gênant. Aujourd’hui, non seulement nous sommes à flux tendu, mais en plus l’absentéisme s’est accentué. Ceux qui se font mettre en arrêt de travail à la moindre occasion posent donc doublement problème. Le grand public doit cesser de croire, comme cela a été véhiculé durant la pandémie, que tous les soignants sont épuisés à la tâche. Il est vrai que beaucoup d’entre eux sont rappelés sur leurs repos, font beaucoup d’heures supplémentaires, et doivent parfois changer leur planning à la dernière minute. Cela n’est pas normal. Mais il est aussi vrai que d’autres profitent de leur statut et des avantages de la fonction publique. Cela n’est pas normal non plus. Si les gens voyaient ce qu’il se passe réellement dans les services, ils constateraient qu’il existe une grande disparité en termes d’implication et de rigueur professionnelle des soignants. De la même manière qu’il existe des services débordés et d’autres qui tournent au ralenti.

Après la parution de l’interview, beaucoup d’agents hospitaliers, en particulier de mon équipe, m’ont remercié de rapporter cette vérité. Il n’y a qu’au bloc opératoire, un plateau commun à plusieurs services, que certains ont grincé des dents. Peut-être se sont-ils sentis visés.

JIM : Comment réagissez-vous au communiqué des doyens qui écrivent que votre interview au Figaro est « malhabile, injuste et contreproductive »?

Pr Michaël Peyromaure : Les doyens ont raison de trouver l’interview « malhabile ». La forme était trop franche, voire brutale. En revanche, je n’ai pas compris en quoi elle pouvait être « contreproductive ». Ce n’est pas une prise de position personnelle qui changera la donne : ni les personnels investis, ni les autres ne vont modifier leur comportement en réaction à un article de presse.

« Quand on est jeune, on supporte les contraintes, la pression, le manque de sommeil »

Croire qu’une telle interview pourrait avoir un impact sur les mentalités relève de l’illusion. Enfin, je ne la trouve pas « injuste ». Au contraire, elle rend justice à tous ceux qui ne comptent pas leurs efforts et que je qualifie de « vrais héros » à la fin de l’entretien. J’ajoute que pour redresser l’hôpital, il va falloir réparer tous ses travers, y compris ceux qui dérangent, au lieu de les mettre sous le tapis.

JIM : Pourquoi jugez-vous la réglementation sur les 48 heures néfaste à la formation des chirurgiens ? Les « semaines de 100 h » n’étaient-elles pas néfastes pour les patients ?

Pr Michaël Peyromaure : Vous avez raison de distinguer l’internat de médecine et celui de chirurgie. En médecine, il est possible que 48 heures par semaine suffisent pour une formation correcte. En chirurgie c’est impossible, car l’aspect manuel est déterminant. Il s’agit d’une formation à la fois intellectuelle et technique. Or la volonté de réduire le temps de travail émane des internes de médecine. La majorité des internes de chirurgie, eux, approuvent mes positions.

Il faut en effet bien faire la distinction entre les internes de médecine (majoritaires dans les syndicats) et les internes de chirurgie. Ces derniers ne souhaitent pas réduire leur temps de formation à 48 heures par semaine car ils considèrent cela comme une régression. Ils sont souvent favorables au repos compensateur après les gardes de nuit, mais ont compris qu’une formation solide en chirurgie requérait beaucoup de temps.

D’ailleurs, si l’on se place du point de vue des patients, il vaut mieux être opéré par un assistant qui aura pratiqué la chirurgie 100 heures par semaine pendant 5 ans que 48 heures, c’est une évidence. Ce d’autant que les internes sont jeunes. A cet âge, on supporte les contraintes, la pression et le manque de sommeil si c’est le prix à payer pour bien apprendre son métier.

« La médecine est en train de devenir un métier comme un autre »

Si des futurs chirurgiens se mettent à revendiquer une réduction du temps de travail et une formation « normale », on court à la catastrophe !

Pour finir, laissez-moi vous raconter une anecdote : à cause de l’interview, certains de mes internes ont été contactés par d’autres internes syndiqués convaincus que j’étais un tyran. Mes internes ont pris ma défense en expliquant qu’ils ne subissaient aucun mauvais traitement.

JIM : Pensez-vous que la transformation de l’internat volontaire en internat pour tous les futurs médecins avec les ECN a joué un rôle dans les changements de mentalité que vous décrivez ?

Pr Michaël Peyromaure : Je crains que vos lecteurs trouvent cette question un peu surannée…Mais pour y répondre, je ne crois pas que le problème soit là.

L’internat reste une formation longue, technique, exigeante. Je pense que le vrai problème est que la médecine est en train de devenir un métier comme un autre avec une baisse de vocation, en partie due à la rigidité des réglementations. Ce phénomène touche la médecine comme les autres métiers. Je peux pardonner et comprendre une baisse d’engouement pour beaucoup de métiers…mais pas pour la médecine !

« La priorité donnée à la qualité de vie et aux loisirs n’est pas compatible avec les exigences de notre profession »

On en arrive à une fonctionnarisation du métier qui me parait très dommageable, mais je ne crois pas que les modalités du concours de l’internat aient une responsabilité dans ce phénomène. Pour tout dire, je pense que les médecins de demain risquent de ne pas être à la hauteur des enjeux de la santé publique. Ça n’augure pas des jours heureux…

JIM : Ressentez-vous à l’hôpital une « querelle des anciens et des modernes » ? L’importance donnée à « l’épanouissement personnel » dans les jeunes générations vous parait-elle incompatible avec la profession médicale ?

Pr Michaël Peyromaure : Je ne parlerais pas de querelle mais plutôt d’incompréhension entre les anciens et les plus jeunes. Oui, les jeunes veulent davantage de temps libre. Ils ne souhaitent pas sacrifier leur vie privée en travaillant « trop ». C’est un vrai problème pour le pays. On parle beaucoup des déserts médicaux. L’expression consacrée est qu’il y a un « manque de médecins ». S’il est vrai que la démographie médicale n’a pas suivi celle de la population, il faut aussi reconnaitre que pour remplacer un médecin « à l’ancienne », il en faut aujourd’hui deux voire trois. Le problème n’est donc pas uniquement quantitatif, il est aussi qualitatif. Qu’on le veuille ou non, la féminisation du corps médical a accentué ce phénomène. Ce n’est pas un reproche, c’est un constat. Et pour répondre jusqu’au bout à votre question, je crois en effet que la priorité donnée à la qualité de vie et aux loisirs n’est pas compatible avec les exigences de notre profession.

JIM : En pratique, pensez-vous qu’il faille réduire le nombre de semaines de vacances (au-delà de 5) de certains médecins hospitaliers (pour exercice hospitalier exclusif) ?

Pr Michaël Peyromaure : Une telle mesure me semblerait judicieuse, à la condition que les rémunérations soient revalorisées. Mais je n’ai guère d’illusion sur le sujet.

JIM : Vous aviez dénoncé par le passé le carcan administratif à l’hôpital. Considérez-vous qu’il joue un rôle dans l’évolution des mentalités des jeunes praticiens et soignants ?

Pr Michaël Peyromaure : Oui, en partie. L’hôpital et le système de santé en général sont gérés par des strates administratives assez distantes du terrain. Il en résulte une forme d’inertie, voire de sclérose qui ne pousse pas les acteurs du système à la performance. Mais ce n’est pas tout. Le mal est plus profond, sociétal. Il se trouve hélas que beaucoup de gens aujourd’hui n’ont plus le sens de l’effort. C’est la quête de confort qui a pris le dessus.

« Je risquerais de provoquer encore une levée de boucliers… »

JIM : Alors qu’arriverait une grande concertation sur le système de santé, quelles propositions formuleriez-vous ? Notamment concernant les urgences ? Quel regard portez-vous sur la mise en place d’un « filtrage » systématique des urgences par régulation « médicale » ?

Pr Michaël Peyromaure : Répondre à cette question prendrait des heures. Pour moi, presque tout le système est à revoir, les urgences n’étant que la partie émergée de l’iceberg. Parmi les priorités : réduire la technostructure, rééquilibrer les pouvoirs entre administration et médecins à l’hôpital, donner une autonomie de gestion aux services, revenir sur les 35 heures, assouplir les grilles salariales en adaptant les rémunérations en fonction des régions et du mérite, donner à tous les libéraux la possibilité d’avoir des honoraires libres, lutter contre la fraude à la sécurité sociale... Sur la question spécifique des urgences, il suffit d’y passer pour comprendre qu’une grande partie des patients n’a rien à y faire. Je serais donc partisan d’un filtrage. J’aimerais rajouter qu’avec 11,3 % du PIB, les dépenses allouées à la santé en France sont généreuses. Il ne s’agit donc pas de rajouter des moyens, mais de rendre le système plus juste et plus efficace.

La vraie réforme serait de créer trois types d’établissements : ceux de proximité (majoritairement privés), des centres de taille moyenne pour les accouchements, la chirurgie et la médecine conventionnelle, et ceux de niveau 3 (équivalent du CHU) uniquement pour la médecine de pointe (transplantation, oncologie lourde, maladies rares...).

Je pense aussi qu’il est temps de graduer le remboursement des soins non pas en fonction des ressources financières des gens, mais en fonction du type soins (essentiels ou de confort). Mais c’est encore un autre sujet, et je risquerais de provoquer encore une levée de boucliers…

Propos recueillis par Frédéric Haroche le 1er août 2022

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Vos réactions (19)

  • Comme avant Pr Peyromaure ?

    Le 02 août 2022

    Je crois que, malheureusement pour lui, le Pr PEYROMAURE vit dans un autre monde et n’a pas vu l’évolution de la société médicale et générale. Je partage avec lui (j’ai 71 and dont 41 passées comme médecin dans un CHU de province) le constat que les nouvelles générations n’ont pas la même approche de notre métier … mais lui n’accepte pas ce constat. Et plutôt que fustiger ces « jeunes » il devrait d’avantage se demander comment l’hôpital doit évoluer pour suivre cette modification. Penser que c’était mieux avant et que rien ne doit changer dans la vie de l’hôpital, qu’il faut reprendre les pratiques en-avant est plus que négatif … c’est carrément suicidaire pour l’hôpital public. Et je pense que le privé lucratif l’a bien compris et évolue plus vite que le public.

    Dr Jean-Louis Ducassé

  • Je ferai le même parcours sans hésiter !

    Le 02 août 2022

    Je suis entièrement d'accord avec le Pr PEYROMAURE pour faire un distinguo entre les internes en médecine et en chirurgie . J'ai moi-même été interne en chirurgie à l'APHP au début des années
    70, puis chef de clinique, ai travaillé plutôt 100 heures par semaine que 50, mais le désir d'apprendre un métier magnifique, l'ambiance des équipes, l'apprentissage de ma spécialité de chirurgie vasculaire ont fait que je n'ai gardé que d'excellents souvenirs de cette période de ma vie professionnelle . Je soutiens la position de mon collègue PEYROMAURE, hélas trop rare !
    Ce serait à recommencer, je ferai le même parcours sans hésiter!

    Dr Denis Janneau

  • Pas de propos déformés, il persiste et signe

    Le 02 août 2022

    Le Pr. Peyromaure persiste dans son positionnement caricatural. Le pompon c'est sa proposition de laisser les hôpitaux de proximité au privé et valoriser encore plus l'activité libérale: depuis quand le privé joue t il le jeu de la prise en charge des urgences ? La nuit ? Les week ends ? Et il en rajoute sur le soit-disant dilettantisme des blocs opératoires…il ne doit pas y mettre souvent les pieds…que les internes en chirurgie doivent être mieux formés à l'acte chirurgical c'est sûrement vrai , mais rien n est mis en place pour évaluer la capacité opératoire, ni gestuelle des futurs chirurgiens. En effet cela aussi se dégrade.

    P. Rod (IADE depuis plus de 35 ans)

  • Cette société n'a que ce qu'elle mérite

    Le 02 août 2022

    Ben oui les papis faisaient de la médecine par idéalisme et étaient payés avec un lance pierre.Les politiques en ont profité , une médecine à bas prix, de qualité, pour un nombre d'heure bien au delà des 50h payé souvent en dessous du smic. Et maintenant ils s'étonnent: désert médicaux, mercenaires ...Alors les jeunes ont ils torts ? Cette société n'a que ce qu'elle mérite.

    Dr J-P Eyraud

  • Formation des chirurgiens

    Le 03 août 2022

    Tout a fait d'accord avec l'exigence et le temps nécessaires à la formation d'un chirurgien. Ceux qui ne le comprennent pas devraient s'orienter vers une autre spécialité avant d'être confronté dans leur vie future à des situations qu'ils n'auront pas vécues avec quelquefois des conséquences dramatiques. C'est le plus beau métier du monde mais il mérite un investissement de toute une vie. Bon courage aux plus jeunes.

    Dr JFO (Chirurgien retraité)

  • Décidement il récidive

    Le 03 août 2022

    Cher Dr Peyremaure,

    J'ai 75 ans et je suis retraitée de chirurgie maxillo-faciale partie à 68 ans après 43 ans de travail à l’Hôpital. J'ai dirigé un Service pendant 20 ans. Comme interne à notre époque les conditions étaient en effet très différentes, et nous avons travaillé au moins 60h par semaine et ne parlons pas des gardes.
    Mais c'était une autre époque, celle des entrepreneurs, il y avait de la place partout, les spécialités chirurgicales venaient d'être créées, le travail était enthousiasmant ...et il n'y avait ni Internet ni les voyages d'agrément à profusion...ni les gestionnaires qui ont détruit lentement l’hôpital à force d'une "rationalité" déplacée en médecine, avec le constat de la catastrophe actuelle.

    Les jeunes médecins n'y sont pour rien. Ils ont grandi à une tout autre époque et ne retrouvent pas souvent l’enthousiasme d'un service qui fonctionne bien. Leurs revendications des 48h n'est pas excessive quand on y pense, et c'est vrai que les chirurgiens n'en ont trop rien à faire...quand ils apprennent leur métier. Mais de grâce attérissez, on est en 2022 avec des hôpitaux exsangues et des problèmes partout, les jeunes fuient l’hôpital toutes professions confondues et la reconstruction...s'il y en une sera longue et difficile. Et concernera les jeunes médecins au premier chef ; il faut cesser de les dénigrer, c'est une impasse de plus que vous créez!

    Dr Astrid Wilk

  • Rien de neuf sous le soleil

    Le 03 août 2022

    Toujours le même point de vue passéiste (pour ne pas dire "boomer") et doloriste de la vision de la médecine : c'est un sacerdoce, il faut travailler 200h par semaine sinon on ne peut pas se former etc...

    A cette interview, mes réflexions sont :

    1. Si la durée de travail est limitée à 48h par semaine par des lois européennes, c'est bien parce qu'il a été démontré qu'une durée supérieure à 50h augmentait le risque de maladies cardiovasculaires, de suicide, d'accident... sans compter le risque pour les patients, ce qui est un peu le vrai but du métier. Personnellement, contrairement à ce qui est dit, je préfèrerais éviter de me faire opérer un vendredi après-midi par un chef de clinique qui a dormi 5h par nuit et bossé 16h par jour depuis le lundi. Si les internes sont vraiment si heureux de faire 100h par semaine, ils ont besoin d'être protégés d'eux-mêmes et de leur conduite à risque.
    De plus, ce professeur semble oublier que l'employeur de ces internes n'est pas lui, mais une structure publique. Il est plus facile de donner son avis sur les risques qu'on fait prendre aux autres quand sa propre responsabilité n'est pas directement engagée.

    2. Je doute que les 100h par semaine soient passées à de la formation, ou alors la qualité de cette formation, dont cette fois le Pr Peyromaure est responsable, laisse vraiment à désirer. Quand on voit qu'on peut former des gens autrement plus intelligents que les médecins comme des polytechniciens, en 48h, je suis perplexe quant à cette "obligation" de durée.

    3. Nier les changements de société, s'y opposer avec du "c'était mieux avant", montre un manque de pragmatisme/réalisme et un certain niveau de rigidité, à mon avis plus incompatible avec la pratique de la médecine que la nécessité de trouver un équilibre vie perso/vie privée. Un médecin heureux est un médecin plus efficace dans son travail. L'opposition aux changements sociétaux, c'est comme essayer de freiner un train avec les pieds : ça ne le fait pas ralentir, mais c'est plus douloureux...

    Dr Jérôme Adda

  • Persiste, surligne et signe

    Le 04 août 2022

    Le Pr M Peyromaure persiste, surligne et signe, presque sans Totem ni Tabou, sa tribune nostalgique quasi sacerdotale.
    Peu importe le mea-culpa affiché sur la Forme par le Pr P, seul le Fond débridé et fort libéral compte : la parole s'est manifestement libérée parfois à raison, parfois à tort. Parler fort voir cru pour être écouté voir entendu reste un privilège que le Pr P. utilise, avec d’autres. La crise sanitaire en cours nous le rappelle.
    La tribune de Mr M Hirsch*, si proche, en était une illustration sonnant comme un pot de départ, un baroud d’honneur ou une offre de service alors : Contractualisation, Privatisation et Productivisme en étaient les maitres mots avec un arrière-goût de déjà lu, vu et entendu:

    *M Hirsch 3/5/2022 « Hôpital : le temps de la refondation » : https://www.lesechos.fr/economie-france/social/hopital-le-temps-de-la-refondation-1404467

    L’intérêt porté au ressenti du Pr P est peut-être expliqué par ses propos « à contrecourant » mais aussi son statut. Un point n’est pas évoqué dans cette interview :
    Le parcours (médical, littéraire et médiatique) privilégié et éclair du Pr P n’est EN RIEN représentatif de celui de la grande majorité des médecins hospitaliers : Concours 1995, élève du Pr B Debré, chef de service d'urologie à Cochin avec la charge et les privilèges attenants.
    Il ne s’exprime que pour lui-même, le revendique à juste titre, sans illusion d’ailleurs.
    Les soutiens qu’il a pu recevoir dans son propre service sont à … contextualiser. Personne ne doute des hostilités et rancœurs passées comme à venir.
    Courageux certes et peu démagogique pour une fois, mais manquant de cette NUANCE qui crédibiliserait son propos parfois ultralibéral. Une Ode caricaturale à l’activité libérale hospitalière, au « beurre et argent du beurre » : Historique oblige ?

    La question de « l’impact de la transformation de l’internat volontaire en internat pour tous » n’est pas du tout surannée. Qui doute de la différence entre un concours facultatif sélectif choisi, préparé et un concours obligatoire classant ?

    Loin des ressentis et factuellement, le podium des choix aux ECN 2021 (comme en 2020) méritait d’être cité * :
    Chirurgie plastique, esthétique (et reconstructrice) - Ophtalmo - Dermato vénérologie.
    Urgences (38) - Médecine générale (39) sont en fin de classement, derrière la médecine légale ou nucléaire.
    Allez ainsi savoir le primum movens de l'attractivité en 2021 et 2020
    Limiter l’attractivité aux Euros, demi-journées ou urgences est une simplification réductrice
    * https://www.whatsupdoc-lemag.fr/classement/2020-2021/specialites

    Le distinguo fait entre interne de Médecine et ceux de Chirurgie (et obstétrique) est exact, avec ces courbes d’apprentissage gestuel et comportemental pour les seconds.
    Le compagnonnage et la valeur pédagogique de l'exemplarité ou ... non-exemplarité restent la même pour les deux.
    « Les gardes c’est l’oxygêne du couple » me disait mon premier CCA, à tort ou à raison.

    Difficile de nier dans les faits que les personnels de blocs opératoires sont susceptibles de mettre de l’huile comme du gravier dans les rouages : question de personne plus que de structure ou de génération, comme aux urgences, comme dans les administrations, comme partout.

    La stratification entre centres de proximité et les autres existe depuis longtemps. La privatisation de la proximité serait une nouvelle découpe dans le service public.

    Il est notoire depuis des décennies que la majorité des patients passant par l’open bar des urgences n’a rien à y faire. Qui n’a pas été formé à la prudence quant aux conseils téléphoniques, algorithmes décisionnels ou pas ? Il était déplacé ou tabou de le dire, de parler de « tri » ou de « bobologie ».
    Un appel à une moindre fréquentation des urgences, par conviction puis par nécessité, peut être interprété comme une « entrave au service » publique ou … un retour au bon sens et à l’intérêt collectif. Trois certitudes :

    • Ce peut être aussi une porte d’entrée à une nouvelle REDUCTION DES EFFECTIFS hospitaliers au prorata de la baisse d’activité recherchée. Les urgentistes ne souhaitaient pas scier la branche sur laquelle ils étaient assis. Les urgences étaient un judas sur le drame des EHPAD, dans un silence coupable. Le lobby des résidents est peu bruyant lui.

    • Changement radical de paradigme : La Demande va devoir s’adapter à l’Offre pour l’été et probablement après. Il ne faut pas surévaluer les capacités d’adaptation des usagers. Leurs Droits, le culte du risque-zéro sont habituellement mis au premier plan par rapport aux Devoirs.

    Le poids croissant de médiatisation puis de la judiciarisation aura un impact, notamment avec les âges extrêmes dès l’automne. Évoquer régulièrement l’ « urgence ressentie » ouvre une porte que l’on sera incapable de fermer.

    • Il faut être stupide pour s’autosatisfaire de la lapalissade selon laquelle l’activité est moindre quand on est semi-ouvert, filtré ou fermé que quand on est ouvert : A quel prix ?

    Dr JP Bonnet PH (Concours 1985)

  • Ce qui ne coûte rien ne vaut rien

    Le 06 août 2022

    Sur tous les points et arrêter de rembourser les soins de confort.
    Augmenter le prix de la consultation de ville, le guérisseur du coin est à 60 euros.
    Ce qui ne coûte rien ne vaut rien.
    Il y aurait moins de consultation et avec une meilleure qualité de la prestation
    avec actuellement une durée de la consultation qui descend sous les 15 mn.

    Dr DL

  • Féminisation

    Le 06 août 2022

    Je ne reviendrai pas sur les commentaires des collègues qui confirment que Mr P ne changera pas d’opinion, même s’il a limé les angles (un peu).
    La féminisation qui accentue les difficultés est un scandale paternaliste, sexiste et hors sol.
    Les femmes représentent 50% de la population générale et plus de 80% des soignants non médicaux. Faut il en déduire que le fait d’atteindre ou de dépasser la proportion de 50% chez les médecins serait l’explication complémentaire de la déliquescence actuelle de notre hôpital ?
    Si Mr P est concours 95, je suis concours 83, et P1 1977.Depuis mon bac, on m’explique cette dégénérescence attendue du médecin lié à la femme. Ces discours nauséabonds ont bercé mon histoire de chirurgien, tant durant ma formation qu’après lors de mon exercice. Je suis heureuse de constater empiriquement que les demandes de respect d’un certain aménagement du temps de travail viennent des jeunes hommes, car les femmes, en dehors des absences pour maternité, n’en ont pas demandé.
    Le côté sexiste est validé par l’activité au quotidien des femmes dans les hôpitaux. Résistantes, résilientes, intelligentes, pourquoi donc ne seraient elles pas acceptables ? A t’on démontré que leurs capacités chirurgicales étaient moindres que celles des hommes ? En urologie uniquement ? Balivernes ! L’inverse a été étudié avec succès. En médecine, Marie Curie a suffi à faire taire pour des siècles.
    Enfin, la remarque tombe comme un fluide méprisant et venant d’où d’ailleurs dans le discours du maître. Quelle est la démographie médicale française qui permettrait d’exclure ou de décourager les filles? De quel droit dans notre démocratie ? Avec quel bénéfice ? Car les jeunes garçons et filles apprécient de travailler ensemble avec parité, et peut être avec moins de prévention que leurs aînés.

    Donc non, Mr P, ôtez la féminisation de votre discours, sinon de votre esprit, cela ne va pas le faire…

    Dr I Germouty
    Chirurgien et femme depuis 1983 et sa naissance

  • Chirurgiens / médecins

    Le 06 août 2022

    On commence enfin à entendre la complète différence entre interne de médecine et de chirurgie.
    Mon conférencier d'internat disait que l'internat était fait pour les chirurgiens, et que pour les médecins c'était une escroquerie.
    Un interne en chirurgie fait (ou au moins voie) à l'hôpital, souvent a peu près la même chose qu'en ville. Il n'est pas imaginable d'aider un interne en libéral, c'est normal à l'hôpital : il m'a toujours été facile de dire aux quelques rares patients qui ont protesté qu'il fallait qu'ils restent discrets à ce sujet, pour ne pas vexer l'interne : "il croit qu'il vous a opéré, mais c'est moi qui lui tenait la main", ce qui d'ailleurs est complètement vrai.
    Cette situation n'est pas prêt de changer : on est très très loin d'avoir des simulateurs réalistes, non pas pour des problèmes techniques : mais pour un marché inexistant qui rend les coût rédhibitoires.

    Toutes les tâches hospitalières des chirurgiens ont un intérêt de formation : les pires dont je me souvienne était de ranger un gros dossier complexe à des heures indécentes : mais en même temps ça permettait de comprendre ce dossier complexe, ou de rester 5 heures à aider un chirurgien très médiocre : même là on apprend à analyser pourquoi ça prend 4 fois plus de temps : même en premier semestre on arrive à repérer l'accumulation de gestes inutiles qui n'apportent rien.

    La situation est très différente en médecine, où les patients hospitalisés ne sont pas les mêmes que ceux qu'on verra en consultation. Si un interne de médecine compte exclusivement sur ce qu'il a vu à l'hôpital pour sa formation : il risque des désillusions sévères.
    Les stages chez le praticien des internes (spécialistes) en médecine générale sont probablement plus proches de l'exercice réel.

    Mais dans ce contexte reparlons du temps de travail : comment sera perçu un interne qui travaille 35h auprès d'un praticien libéral qui fait 60h ?

    Et on pourrait comparer aux autres étudiants thésards : qui travaillent aussi beaucoup, et qui doivent en plus travailler la nuit chez Mc Do, n'ayant pas la chance d'être rémunérés.

    Dr JR Werther
    chirurgien on s'en doutait.

  • Des vérités

    Le 06 août 2022

    Le Pr. Peyromaure mets effectivement les pieds dans le plat pour dire des vérités pas toujours bonnes à entendre...
    Bravo..!

    Dr Christian Clavel

  • Pas de 35 h, pas de burn out

    Le 06 août 2022

    Je suis d'accord avec le professeur il y a longtemps il n'y avait pas de trente cinq heures ni d'horaires bien définis il n'y avait pas curieusement de burn out ; mais depuis les patients insultent les médecins jugent normal de ne pas payer. Il ne faut pas s'étonner que en face il n'y ait plus de motivation.

    Dr Christian Jannel

  • Querelle des anciens et des modernes

    Le 06 août 2022

    A force mettre la poussière sous le tapis la situation devient explosive et le tsunami n’est pas loin.
    Et d’arrondir les angles pour ne vexer personnes n’arrange pas la situation bien au contraire
    Nous sommes dans une époque de communication reine en oubliant l’essentiel soigner correctement le patient.
    Il faut considérer 2 modèles.
    La médecine a fait d’énorme progrès depuis environ 30 ans ce n’est pas discutable et donc pour cela c’est mieux maintenant.
    Par contre et là aussi c’est difficilement discutable les médecins et l’ensemble du personnel n’ont plus aujourd’hui le même comportement vis à vis de leur métier, vous allez dire que je radote, mais il est où le temps ou pour faire une garde il avait plus de candidats que de poste (y compris le dimanche et les jours fériés).
    Il y avait une soif de voir "du cas", de pratiquer des gestes techniques sans compter son temps.
    Ainsi nous étions paré à pratiquement toute les situations.
    Je permet de vous rappeler qu’avant les urgentistes les internes débutants faisaient des gardes aux services portes et pour cela c’était mieux avant.
    Les 35 heures et l’absentéisme ont tué le système. Infirmières et aide soignants n’ont plus aujourd’hui les mêmes motivations (le salaire minable joue probablement une des causes de cette situation).
    LA Médecine n’en déplaise à nos énarques n’est pas un métier comme les autres et ne se règle pas à coups de tableau Excel.
    D’ailleurs je préférais le terme surveillante à celui de cadre avec toute une stratification gérant plus de papiers que de patients.
    Oui il faut réformer nos politiques loin des réalités du terrain sont t’ils vraiment conscients de la gravité de la situation (ça me rappel un grand économiste de la santé qui a découvert la réalité de l’hôpital le jour comme patient il a été admis pur une fracture du col).

    Il faudra beaucoup de courage pour réformer et ça les politiques en sont très très loin.
    C’est pourquoi le Pr Peyremaure a entièrement raison même si sa pas fait plaisir à tout le monde.

    Dr Beaudry Prevost (gastro-entérologue retraité)

  • Bravo !

    Le 06 août 2022

    Bravo pour continuer à mettre les pieds dans le plat !
    Je suis entièrement d'accord avec vos propos et vos propositions!

    Dr Mirla Oviedo Masset

  • Mes propos ont été déformés

    Le 07 août 2022

    Pr Peyromaure, si vos propos ont été déformés alors il ne fallait pas les tenir.
    Ou alors tenter de comprendre comment vos propos allaient être reçus.
    C'est toute la difficulté du métier de soignant, qui est un métier où la parole "engage" bien avant les compétences techniques.
    Pour un soignant, et au combien pour un médecin, tenir un propos sans se poser la question de la réception de celui et de son impact sur l'interlocuteur, ce n'est pas le signe d'une grande compétence relationnelle.

    Stéphane Melot. Infirmier Cadre de Santé en soins palliatifs.

  • Propos très partiels sinon partiaux (au Dr Christian Jannel)

    Le 08 août 2022

    Mon cher Confrère, vous nous dîtes :

    " il y a longtemps il n'y avait pas de trente cinq heures ni d'horaires bien définis il n'y avait pas curieusement de burn out..."

    Ainsi, vous semblez oublier nombre de suicides bien documentés chez nos Confrères, chirurgiens ou médecins de spécialités, médecine générale et interniste y compris... Quelle redoutable erreur dans vos propos qui restent ainsi très très partiels sinon partiaux.

    Par ailleurs, il me semble qu'à dénoncer en tant que "chef de service hospitalier" l'absence de "désir soignant" de certains membres des personnels soignants, il est possible pour celui-là de noter comme il se doit l'intéressé en question, quitte à dénoncer ses incompétences
    notoires... Cela relève bien de la responsabilité du chef de service qui note annuellement les Personnels soignants de ses Unités de service.

    Alors, dénoncer certains comportements inacceptables parmi les soignants dont on a la responsabilité, reste une courageuse entreprise qu'il faudrait valoriser afin de mettre fin à certaines situations dont la responsabilité incombe au Chef de Service.
    N'est-il point ?...

    Quant à demander aux patients de payer en fonction d'autre motivation que leur capacité à payer, cela me semble rester une très mauvaise idée de droite...

    Dr Frédéric Lascoutounax

  • Temps de cerveau disponible …

    Le 09 août 2022

    Le Professeur écrit des livres et il donne des interviews au Figaro.

    Deux cases cochées !

    Dr Antoine Van Nieuwenhuyse

  • Tout change

    Le 11 août 2022

    La société change, les soignants, les médecins ou chirurgiens également et nous devons tous, nous adapter et évoluer.
    La bureaucratie est étouffante en hôpital et ampute notre cœur de métier.
    Une refonte du système dans sa globalité est indispensable et urgente et les pistes du Dr Peyromaure sont à considérer.

    Dr Guylaine Laroumagne

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