Quand l’association aspirine-IPP prévient le cancer de l’œsophage

Une nouvelle étude, AspECT, montre que la prise d’aspirine en combinaison avec des inhibiteurs de la pompe à protons réduit le risque d’adénocarcinome de l’œsophage chez les patients atteints du syndrome de Barrett.

Selon les chercheurs, l'adénocarcinome œsophagien est la sixième cause de décès par cancer dans le monde. Le reflux acide est impliqué dans l'œsophage de Barrett, ce qui suggère que la réduction de l'acide à des niveaux très bas pourrait prévenir la progression vers le cancer. Par ailleurs, des études ont montré que l'aspirine est efficace pour prévenir le cancer du tractus gastro-intestinal, y compris les cancers de l'estomac et de l'œsophage. Dans ce contexte, des chercheurs ont initié l'étude AspECT dans le but d'évaluer si un traitement par aspirine et un traitement par inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) peuvent diminuer le taux de mortalité et le taux de conversion de la métaplasie de Barrett en adénocarcinome ou en dysplasie de haut grade. Les résultats de cette étude viennent d'être présentés à l'American Society of Clinical Oncology 2018.

Patients et méthodes

Les chercheurs ont recruté des patients atteints de l'œsophage de Barrett (≥ 1cm), mais pas de dysplasie de haut gradeou de cancer de l'œsophage, dans les hôpitaux du Royaume-Uni et du Canada. Les patients ont été randomisés pour recevoir une forte dose d'esoméprazole (40 mg deux fois par jour) ou une faible dose (20 mg une fois par jour), soit en monothérapie soit en association avec une faible dose d'aspirine (300 mg/jour en UK, 330 mg/jour au Canada).

Le critère d'évaluation primaire était un composite de trois événements (et le temps nécessaire à leur survenue) : la mortalité toutes causes confondues, le développement d'un adénocarcinome œsophagien ou d'une dysplasie de haut grade.

Résultats

Au total 2 563 patients atteints de l'œsophage de Barrett ont été inclus dans l'étude et suivis pendant près de 9 ans. Au cours de la période de suivi, les auteurs ont répertorié 313 cas de décès, d'adénocarcinome œsophagien ou de dysplasie de haut grade.
Les IPP à dose élevée étaient statistiquement supérieurs aux IPP à faible dose (p = 0,037). L'ajout de l'aspirine au traitement a montré certains bénéfices mais la tendance n'était pas statistiquement significative (p = 0,068). L'aspirine à faible dose avec une forte dose d'IPP s'est avérée le traitement le plus efficace et son effet était hautement significatif comparativement aux IPP à faible dose sans aspirine (p = 0,007).

Conclusion

Les auteurs concluent que l'étude AspECT est la plus grande étude randomisée et contrôlée portant sur la chimioprévention chez des patients atteints d'œsophage de Barrett et que les résultats démontrent qu'un traitement chimiopréventif associant des doses élevées d'IPP et d'aspirine réduit significativement le taux de mortalité, l'évolution vers un adénocarcinome œsophagien ou une dysplasie de haut grade, et que ce traitement est bien toléré.

Caroline Vrancken

Référence
Jankowski J et coll. : Chemoprevention of esophageal cancer with esomeprazole and aspirin therapy : Efficacy and safety in the phase III randomized factorial ASPECT trial. Journal of Clinical Oncology 36, no. 18_suppl - published online before print - DOI : 10.1200/JCO.2018.36.18_suppl. LBA4008

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Vos réactions (1)

  • Attention si inssuffisance rénale !

    Le 17 juillet 2018

    Neuf cas vécus d'insuffisants rénaux prenant des IPP et qui, par accumulation des métabolites des IPP, ont développé un coma (iono, glycémie normaux, TDM : RAS...) et qui se sont "réveillés' 3 jours après l’arrêt des IPP.
    Donc attention aux prescriptions systématiques.
    Joyeux été !

    O. Morlaz

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