Psychiatrie : la crise des vocations

Paris, le vendredi 14 octobre 2016 – A l’occasion de la journée mondiale de la santé mentale qui se tenait le 10 octobre, Marisol Touraine, a acté la création du « Conseil national de la santé mentale » dont l’objectif annoncé est  « de développer une approche globale et transversale des enjeux de la santé mentale, pour mieux prévenir les troubles psychiques et psychiatriques et mieux accompagner ceux qui en souffrent. »

Quatre axes de réflexion prioritaires ont été fixés par le ministre : « le bien-être des enfants et des jeunes,  la prévention du suicide,  le suivi des personnes en situation de grande précarité, l’élaboration d’outils pour faciliter la mise en œuvre des projets territoriaux de santé mentale inscrits dans la loi de modernisation de notre système de santé. »

En marge de cette création, le ministre de la santé s’est vu remettre un rapport « relatif à la santé mentale » commandé à Michel Laforcade, directeur général de l’agence régionale de santé (ARS) de la région Nouvelle Aquitaine, qui esquisse le tableau d’une psychiatrie en crise.

La psychiatrie n’attire plus

Spécialité la plus nombreuse (15 048 praticiens spécialisés en psychiatrie), la profession apparaît de moins en moins attractive.

Depuis la mise en place du système des épreuves classantes nationales (ECN) en 2004, l’évolution des postes de psychiatres ouverts à l’internat a suivi celle du numerus clausus 5 ans auparavant. De 200 places en 2004, le nombre de postes d’internes ouverts se situe à 557 pour la rentrée 2015, mais la psychiatrie est toujours demeurée dans un groupe des spécialités qui peinent à recruter les internes les mieux classés aux ECN, ainsi sur 465 postes d’internes de psychiatrie pourvus aux ECN 2011, 51 proviennent du premier quart des candidats et 135 du dernier quart.

Certains postes de psychiatres sont mêmes laissés vacants, depuis 2012, chaque année à l’internat.

À moyen terme, le déséquilibre marqué de la pyramide des âges des psychiatres va se traduire par un départ massif de professionnels jusqu’en 2025 et une pénurie de spécialistes en santé mentale…ce qui rendra particulièrement ardues les missions de ce tout nouveau Conseil national.

Frédéric Haroche

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Vos réactions (2)

  • Relève des psychiatres par des psychothérapeutes et autres ..

    Le 15 octobre 2016

    Le relais sera pris par tous les praticiens des médecines alternatives et complémentaires qui s'installent en grand nombre et bien sûr aussi les psychotherapeutes qui peuvent être formés plus rapidement à l'écoute et aux techniques de thérapie brève.

    La médecine "dure", par chimiotherapie est bien sûre bien utile en cas de manifestations psychiatriques aigües mais sur le long terme, les thérapies plus douces sont probablement aussi efficaces ou inefficaces au choix...

    Je trouve le concept d'embodiement trés parlant pour moi. Il permet d'expliquer par une Charge Allostatique élevée, une morbidité ou mortalité avant 50 ans. J'appartenais à une fratrie de 9 et 4 de mes frères et soeur sont morts avant 50 ans, pour des raisons non génétiques à mon avis mais pour les raisons d'embodiement (mon père a débuté une PMD à 28 ans, ce qui a extrêmement fragilisé l'équilibre familial, et a conduit mais parents à s'isoler de plus en plus). Tous les médicaments, hospitalisations des uns et des autres ne les ont pas empêché de se suicider...C'est terriblement triste mais c'est aussi un constat de ce qu'est la psychiatrie ...

    Il y a toujours 10 000 suicides par an en France
    Alors plus ou moins de psychiatres je ne sais pas si cela influera, mais plus d'ouverture à la fragilité, à la vulnérabilité, à la sensibilité de l'être humain, me paraît indispensable...mais pas encore pour demain !

    Dr L

  • Psychiatres ou chimiatres ?

    Le 16 octobre 2016

    Je suis entré en psychiatrie en 1980. A l’époque l’école de psychiatrie française était l’une des meilleures du monde, enviée par les autres nations. Elle était fondée sur la théorie organo-dynamique d’Henri Hey fécondée par l’approche psychanalytique. Ma motivation de jeune psychiatre était de percer les mystères du psychisme. Puis il y a eu la révolution DSM réduisant la nosographie syndromique en unités discrètes symptomatiques dans le but d’uniformiser les réponses chimiothérapiques aux plaintes de souffrance morale. Dans la foulée, les théories neurobiologiques et cognitivo-comportementalistes ont pris une place hégémonique. Les psychiatres sont devenus des chimiatres.

    Il y a quelques semaines, une patiente de 23 ans est venue me consulter après 6 ans de suivi par 6 psychiatres successifs. Elle m’a dit : « C’est la première fois qu’un psychiatre m’écoute. Les autres à qui je le demandais m’ont répondu que les psychiatres n’étaient pas là pour écouter mais pour prescrire des médicaments. » Cette patiente a évidemment le diagnostic de trouble bipolaire avec le traitement pléthorique qui va avec. On en est arrivé au principe de médicalisation systématique et en première intention de toute plainte de souffrance morale : c’est une catastrophe sanitaire. Du côté de la psychiatrie publique il y avait un mouvement centrifuge de prises en charge alternatives à l’hospitalisation dans le cadre de la psychiatrie de secteur qui consommait de gros moyens en personnel. Aujourd’hui, avec la restriction de moyens on assiste au mouvement inverse.

    En conclusion le recrutement des chimiatres modernes sous contrôle administratif soulève peut-être moins d’enthousiasme que la psychiatrie humaniste de la belle époque.

    Dr Claude Huart

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