Quelles alternatives au lavage chirurgical des mains ?

Sortir de la salle d’opération pour se relaver chirurgicalement les mains, avant la pose d’un cathéter central par exemple, est la pratique actuelle. Mais dans un souci d’optimiser le temps de travail des anesthésistes, une équipe d’investigateurs a essayé de déterminer si de nouvelles procédures pouvaient être aussi efficaces en terme d’asepsie : les solutés hydroalcooliques (SHA) qui ont déjà montré leur intérêt dans la diminution de la diffusion des infections hospitalières pourrait être intéressants tout comme une nouvelle technique de lavage chirurgical, avec mousse mais sans eau, récemment mise au point. Elle procurerait une antisepsie comparable au lavage chirurgical classique avec un temps de lavage raccourci de 3 minutes contre 5 pour un lavage classique et l’avantage de pouvoir s’effectuer sans avoir à quitter la salle d’intervention et le patient.

La méthode de référence utilisée (méthode 1) est le lavage chirurgical : 5 minutes de lavage avec une brosse imprégnée d’un savon à 4 % de chlorhexidine et de l’eau. La méthode 2 comporte un lavage chirurgical traditionnel suivi de 15 minutes d’activités matinales (préparation de la salle opératoire pour l’anesthésie) à l’origine d’une recontamination dans les conditions du travail  normal, puis une décontamination rigoureuse par SHA (3 doses de SHA soit 6 ml vigoureusement frotté sur les mains et les ongles en remontant jusqu’aux coudes et séchage, le tout durant 2 min environ). La méthode 3 consiste en une désinfection des mains au SHA seule selon le même protocole. La méthode 4 correspond à la méthode 2 en ordre inverse (désinfection au SHA suivie d’un intervalle de 15 min puis d’un lavage traditionnel). Pour la méthode 5, le nouveau kit de lavage sans eau a été utilisé.

Après chacune de ces procédures, une empreinte des doigts (sauf le pouce) des participants a été prise sur gélose pour mise en culture. Les investigateurs précisent que l’étude bactériologique est effectuée en aveugle et que les 48 « cobayes » (anesthésistes seniors ou résidents expérimentés) ont tous l’expérience du lavage chirurgical des mains. De plus aucun des participants n’a de conflits d’intérêts déclarés.

Les résultats montrent une contamination significativement plus fréquente avec la méthode 3 (SHA seul) par rapport à la méthode 1 : 82 % des cultures des doigts sont positives contre 16 % avec le lavage chirurgical (p<0,001). Toutes les autres méthodes comparées à la méthode 1 ne révèlent pas de différence statistique : on note 6 % de cultures positives en plus pour la méthode 2, et une égalité (0 % de différence) pour les méthodes 4 et 5.

Les auteurs concluent que la décontamination manuelle au SHA seule ne peut pas remplacer le lavage chirurgical des mains. Ils suggèrent toutefois que, en raison de l’équivalence des méthodes 2 et 4 avec la méthode de référence, on pourrait envisager un lavage chirurgical initial avec un  « rappel » de décontamination par SHA en salle. La technique de lavage chirurgical sans eau est également performante avec une antisepsie équivalente au lavage chirurgical. A suivre donc.

Dr Béatrice Jourdain

Référence
Burch T et coll. : Is alcohol-based hand disinfection equivalent to surgical scrub before placing a central venous catheter ? Anesth Analg., 2012;114:622–5

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Vos réactions (1)

  • Qu'en est-il du passage transcutané alcoolique ?

    Le 13 mars 2018

    Je suis surprise dans le cadre d'une sorte "d'hyperhygiènisme" du nombre de personnes qui utilisent des gels dans la vie courante et du nombre d'utilisations quotidiennes, sans raison objective. Et surtout je m’interroge de cette utilisation abusive chez les enfants? Qu'en est-il du passage transcutané alcoolique ?

    Dr Françoise Pitrou

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