Quel traitement néoadjuvant dans les cancers de prostate localisés à haut risque ?

Quel que soit le traitement qu’on lui oppose, le risque de récidive est élevé dans le cancer de la prostate localisé à haut risque (KPLHR). L’acétate d’abiratérone (ABT), inhibiteur sélectif de la biosynthèse des androgènes, donné en préopératoire, s’est révélé efficace, avant toute administration d’anti-androgènes. Il est associé à la prednisone et aux agonistes des hormones libérant de la gonadotrophine (aLHRH) comme la triptoréline ou la leuproréline. Des auteurs ont comparé l’effet du ce traitement associant ABT, prednisone et aLHRH à celui de l’aLHRH seule au cours d’un essai randomisé.

Tous les patients étaient porteurs d’un KPLHR sans métastases, mais avec soit un T2 (tumeur limitée à la prostate) avec un score de Gleason de 8 à 10, ou d’un stade T2c (atteignant les 2 lobes) avec un score de Gleason à 7 et un taux de PSA (antigène spécifique de la prostate) > 10 ng/ml.

La randomisation (2 : 1) a concerné 65 malades, avec 44 sujets dans le groupe ABT + prednisone + aLHRH (G1) vs 21 dans le groupe aLHRH seule (G2), les traitements étant poursuivis 3 mois avant la prostatectomie radicale.

Supériorité de l’association ABT, prednisone, ALHRH

Le taux de tumeur résiduelle (mesuré par le volume tumoral, la densité cellulaire, et le volume de tumeur épithéliale) a été trouvé significativement abaissé dans le G1, dans lequel le taux de PSA était devenu indétectable avant l’intervention chez 37 sujets (84 %) vs chez 1 seul (5 %) dans le G2.

Les marqueurs d’un signal androgénique (PSA, ARv7 etc.) étaient plus rares dans le G1. Toutefois, une surexpression en récepteurs de glucocorticoïdes était plus fréquente dans le G1, ce qui est difficile à expliquer et correspond peut-être à une diminution de l’expression des récepteurs d’androgènes (au contraire de ce qui a été observé dans les KP métastasés). La surexpression en glucocorticoïdes témoignerait d’une résistance à l’ABT.

Bien qu’il n’y ait pas eu de différence en ce qui concerne la régression du stade tumoral, l’action sur le volume tumoral est à mettre au crédit de l’association ABT + prednisone + aLHRH.

En conclusion, un traitement néoadjuvant de 3 mois par acétate d’abiratérone, prednisone et agonistes de la LHRH entraîne une cytoréduction du cancer de prostate à haut risque et une diminution des récidives biologiques.

Dr Jean-Fred Warlin

Référence
Efstathiou E et coll. : Clinical and biological characterisation of localised high-risk prostate cancer: results of a randomised preoperative study of a Luteinising Hormone-Releasing Hormone agonist with or without abiraterone acetate plus prednisone. Eur Urol., 2019; 76: 418-424.

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Vos réactions (1)

  • Un résultat inattendu

    Le 11 juillet 2020

    Quel résultat attendre du traitement néoadjuvant 3 mois dans le cancer de prostate localisé haut risque ?

    Cet article démontre que les analogues avec ou sans abiratérone pris trois mois ne modifient pas la structure tumorale mais ses secrétions, preuve donnée par l’analyse de la pièce de prostatectomie.

    Le volume tumoral, la densité cellulaire, et le volume des glandes épithéliales ont certes été trouvés abaissés dans le groupe G1 (analogue +abiratérone), dans lequel le taux de PSA était pourtant devenu indétectable avant l’intervention mais seulement chez 37 sujets (84 %) quand on attendrait 100 %.

    Cet examen rarement obtenu prouve que l’analogue à lui seul ne peut pas détruire le cancer prostatique mais seulement la plus grande partie de ses secrétions (PSA, ARv7, etc.).

    Au contraire des effets d’autres traitements plus destructeurs du cancer connus depuis …. 1952 !

    Dr JD

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