Prise en charge de la dépression en médecine générale, pas tout à fait le DSM-IV !

La prise en charge des patients souffrant d’un état dépressif oscille souvent entre le risque de sous-diagnostic et celui de sur-médicalisation. Quelles spécificités du patient ou du médecin influencent alors le choix du traitement ? Une étude espagnole a été menée en soins de santé primaires dans l’objectif d’évaluer les facteurs prédictifs d’exactitude diagnostique et du type de prise en charge (antidépresseurs versus traitement non pharmacologique). Il s’agissait d’une étude transversale de type ancillaire, menée à partir des données d’un essai coût-efficacité dans la dépression en situation naturelle. Les médecins investigateurs avaient eu une formation de 3 heures aux critères diagnostiques et aux recommandations de traitement de la dépression. L’étude a inclus des patients adultes chez lesquels le médecin généraliste avait récemment diagnostiqué un état dépressif léger ou modéré. Le diagnostic était secondairement confirmé à l’aide des critères du DSM-IV au cours d’un entretien avec un investigateur externe. Les caractéristiques des patients et des médecins ont été analysées à l’aide d’une régression logistique multivariée.

Souvent, c’est le patient qui décide…

Les résultats portent sur 263 patients (81 % de femmes) d’un âge moyen de 52 ans. Les deux tiers étaient mariés, un tiers avait un niveau d’éducation secondaire et un tiers travaillait. Les 53 médecins généralistes participants étaient en majorité des femmes, avaient un âge moyen de 44 ans, exerçaient principalement en ville et consacraient en moyenne 11 minutes à la consultation. Le diagnostic de dépression majeure a été confirmé chez 31 % des patients et dans l’ensemble, les symptômes étaient de modéré à sévère. Le fait d’être spécialiste en médecine générale ou universitaire était associé à une meilleure performance diagnostique. Les opinions des patients sur les médicaments étaient la seule variable associée à la prescription d’un antidépresseur.

Les auteurs concluent que le diagnostic de dépression en soins de santé primaires ne se base pas suffisamment sur des critères formels comme ceux du DSM-IV. Bien que les recommandations proposent la prescription d’un anti dépresseur en cas d’antécédent dépressif ou de comorbidités, les médecins semblent prendre surtout en considération les préférences des patients.

Dr Bernard Gay

Référence
Aznar-Lou I et coll. : Diagnostic accuracy and treatment approach to depression in primary care: predictive factors. Family Practice 2019; 36(1):3–11. doi:10.1093/fampra/cmy098.

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Vos réactions (2)

  • Diagnostic psy: au suivant !

    Le 19 avril 2019

    Un diagnostic de cet ordre (dépression majeure!) ne peut être posé au cours d'une consultation de 11 minutes!

    Anamnèse, entretien, diagnostic (annonce et discussion), choix mutuel d'un traitement, rédaction des documents ad hoc (l'informatique n'en réduit pas la durée), transaction financière en onze minutes? Les critères ne sont pas LE problème, mais l'absence de véritable consultation.
    Il ne s'agit pas de médecine mais d'abattage!
    "Au suivant" chantait Brel!
    Quelle monstruosité.
    Et cela ne semble pas avoir choqué les auteurs de l'article. Il y a vraiment quelque chose de pourri dans le royaume de la course à la publication.

    Dr Charles Kariger

  • Rôle des BZD

    Le 24 avril 2019

    L'une des principales cause de dépression est due aux tranquillisants, benzodiazépine. Si ces molécules diminuent l'anxiété, elles entraînent de la dépression et des suicides (voir les policiers). Ce qui est grave, c'est que la majorités des patients en deviennent dépendants.

    Et ce qui est encore plus grave, c'est que de nombreux généralistes prescrivent des benzodiazépines à des patients déjà dépressifs, ne pouvant admettre qu'elles entraînent de la dépression.
    Mais toucher aux sacro-saintes benzodiazépines est un crime de lèse-majesté en France.

    Les benzodiazépines coûtent des milliards à la France...

    Dr Guy Roche, ancien interniste

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