Pourquoi un nombre record d’IVG en 2022 ?

Paris, le jeudi 28 septembre 2023 – Plus de 234 000 avortements ont été réalisés en France en 2022, un record depuis que les chiffres des IVG sont comptabilisés.

A l’occasion de la journée mondiale du droit à l’avortement ce jeudi, le Planning familial continue d’alerter sur les difficultés que connaissent certaines femmes à pouvoir exercer ce droit. « Comme il y a de moins en moins de centres IVG sur tout le territoire, de plus en plus de femmes sont obligées de faire de longs trajets en voiture pour accéder à l’avortement, c’est inadmissible » s’insurge Sarah Durocher, présidente nationale du Planning familial. Mais sans remettre en question les obstacles matériels que peuvent parfois rencontrer certaines femmes pour avorter (comme d’ailleurs pour tous nos concitoyens pour se faire soigner), force est de constater que la réalité des chiffres contredit ce constat : selon une étude de la Drees publié ce mercredi, le nombre d’IVG (interruption volontaire de grossesse) n’a jamais été aussi élevé en France depuis 1990, date du début de leur comptabilisation.

Ce sont ainsi 234 300 IVG qui ont réalisés en France en 2022, soit environ 17 000 de plus qu’en 2021, une hausse d’environ 8 %. Après une forte baisse du nombre d’IVG pratiqués lors des deux années de crise sanitaire en 2020 et en 2021, l’année 2022 constitue un retour à la « norme » voir une légère hausse, avec 7 000 IVG supplémentaires en 2022 par rapport à 2019. Le taux de recours à l’IVG atteint également des records avec 16,2 IVG pour 1 000 femmes âgés de 15 à 49 ans en 2022.

Les avortements au-delà de 12 semaines restent rares

L’augmentation du nombre d’IVG s’explique sans doute en partie par les dernières réformes ayant favorisé l’accès à l’avortement. Depuis le premier confinement de 2020, les femmes peuvent se faire prescrire la pilule abortive par téléconsultation et le délai pour réaliser une IVG médicamenteuse est passé de sept à neuf semaines d’aménorrhée. L’IVG est également totalement gratuite depuis 2021, les femmes n’ayant plus à avancer les frais des examens et des interventions. Enfin, depuis mars 2022, le délai pour avorter est passé de 12 à 14 semaines d’aménorrhée. Cet allongement du délai semble cependant avoir eu peu d’impact sur le nombre d’IVG : les avortements tardifs (au-delà de 12 semaines) ne représentent que 20 % des IVG supplémentaires et 1,5 % de l’ensemble des IVG.

Les jeunes femmes continuent d’être celles à recourir le plus à l’IVG, avec 26,9 IVG pour 1 000 femmes âgés de 20 à 24 ans et 28,6 IVG pour celles de 25 à 29 ans, contre 17,8 entre 35 et 39 ans. La pratique de l’IVG connait de fortes disparités territoriales, avec des taux de recours pouvant passer du simple au double selon les régions (11,6 avortements pour 1 000 femmes dans les Pays de la Loire contre 22,6 en PACA). C’est en Guyane que l’on compte le plus d’avortements, avec 48,7 IVG pour 1 000 femmes, en raison d’un nombre plus fréquent de grossesses précoces et de la proximité de pays n’autorisant pas l’avortement (Suriname et Brésil). Enfin, l’année 2022 confirme le recours croissant à l’IVG médicamenteuse, qui représente 78 % de l’ensemble des cas, contre 68 % en 2019. Par ailleurs, 38 % des IVG se font désormais en ville.

La constitutionalisation de l’IVG toujours en suspens

La journée mondiale du droit à l’avortement est également l’occasion de faire un point sur le progrès de ce droit sur la planète. Le droit à l’IVG a connu des fortunes diverses ces dernières années. Il a ainsi été reconnu par la Cour Suprême du Mexique le 6 septembre dernier mais a bien sur reculé aux Etats-Unis, où la Cour Suprême a redonné aux Etats le droit de légiférer sur la question l’an dernier. Ce sont désormais 14 Etats américains qui interdisent totalement l’avortement sur leur territoire, obligeant les femmes désirant interrompre leur grossesse à faire parfois des centaines de kilomètres pour pouvoir se faire avorter. Dans certains Etats ayant conservé le droit à l’IVG mais limitrophe de ceux l’ayant aboli, le nombre d’avortements a explosé depuis 2022 : c’est le cas au Nouveau-Mexique (+ 220 %), au Colorado (+ 89 %) et dans l’Illinois (+ 69 %).

En France, où le droit à l’avortement est garanti depuis 1975 et ne semble nullement en danger, c’est plutôt la question subsidiaire de son inscription dans la Constitution subsidiaire qui se pose. Le 24 novembre dernier, l’Assemblée Nationale avait voté une proposition de loi dans ce sens, avant que le Sénat ne fasse de même le 1er février suivant mais en des termes différents. Le 8 mars, pour la journée internationale du droit des femmes, Emmanuel Macron avait promis de s’emparer de la question, notamment pour éviter que la constitutionnalisation du droit à l’IVG ne doive passer par un référendum. Depuis, plus aucune initiative n’a été prise sur ce sujet, ni par l’exécutif, ni par les parlementaires. « Je considère qu’il n’y a pas d’autre explication qu’un manque de volonté politique pour le faire » s’impatiente la sénatrice Mélanie Vogel, très engagée sur la question, qui espère que le gouvernement profitera de cette journée mondiale du droit à l’avortement pour déposer un projet de loi constitutionnel (que beaucoup estiment totalement inutile en raison de l’absence de menace réel sur la liberté d’avorter).

Quentin Haroche

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Vos réactions (4)

  • Dommage

    Le 28 septembre 2023

    En temps que gynécologue-obstétricienne je suis très attristée par cette augmentation du nombre des IVG : en effet cela reflète tout de même des contraceptions inadaptées ou absentes. Plutôt de de constitutionaliser l'IVG qui n'est absolument pas remise en cause dans notre pays , il faudrait à mon avis faire des vraies campagnes de contraception, ce qui n'est jamais fait, en expliquant l'insuffisante protection des préservatifs. Mais le lobby pro IVG, anti gynéco et hormones fait que de plus en plus de jeunes femmes subiront une interruption de grossesse. Ce qui n'est pas toujours bien vécu .. Je précise que je ne suis pas contre l'IVG mais cela reste pour moi un échec.

    Dr V. De Vaux

  • L'IVG : un fléau

    Le 29 septembre 2023

    La banalisation de l'IVG est déplorable, et les propositions qui vient à l'accentuer sont une honte (constitutionnalisation, allongement du délai...).
    L'IVG est un mal nécessaire. Mais une civilisation digne de ce nom ne peut pas accepter qu'on considère ce meurtre autorisé comme un mode de régulation des naissances.
    Le droit à bénéficier d'une IVG quand les circonstances l'exigent doit être garanti, mais le combat (négligé) pour l'éducation, la contraception et la protection des grossesses non désirées doit être mené de manière intensive.

    Dr P. Rimbaud

  • IVG

    Le 01 octobre 2023

    Les jeunes femmes trouvent que " les hormones c'est pas bon pour leur santé" et elles font confiance aux applications internet pour éviter les rapports en zone de fertilité : résultat : ces méthodes dites naturelles comportant plus de 6 % d'echec dans la vraie vie, rendent compte de l'augmentation des IVG. Il me parait nécessaire qu'une information éclairée et officielle pertinente circule sur ces méthodes.
    Dr M. Mein

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