Prévention de la DA : l’application d’émollients et l’introduction alimentaire précoce n’y feraient rien

Le maintien de l’intégrité de la barrière cutanée du jeune enfant semble un élément déterminant dans la prévention primaire des pathologies allergiques. Différents travaux ont été menés sur l’intérêt de l’application d’émollients pour renforcer la barrière cutanée, avec toutefois des résultats contradictoires. Les enfants présentant une dermatite atopique (DA) ont aussi un risque supérieur d’allergie alimentaire, d’asthme et de rhinite, notion qui a donné naissance au concept de « marche allergique ». La possibilité d’une sensibilisation épicutanée par le fait d’une barrière cutanée altérée suggère que la prévention primaire de l’allergie doit commencer très tôt par le renforcement de la barrière cutanée et la familiarisation précoce avec les aliments allergéniques.

Près de 2400 nourrissons inclus dans l’étude

L’étude récente Prevent ADALL (Preventing Atopic Dermatitis and ALLergies in Children), randomisée multicentrique, avait pour objectif de déterminer si l’application régulière d’émollients et/ou une diversification alimentaire précoce pouvait prévenir la dermatite atopique à 12 mois. Cet essai randomisé a inclus près de 2400 nourrissons répartis en 4 groupes. Dans le groupe contrôle, les mères n’ont reçu aucun conseil particulier concernant les soins de peau et, du point de vue nutritionnel, il leur était recommandé de suivre les recommandations nationales. Pour le second groupe, des applications d’émollients étaient recommandées (produits de bain et crèmes pour le visage). Pour le 3ème groupe, une intervention diététique était engagée, consistant en une alimentation complémentaire précoce en arachide, lait de vache, blé et œufs. Enfin, le 4ème groupe bénéficiait à la fois de conseils dermatologiques et diététiques (diversification précoce).

Pas d’impact significatif des conseils dermatologiques et nutritionnels

De cette étude ressort que ni l’utilisation régulière d’huiles de bain ou d’émollients pour le visage, ni l’introduction précoce à 12 semaines des aliments allergéniques ne semblent avoir d’impact sur le développement d’une DA à 12 mois. Une dermatite atopique est retrouvée chez 8 % des enfants du 1er groupe (contrôle), 11 % dans le second groupe (qui a reçu des conseils dermatologiques), 9 % dans le 3ème groupe (qui a reçu des conseils nutritionnels) et 5 % dans le dernier groupe (qui a reçu les deux types de conseils). La différence de risque de développer une DA est de 3,1 % pour les soins de peau et de 1 % pour l’intervention alimentaire, valeurs non statistiquement significatives, en faveur du groupe contrôle. L’existence ou non d’antécédents parentaux d’atopie n’a pas eu d’impact sur l’effet des interventions citées ci-dessus.

Les résultats de cette grande étude randomisée multicentrique rejoignent les conclusions de l’étude BEEP* mais sont en contradiction avec 2 essais de petite envergure menés récemment. Notons que l’introduction précoce d’aliments allergéniques, qui a prouvé son efficacité pour réduire le risque d’allergie alimentaire, ne fait pas ici la preuve de son efficacité préventive pour l’eczéma atopique.

* Chalmers JR, Haines RH, Bradshaw LE, et al. Daily emollient during infancy for prevention of eczema: the BEEP randomised controlled trial. Lancet. 2020;395(10228):962-972. doi:10.1016/S0140-6736(19)32984-8

Dr Roseline Péluchon

Référence
Skjerven HO. et coll. : Skin emollient and early complementary feeding to prevent infant atopic dermatitis (PreventADALL): a factorial, multicentre, cluster-randomised trial [published correction appears in Lancet. 2020 Mar 21;395(10228):e53]. Lancet. 2020;395(10228):951-961. doi:10.1016/S0140-6736(19)32983-6

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Vos réactions (3)

  • Rôle des bains ?

    Le 07 août 2020

    A t-on testé le fait de les baigner moins souvent des la naissance plutôt que de les «  décaper » et de mettre ensuite des émollients ?

    Dr Marie Segonnes

  • Se limiter à l'hygiène minimum

    Le 19 août 2020

    D'accord avec vous.
    J'ai souvent recommandé aux parents d’arrêter les bains pendant une semaine chez leurs bébés, et de se limiter à l'hygiène minimum dès qu'apparaissaient des signe de DA.

    Les parents étaient surpris de l'efficacité quand je les revoyais une semaine après.

    Dr Françoise Pitrou

  • Quels émollients ?

    Le 20 août 2020

    Des émollients, oui mais lesquels?
    Le plus prescrit est le Dexéryl... bourré de parabènes... bien connus pour déclencher des dermatites atopiques!

    Dr Jean-Jacques Perret

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