Premier cycle : faut-il déjà reformer la réforme ?

Paris, le lundi 23 novembre 2020 – Largement soutenue par les organisations étudiantes, la réforme du premier cycle des études médicales censée éviter le gâchis humain de la première année de médecine et diversifier les profils des futurs praticiens semble déjà en grande difficulté.

Ainsi, dans une lettre ouverte adressée au Président de la République, les associations d'étudiants en santé alertent à propos d’ « une application inégale de la réforme dans l'ensemble du territoire, sans résultat (...). Finalement, Monsieur Macron, le système est toujours absurde, et il nous faut le regarder en face ».

Rappelons en préambule que depuis cette année, les étudiants souhaitant rejoindre les filières de santé doivent s’inscrire soit en PASS (parcours spécifique accès santé, proche de l’ancienne PACES) auquel s’ajoute une option « mineure » qui doit permettre de poursuivre une autre licence en cas d’échec soit en LAS (licences avec option accès santé).

Tout PASS, tout casse, tout LAS

Premier écueil, alors que le gouvernement annonçait être parvenu à vaincre l’hydre du numerus clausus, de « nombreux étudiants » n'ont tout simplement pas pu s’inscrire via Parcoursup, ni en PASS, ni en LAS…une sorte de numerus clausus préventif, donc (ce qui de fait n’est pas tout à fait étranger à l’esprit de la réforme, visant à éviter des orientations manifestement non pertinentes).

Au-delà, pour ce qui est de la PASS, les syndicats pointent une charge de travail et une ambiance de bachotage inchangées. « Les Universités se sont contentées de reprendre le programme de la PACES à l’identique », expliquent les associations, mais alors que s’ajoute en plus le programme de la mineure.

Pour la LAS, c’est la confusion qui domine. Les étudiants dénoncent ainsi : « il n’existe aucune coordination entre les différentes voies d’entrée. Il semblerait que la réforme se soit imposée aux autres composantes, sans qu’elles en comprennent réellement le fonctionnement et les enjeux ». Pour l’heure, les étudiants en LAS sont mis à l’écart à la fois par les UFR santé et par les facultés auxquelles ils sont rattachés…

L'incertitude sur la sélection finale inquiète également les organisations. Ainsi, selon leur recensement, les trois quarts des UFR n'ont pas choisi les modalités des oraux de fin d'année qui doivent permettre de départager les étudiants de PASS et de LAS admissibles en 2e année.

Pour changer de cap avant l’iceberg, les associations proposent la création de référents identifiables au sein de chaque licence, de supports de vulgarisation de la réforme et d'une foire aux questions sur le site du ministère de l'Enseignement supérieur. Les fédérations demandent aussi de recruter des « ingénieurs pédagogiques », de développer les enseignements par petits groupes et de renforcer l'accompagnement des étudiants.

Cette réforme et le contexte social et sanitaire difficile provoqueraient une vague de « détresse psychologique chez une grande partie » des étudiants en santé, déplorent enfin les signataires qui lancent à ce sujet une campagne #PronosticMentalEngagé pour alerter sur ce regain de souffrance psychologique.

*ANEMF : Association nationale des étudiants en médecine de France
 ANEPF : Association nationale des étudiants en pharmacie de France
 ANESF : Association Nationale des Étudiants Sages-Femmes
 FNEK : Fédération Nationale des Étudiants en Kinésithérapie
 UNECD : Union Nationale des Étudiants en Chirurgie Dentaire


Xavier Bataille

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Vos réactions (1)

  • Pistons

    Le 24 novembre 2020

    Et les associations ne se sont pas encore saisies de la disparition de l'anonymat lors de la sélection des étudiants! Cet acquis (pour l'entrée dans les études et la sortie) était une garantie d'équité de traitement et d'ascenseur social potentiel... Quel recul!

    Dr Arnaud Lesueur

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