Que trouve-t-on dans le nouveau carnet de santé ?

Paris, le mercredi 7 mars 2018 – La refonte du carnet de santé avait été engagée il y a plus d’un an. Parmi les évolutions essentielles identifiées par les décideurs figurait l’adaptation des courbes de croissance. Cependant, à cette actualisation essentielle, se sont ajoutées de multiples recommandations qui s’appuient sur les travaux du Haut Conseil de la Santé publique (HCSP), ainsi que la prise en compte des modifications majeures du calendrier vaccinal qui comporte désormais onze obligations.

Big data

Le ministère de la Santé a ainsi présenté hier les principaux changements du carnet de santé. Les nouvelles courbes de croissance sont tout d’abord le fruit d’un important travail. Les références jusqu’alors utilisées avaient été établies « à partir des mesures de quelques centaines d’enfants nés dans les années 50 et suivis jusqu’à l’âge adulte » rappelle l’INSERM. Récemment plusieurs travaux ont signalé combien ces courbes n’offraient plus une juste représentation de la réalité et ne permettaient pas un suivi optimal de la croissance des enfants. Aussi, la Direction générale de la Santé a-t-elle confié à des chercheurs de l’unité INSERM 1153/CRESS le soin de proposer de nouvelles références. « Une approche innovante de type big data » a été appliquée pour répondre à cette demande, indique l’INSERM. « Un partenariat public/privé a été mis en place. L’extraction massive de données a permis de recueillir et d’analyser environ 5 000 000 de mesures de poids, de taille ou de périmètres crâniens, provenant de 261 000 enfants âgés de 0 à 18 ans. Ces données ont été obtenues auprès de 42 médecins tirés au sort ayant donné leur accord parmi les pédiatres de l’Association Française de Pédiatrie Ambulatoire (AFPA) et médecins généralistes, en tenant compte de la région et de la taille des villes d’exercice, et ce, afin d’assurer une bonne représentativité de l’ensemble du territoire métropolitain. Puis, la construction des nouvelles courbes a été menée en concertation avec les représentants des futurs utilisateurs afin de répondre au mieux à leurs attentes » détaille un communiqué des chercheurs à l’origine de ces travaux.

Des écarts significatifs

Les résultats confirment l’importante évolution de la taille des enfants. Ainsi, pour une fille de 10 ans, la taille médiane est de 139,5 centimètres aujourd’hui, contre 134,7 cm avec les courbes précédentes. L’analyse des données a également contribué à mettre en place des nouveaux outils de suivi, telles des courbes de poids et de taille différentes pour les garçons et les filles dès la naissance de même que des courbes de périmètre crânien de zéro à cinq ans également spécifique en fonction du sexe. Il est en outre recommandé pour suivre l’évolution de la croissance des enfants de se référer à la taille cible parentale dont la formule a été introduite dans les carnets de santé. Il est certain que ces innovations contribueront à améliorer le suivi des enfants, à l’heure où l’obésité infantile demeure une préoccupation importante.

Garder l’enfant dans sa chambre jusqu’à six mois au moins

L’introduction de multiples recommandations de divers types, qui concernent tant l’exposition des enfants à certaines substances chimiques, que leur environnement quotidien, suscitera peut-être plus de débats. Beaucoup de ces conseils cependant s’appuient sur des recommandations de bonne pratique quasiment unanimes. Les préconisations concernant le sommeil et le coucher du nourrisson ont ainsi été enrichies. Outre le rappel de l’importance du couchage sur le dos, en évitant les couvertures et dans un lit débarrassé de peluches, le carnet de santé conseille notamment de garder l’enfant dans la chambre de ses parents au moins jusqu’à six mois. La prescription pourrait être jugée légèrement intrusive. Le livret se montre également assez complet sur l’attitude à adopter face aux pleurs de l’enfant : il est notamment rappelé que « jouer n’est pas secouer et secouer n’est pas jouer ». Le carnet donne en outre la liste des personnes vers lesquelles se tourner en cas d’épuisement face au comportement de l’enfant.

Limiter l’exposition aux substances chimiques

Le carnet de santé fait par ailleurs écho aux préoccupants croissantes des jeunes parents concernant l’exposition aux substances chimiques. Il conseille ainsi de n’utiliser que des biberons garantis sans bisphénol A (et invite à donner la priorité aux biberons en verre), recommande d’aérer le domicile dix minutes par jour, de réduire le nombre de produits d’entretien et de privilégier les produits à composant unique, de ne pas utiliser de parfums d’intérieur et autres bougies, de limiter l’utilisation de cosmétiques dans les premiers mois et de préférer des jouets et articles de puériculture homologués CE. 

L’écran de télé forcément dangereux ?

Si certaines de ces préconisations pourront être considérées comme une application proactive du principe de précaution, ce sont probablement les recommandations concernant les écrans qui pourraient pour certains être le plus difficiles à appréhender. « Éviter de mettre un enfant de moins de 3 ans dans une pièce où la télévision est allumée (même s’il ne la regarde pas) » peut-on ainsi lire. Suggérant un caractère nocif intrinsèque de l’écran, non dépendant de son mode et de sa fréquence d’utilisation, ce conseil pourrait être considéré comme inutilement culpabilisant et négatif. Interrogé par le quotidien local l’Union, Pierre Balkache, pédiatre à Saint Quentin nuance : « Je ne pense pas qu’ils vont se priver de télé. En réalité, c’est une question d’équilibre. Il faut surtout éviter de coller l’enfant sur le canapé devant la télé pour avoir la paix. Ce type de conseil un peu brut sera utile s’il est accompagné par un dialogue avec le médecin qui suit l’enfant » estime-t-il. De fait, certains auraient sans doute préféré que plutôt qu’une diabolisation des écrans, le carnet de santé dispense des conseils positifs sur l’importance du dialogue et des interactions entre l’enfant et ses parents et ce dès le plus jeune âge.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Carnet de santé: rapport taille/utilisation

    Le 08 mars 2018

    Plus le carnet de santé est gros, moins il est apporté aux consultations. Clairement constaté depuis mon installation en 1973.

    Dr Bernard Hoche

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